Metal Métal > Karras

Interview : Karras, Karras au Hellfest (juin 2022)

Interview : Karras, Alors Etienne : Karras ou Deliverance ? (juin 2020)

Karras / Chronique LP > We poison their young

Karras-We poison their young Si cette année voit le sixième opus de la famille "L'exorciste" (pour fêter les 50 ans du premier mais deux autres films sont déjà dans les tuyaux), Karras n'en est qu'à son deuxième disque et ne l'a pas spécialement sorti pour l'anniversaire du chef d'œuvre de William Friedkin. On reste tout de même dans l'univers du film puisque quelques samples (dont celui qui introduit l'album) évoquent des séances de confrontation avec des esprits et que "Roland Doe" est le personnage central de l'album. Ce n'est pas un personnage de fiction, c'est le nom d'emprunt donné au petit garçon (Robbie Mannheim) dont la vie (et l'exorcisme) a inspiré le roman puis le film. Diego se met à sa place et le laisse s'exprimer de façon parfois très directe ("Fear me, go fast", "Final high") apportant un autre point de vue que celui, plus classique, d'un spectateur passif, on se retrouve ainsi confronté au démon et il faut bien toute la violence du trio pour concrétiser ces sentiments pour le moins douloureux.

Sans perdre leur hargne, les Karras semblent avoir davantage travaillé leurs titres pour les rendre encore plus puissants et leur donner davantage d'identité. Là où None more heretic nous tombait sur la gueule d'un gros bloc, j'ai ici l'impression qu'on se prend les parpaings dans la tronche mais les uns après les autres... On a donc le temps d'en savourer la consistance, la couleur, la forme et de voir en quoi il est différent du précédent. Et tout ça en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire ou le lire car ça blast sans trainailler, le combo poussant le curseur grind jusque "Demons got rhythm" qui est un très beau single / clip de dix secondes ! Extrême mais efficace (et du coup facile à repérer au milieu de la meute), tout comme "A Chaplain's breath", "Fear me, go fast" (aussi introduit par un extrait de film à propos d'enfant possédé, ici c'est "La malédiction") et "My aim is violence" qui ne dépassent pas la minute. On repère aussi aisément "Prelude to the depths" avec son sample, son rouleau compresseur de riffs et son coup d'accélérateur fatal, "Ritual overdose" et son déluge final, "The ouija" et ses multiples rythmiques, "Final high" et sa voix dérangeante ou l'énorme pesanteur de "Negative life". Le titre qui se fait un peu plus remarquer que les autres, c'est "Roland Doe" (rien que la basse qui attaque seule...) qui amalgame tout ce que Karras sait faire : riffs assourdissants et répétés, gros coup de speed, hurlements déchirés et enchaînements ébouriffants. J'aime beaucoup le groove des débuts de "The hermit's anger" et "Lutheran blade" mais les morceaux deviennent comme incontrôlables par la suite, comme s'ils étaient ... possédés...

Publié dans le Mag #58

Karras / Chronique EP > None more heretic

Karras - None more heretic Un sample, un riff et c'en est terminé du calme, de la douceur et de la volupté, bienvenue chez Karras qui expédie des torgnoles comme tu bouffes du riz, sans compter les grains. Au compteur, la moyenne affiche deux minutes au titre et 140 mandales, bref, on ne traîne pas en route et ici les meilleures idées sont comme les meilleures plaisanteries, courtes, tu kiffes le riff, ok, on le joue quelques fois, on fait un break, on le rejoue plus vite, on claque un roulement, tu remets un coup de growl et on enchaîne sur un autre morceau. Violent et expéditif, le trio parisien fait honneur au death (la grande époque du chant grave légèrement à l'arrière-plan) et au grind (mais une version sérieuse car ce n'est pas un simple défoulement) avec un son très très lourd et un chant caverneux audible.

Si le genre a largement été défriché, on peut rapprocher les auteurs de None more heretic de ces groupes qui ont mis la Haine en initiale comme Napalm Death, Nailbomb ou Nasum, et si on va chercher plus loin sur tel ou tel aspect de leur musique (qui puise un peu aussi dans le rock ou le punk) on peut citer d'autres références comme Entombed, Misery Index, Cattle Decapitation, Cannibal Corpse, Brujeria et même Clearcut. Et malgré cette liste (bien longue, j'ai écouté deux morceaux le temps de l'écrire), rien ne ressemble déjà à Karras qui trouve sa singularité dans le son de la gratte de Yann, le chant de Diego et les variations de tempo d'Etienne. En plus, les loustics se payent le luxe de ne traiter que d'un sujet (la mort est-elle une fin ?), ils ne sont vraiment pas venus ni pour déconner ni pour perdre leur temps. Pourtant, ils le prennent parfois sans perdre leur côté rageur, "Litany for the lost souls" démontre qu'on peut faire mal sans tout saccager (et j'adore les effets de la stéréo) tandis que "The end of all happy ending" offre un dernier râle en mode sludge dégueulasse. Allier le death au grind tout en écrivant des morceaux accrocheurs et identifiables, c'est un petit exploit, rares sont les groupes à pouvoir le réussir, Karras est de ceux-là.

PS : A part ces lignes bonus, j'ai réussi à chroniquer ce premier opus de Karras sans citer Mass Hysteria, AqME et L'exorciste, ça aussi c'est un exploit.

Publié dans le Mag #43