Isis - Wavering radiant A l'heure du XXIème siècle et de l'internet partout (enfin... jusqu'à la loi Hadopi), il est bien difficile de ne pas être tenté d'écouter quelques extraits du nouvel album d'Isis avant que celui-ci ne nous parvienne effectivement entre les mains. Mais ce genre de choses a souvent pour effet pervers de fausser le jugement. Mieux vaut effectivement découvrir le disque dans son intégralité et en étant vierge de tout a priori, positif ou négatif. Concernant Wavering radiant, tout ou presque a été entendu. Entre ceux qui balancent déjà (facilement ou pas) sur l'album en le taxant de grossière déception et les inconditionnels de la première heure qui contemplent chaque nouvelle offrande de leur groupe préféré avec les yeux de Chimène, difficile de choisir. Quitte à attendre une oeuvre majeure et donc à être invariablement déçu, du moins au début, ou à jouer les blasés que plus rien n'impressionne. Mais ce groupe là n'est pas n'importe qui. Alors concrètement, elle donne quoi la cuvée 2009 d'Isis ?
En un mot : déroutante. Car si on ne savait pas trop quoi attendre du groupe avec Wavering radiant, il est assez curieux de les voir prendre un virage rock "light" sur des passages aériens qui viennent rompre avec la tradition monolithique des précédents albums. Le groupe nous met devant le fait accompli, le Isis nouveau est foncièrement moins hardcore que ses prédécesseurs et laisse une (trop ?) large place aux divagations mélodiques de ses auteurs. Forcément, ça va déplaire. En clair, des titres comme "Ghost key" ou "Hall of the dead" se laissent aller à poser les bases d'un post-rock éthéré aux tentations psychédéliques là où on attendait un mur de son quasi infranchissable. En soit ce n'est qu'une question de goût donc il n'y a rien à redire. Par contre, le problème réside plus dans l'impression qui s'en dégage de voir un groupe en réglage(s), pas encore décidé à clairement affirmer ses intentions avec son disque. Pas complètement post-rock, encore moins post-hardcore, ce nouvel album d'Isis tape tout pile entre les deux. Post-metal aux tendances hardcore dira-t-on pour faire plaisir à tout le monde ("Hand of the host"). On imagine déjà les puristes et les inconditionnels de la première heure complètement désarçonnés par une première écoute qui nous laisse, il faut bien l'admettre, régulièrement intrigué.
Des hurlements contenus, une noirceur bien moins palpable qu'à l'ordinaire, une volonté délibérée d'illuminer sa musique, sans sacrifier à son épaisseur harmonique, Aaron Turner et sa bande doivent bien se marrer en imaginant la tête de celui qui était scotché par Celestial ou Panopticon et qui écoute de "Stone to wake a serpent", un titre somme toute très lisse, assez simple, qui surprend de la part d'un groupe ayant l'habitude d'empiler les couches instrumentales afin de donner cette consistance très magmatique qui a notamment fait sa réputation. Au lieu d'avoir des riffs plomb, une section rythmique pachydermique et des hurlements infernaux parsemés de quelques incursions plus aériennes, le groupe propose ici l'inverse, et, malgré un son assez âpre et synthétique sur lequel il essaime quelques cristaux hardcore, ne parvient pas toujours à être assez immersif pour réellement nous scotcher sur place. Le groupe y va au bluff mais ne parvient pas à rallier tout le monde à sa cause malgré quelques jolies réussites (le final notamment avec "20 minutes/40 years" et le romantique "Threshold of transformation"). Wavering radiant semble être le fruit d'un très long processus de fabrication et c'est bien là le souci, l'effet pervers d'un disque sans doute un peu trop égocentrique. En clair, il est trop écrit, se retrouve dépourvu de la moindre spontanéité. Le groupe est continuellement dans le calcul et si la démonstration de maîtrise est toujours remarquable, il manque un supplément d'âme que les écoutes répétées ne parviennent pas à faire naître. Chef d'oeuvre incompris ou disque en partie foireux : faites vos jeux, on en reparle dans cinq ans.