kehlvin_holy_cancer.jpg Après un The mountain daylight time qui avait déjà marqué les esprits des amateurs du genre à l'hiver 2006 et quelques semaines après un retentissant split CD partagé avec Rorcal, Kehlvin, tout seul cette fois, sort de sa manche un nouvel EP, baptisé Holy cancer et accompagné d'un DVD live. Un CD/DVD au visuel particulièrement soigné, présenté dans un digisleeve classe, l'objet ravira en l'état les inconditionnels du genre mais l'essentiel est ailleurs, savoir si le contenu est ici à la hauteur du contenant. Car après l'expérience Ascension, le groupe lève le voile sur trois nouvelles compositions découpées en six plages (original...).
Véritable grand huit musical, "La barnacle (Love will never be enough)" débute comme un énième morceau de post-hardcore, montée en saturation électrique, redescente vers des contrées plus apaisantes avant le chaos. Le son de l'inéluctabilité illustré par ce crescendo diabolique où les guitares s'embrasent et les enceintes se consument dans un même élan post-hardcore. Monument de brutalité et de rage désespérée, au pied du mur, le groupe lâche les chevaux et après un premier titre labyrinthique, agresse les tympans avec le monolithique "God as mere intentional object". Des hurlements qui emplissent le studio, des riffs lestés de plomb, une batterie qui avance comme un rouleau-compresseur avant de conclure sur un final plus apaisé en terme de décibels mais à l'atmosphère aussi déviante qu'oppressante. Après ce coup de force métallique, Kehlvin repart sans reprendre son souffle en appuyant là où ça fait mal avec "Atheist hope". Titre plus rock dans l'âme, mais pas moins abrasif que ses deux prédécesseurs, surtout quand les hurlements du vocaliste nous prennent à la gorge et que les riffs se fond de plus en plus tranchants. Quelques passages "dronisants", des envolées progressives et telluriques, mises en exergue par une puissance instrumentale peu commune et une exigence d'écriture à mille lieux des habituels clichés du genre. Les suisses se vident les tripes dans les enceintes. On ne sait pas trop quel mal ronge le groupe suisse, mais ce Holy cancer en est assurément l'exutoire.
De bruit et de fureur, la rage brute qui suinte des guitares, à l'heure de découvrir le DVD, on se doute bien que pour être aussi puissants sur CD, les Kehlvin doivent tout démonter sur le passage lorsqu'ils passent du studio au live... Et c'est le cas, les 8 morceaux live (dont les 3 de l'EP) ont été enregistrés au Bikini Test à La Chaux-de-Fond (d'où sont originaires les Kehlvin) et lors du VnV Rock Attitude Festival à Le Locle et à chaque fois, le traitement appliqué par le groupe au public est impressionnant. Sans états-d'âme, les suisses génèrent une puissance de feu bluffante et mettent en transe un public qui n'en attendait pas moins d'eux... Impressionnant.