Junon Quelle est la différence entre General Lee et Junon ?
Mis à part ce changement de nom, dans le fond rien n'a vraiment changé. D'ailleurs nous n'avons nullement l'intention de mettre de côté les titres composés avec General Lee. On reste la même bande de vieux potes de 15 ans avec les mêmes envies, mais ce nouveau nom nous a donné davantage de latitude pour expérimenter des choses différentes et changer la dynamique de nos titres. Ils se font plus insidieux, moins directs et avec davantage de couches que les titres que notre dernier album avec General Lee Knives out, everybody !. On ne traine plus autant cette étiquette "post-hardcore" qu'on nous a collée. Cela nous permet d'avoir plus de libertés et ressentir moins d'attentes particulières de la part des personnes qui nous suivent.

Ça n'aurait pas été plus simple de revenir sous le nom General Lee ?
Changer de nom c'est forcément un challenge mais ça permet de se mettre un peu en danger. On avait déjà pris un certain risque avec le dernier album de General Lee Knives out, everybody ! qui était très éloigné des albums Hannibal ad portas ou Roads avec son côté crade, punk et dissonant. et on a remis ça. On avait une liste de noms longue comme le bras pour ce retour, mais rien qui ne mettait tout le monde d'accord, avec six bonhommes à forte tête forcément c'est compliqué. On reste très fiers de notre héritage en tant que General Lee, ça représente une superbe base d'expériences qui a nourri la composition de l'EP. Quand l'idée de Junon est tombée, on s'est assez rapidement mis d'accord autour de ce choix, en tant que clin d'œil à un des titres "phare" du groupe tiré du premier EP The sinister menace mais aussi pour lancer une nouvelle dynamique. On repart avec de nouvelles intentions, un paquet de nouvelles choses à explorer et avec une ligne assez claire sur ce que l'on souhaite transmettre avec Junon.

"Junon", c'est un vieux titre de General Lee mais c'est encore une référence à la mythologie et à l'histoire en général, qu'est-ce qui vous séduit dans cette déesse ?
A l'époque, le choix des titres de notre EP The sinister menace avait été inspiré par les quatre principaux astéroïdes de la ceinture principale, située entre Mars et Jupiter à savoir Cérès, Pallas, Junon et Eunomia. C'est plus le côté massif qui m'a intéressé que la symbolique des noms choisis.

C'est l'épouse de Jupiter mais c'est aussi sa sœur, vous n'en avez pas marre des stéréotypes sur les nordistes ?
On est les premiers à en rire, on se croirait chez les Lannister ici (rires).

Junon évoque également la jeunesse, euh, comment dire ça gentiment, y'a pas tromperie sur la marchandise ?
En effet il y a deux trois grabataires dans Junon mais dès la reprise des concerts on sera prêts à cramer des scènes (rires).

Dans les couleurs ou l'organisation, l'artwork ressemble un peu à celui d'Hannibal ad portas, c'est un hasard ou c'est encore pour faire un lien ?
C'est Martin, guitariste, qui a bossé l'artwork du EP. Il est un peu le garant de l'image Junon. Pour cet artwork, on voulait un paysage assez sombre pour illustrer l'esprit de la musique et surtout les thèmes abordés dans les textes, cette nature dévastée qui reprend ses droits. Inconsciemment on a dû faire un lien avec les pochettes de Roads et de Hannibal ad portas en effet.

Vous relancez la machine avec un EP, c'est pour tâter le terrain ou vous n'aviez pas assez de compos pour un album ?
Nous avons donc pris une pause de 4 ans, mais l'envie de nous revoir pour jouer ensemble ne nous a jamais quitté. Fabien, guitariste, et Perdi, bassiste, ont proposé de remonter le groupe sans pression. Simplement passer du bon temps tous ensemble, composer deux ou trois titres et voir le résultat, avec comme ligne directrice de la mélancolie, des riffs lourds, des plans hardcore. Cet EP est un peu un avant-gout de ce que nous avons envie de développer dans le premier album.

Junon - The shadows lengthen "Carcosa" est une référence littéraire, vous avez tous lu Chambers ? L'histoire, la mythologie, la littérature américaine du XIX, vous êtes un groupe d'intellos ?
Des intellos ? Pas à ma connaissance (rires). En effet, le texte de "Carcosa "est tiré de la nouvelle The king in yellow de Robert W. Chambers, publié en 1895 dont on peut retrouver de nombreuses références dans la première et excellente saison de la série True detective et dans quelques nouvelles de HP Lovecraft que j'apprécie beaucoup. "Carcosa" serait une cité maudite située dans un autre espace-temps et considérée comme un lieu de culte dans lequel des rituels macabres et des sacrifices rituels ont été perpétrés. Depuis nos débuts, j'ai toujours eu carte blanche pour l'écriture des textes qui sont influencés généralement par le cinéma et la littérature fantastique et d'horreur ainsi que par l'absence de valeur écologique chez beaucoup de nos semblables et les conséquences que cela engendre. Pour les textes du EP, j'ai fait un parallèle entre la puissance irréelle et la terreur cosmique que provoquent les grands anciens chers à HP Lovecraft et les éléments de la terre qui peuvent nous balayer en un instant. Ces dieux invisibles qui, s'ils peuvent se montrer bienveillants et généreux avec l'être humain, peuvent aussi tout reprendre et nous balayer en un instant. Quand j'entends parler que l'être humain est en train de détruire la planète ça me fait m'interroger... Pour moi l'être humain va à sa propre et unique perte par manque d'humilité et de respect face à la grandeur de la nature. Notre passage sur la terre ne représente qu'une fraction de seconde à l'échelle de l'univers. La Terre reprendra ses droits sans aucun doute, balayant toute trace de notre passage.

