Jodis - Secret House Isis, Khanate, Lotus Eater, Grey Machine... en ne faisant qu'évoquer de loin le passif des 3 musiciens dissimulés derrière le pseudo de Jodis, il y a de quoi frissonner... mais également se dire qu'un projet commun ne pourrait qu'accoucher d'une nouvelle expérience sensorielle où la brutalité sonique se disputerait avec l'expérimentation sans concession. En clair, c'était quasiment écrit Jodis = le salaire de la peur. Raté. Car là où l'on s'attendait à une énième manifestation hardcore, démonstration post-truc tellurique voire exploration drone-metal industrielle, le trio dévoile avec Secret house un disque d'ambient solaire, d'obédience rock et nappé de quelques passages drone discrètement aliénants.
"Ascent", "Continents", "Secret House", les premières plages sonores de l'album laissent entrevoir les contours d'un univers artistique s'immergeant dans les profondeurs d'une musique ambient au chant majoritairement clair sur laquelle Aaron Turner essaie de délaisser un temps les horizons postcore auxquels il a souvent habitué son auditoire. Si l'on met de côté l'éponyme "Secret house", on échappe ici aux éclairs de rage brute, aux murs de guitares se dressant face à nous comme un monolithe infranchissables. A l'instar de "Follow the dogs", Jodis joue la carte d'un esthétisme épuré (cf : l'artwork) jumelé à un minimalisme de façade qui traduit la volonté du trio de s'offrir une excursion sonore plus épurée qu'à l'ordinaire. Une manière d'échapper à un quotidien où le concassage de décibels est depuis des années une seconde nature pour mieux appréhender un registre plus éthéré, aux contours parfois incertains.
Mais à trop vouloir s'extirper de leur registre habituel, les membres de Jodis ont tendance à reproduire à peu de chose près les mêmes motifs sonores, à dépeindre les mêmes panoramas musicaux, sans parvenir à créer à chaque fois quelque chose de nouveau. Et si "Waning" parvient à innover quelque peu, sur la longueur de l'album, le sentiment de redondance a pour conséquence direct de rendre ce Secret house un peu décevant. Car avec un tel line-up, on était en droit d'attendre quelque chose qui aille dans plusieurs directions simultanées et non une seule, sagement arpentée avec une prise de risque minimale. Tentative d'exploration de panoramas ambient apaisés avec un zest d'expérimentations saturées, cet album se conclue sur un "Slivers" qui laisse un goût d'inachevé, comme si malgré son concept, Jodis n'avait pu (ou su) aller au bout de ses idées. En l'état, ce disque, peut être vu comme une oeuvre mineure dans les discographies respectives (et très denses) de ses créateurs.