Ce titre est peut-être le plus sombre des quatre et contient pourtant des lignes de chant très claires, mélanger les opposés est une obligation au moment de l'écriture ?
Ce n'était pas une obligation mais ça allait dans le sens de nos envies d'apporter davantage de diversité aux titres, surtout au niveau des chants. J'ai quasiment improvisé ces parties de chants clairs en studio car j'ai manqué de temps pour les bosser sérieusement en répétitions à cause de la crise sanitaire. De plus Fabien et Vincent se sont mis au micro dans leur nouveau groupe Yarotz, quand vous entendez le malin dans les nouveaux titres c'est eux (rires), ça nous permettra de varier les plaisirs.

"Carcosa", c'est aussi un clip, vous l'avez réalisé à Dunkerque avec le musée d'art moderne et les 4 Ecluses, comment s'est montée cette collaboration ?
Il nous tenait vraiment à cœur de revenir avec un beau clip sous le bras et nous avons eu la chance d'avoir Eloi Casellas et Eric Motjer une équipe de tournage solide et motivée derrière nous et prête à faire le déplacement d'Espagne. Cerise sur le gâteau, notre vieux copain Loïc Leclercq était disponible pour bosser sur la lumière. Il nous restait plus qu' à trouver le lieu idéal. Suite à une idée lumineuse de nos copains des 4 Ecluses de Dunkerque lors de notre résidence chez eux, nous avons demandé à l'équipe du FRAC (Fonds Régionaux d'Art Contemporain) de Dunkerque si nous pouvions utiliser la salle du Belvédère, au dernier étage du bâtiment. Ils ont accepté immédiatement, chanceux que nous sommes. Tourner dans le Belvédère nous a permis de profiter de toutes ses nuances de lumières et de couleurs avec sa verrière donnant sur la mer et sa vue magnifique du coucher de soleil. Nous avons pu jouer avec les nuances et les extrêmes en termes de lumières afin de représenter les différentes phases mentales d'une personne embrigadée dans une secte. Le processus psychologique de conversion est progressif et la superposition des images bleu et jaune représente cette dualité psychologique et ce passage d'un extrême à l'autre, du monde réel à celui de "Carcosa".

Vous avez encore enregistré avec Clément Decrock, il fait encore partie du groupe ou vous pourriez travailler avec quelqu'un d'autre ?
Oui encore une fois The shadows lengthen, a été enregistré, mixé et masterisé par les bons soins de notre grand copain Clément Decrock du Boss Hog Studio qui était également le premier batteur de General Lee jusque Roads. Il a quasiment enregistré tous nos titres depuis le début du groupe en fait. Nous n'avions que trois jours pour mettre tout en boite donc on a enchainé les journées de 15 heures comme à la bonne époque pour être dans les temps. "Junon" est le premier titre que Clément a réalisé en totalité en 2002 et notre premier EP sera certainement la dernière production qu'il aura produit de A à Z. La boucle est bouclée. Nous sommes extrêmement reconnaissants pour la masse de travail abattue durant toutes ces années au service du Hard, le tout avec le sourire et son humour légendaire. Pour l'enregistrement de l'album à venir, on aimerait bien sortir de notre zone de confort. Nos regards se tournent vers Laval, les États-Unis ou la Suède mais vu le bordel ambiant rien n'est gagné.

L'enregistrement s'est déroulé en fin de confinement, vous pensiez alors pouvoir faire des concerts au moment de la sortie ?
En novembre 2020, un mois après la fin du studio, l'Arc-en-ciel de Liévin nous a accueilli pour une résidence avec le projet de proposer un showcase pour clôturer le tout. Notre premier concert depuis la date d'adieu en juin 2016 à l'Aéronef. Malheureusement les conditions sanitaires et le Covid ont gagné et à l'époque nous ne nous doutions pas que la situation allait perdurer aussi longtemps. Par contre on attend que ça, nos sacs de couchage sont dans l'entrée !

Il se passe quoi le jour d'une sortie sous couvre-feu ?
Pas mal d'excitation et de stress malgré tout, d'autant plus que nous avons la chance d'avoir Elodie et Romain d'Agence Singularités en renfort promo donc on se devrait de faire ça bien. Les retours sur le EP sont super encourageants en tout cas.

L'avenir proche de Junon, ça ressemble à quoi ?
Ça ressemble déjà à des échanges de mails à répétition avec des riffs de guitares, des plans batterie sur ordinateur pour composer le premier album. On va bosser à distance pendant un moment puis on s'organisera des week-ends de répétitions pour mettre tout ça en place. Avant ça il y aura une belle sortie physique de l'EP ce sera en septembre sur Source Atone Records.

Vous arrivez à vous fixer des objectifs dans le bordel ambiant ?
On n'a pas le choix, on a relancé la machine pour de bon !

Merci !
Un grand merci à toi et à W-Fenec pour le soutien depuis tant d'années.