Iroha - Shepherds & angels La constance, chez les groupes du label Denovali Records, c'est une productivité assez rare à notre époque. Une capacité chez ces entités (on pense notamment à Blueneck, Lento ou Sankt Otten) à enchaîner les sorties, à continuer d'être créatif, comme si l'inspiration était au final un muscle, en permanence stimulé par les méthodes d'entraînement de la maison de disques basée outre-Rhin. Avec Iroha, sorte de faux-frère de Jesu créé en 2008 à l'initiative d'un collaborateur de Justin Broadrick, impossible d'échapper à cette règle semble-t-il immuable : les sorties s'enchaînent depuis 2010 et le split Bittersweet avec le one-man band Fragment.. Depuis, il y a eu un double album inaugural éponyme début 2011, un EP vinyl 10'' ainsi qu'un EP digital de remixes parus la même année (End of an era et Shooting at the clocks).

Une discographie rapidement fournie qu'Andy Swan, homme de base du projet autour duquel on retrouve toujours la basse imposante de Diarmuid Dalton (Godflesh, Jesu), alimente avec un nouveau disque, un album long-format intitulé Shepherd & angels qui s'impose comme un petit monolithe shoegaze/indus lévitant dans la stratosphère au gré des désirs de son géniteur. Plus doux et éthéré que son prédécesseur (en témoigne l'introductif "The greatest healer"), plus rock et moins Jesu-like qu'auparavant, Iroha semble avoir définitivement trouvé sa propre voie artistique, un cheminement créatif qui lui est propre et s'affranchit de l'ombre un peu pesante des innombrables projets de son comparse Justin Broadrick. Plus facile d'accès sans pour autant céder aux sirènes du mainstream grossier, le projet anglais instille une dimension presque pop à ses créations sonores, ses paysages enjôleurs et ses mélodies mélancoliques portées par un songwriting des plus élégants ("You reap what you saw", "Legacy").

Egalement épaulé par Dominic Crane (Rumble Fish), le duo Swan/Dalton livre ici une œuvre moins monolithique qu'attendue et c'est sans doute l'excellente surprise de ce Shepherds & angels qui, s'il est toujours clairement une œuvre d'Iroha, sans contestation possible, n'est absolument pas le clone de son prédécesseur. Là où l'on aurait pu craindre que les limites d'un genre déjà très (trop ?) largement exploré par quantité de projets shoegaze/metal/industriel ne se fassent trop ressentir au moment où à l'inverse, le projet devrait prendre son envol. C'est désormais chose faite ("Home is where the heart is", "Blind faith") et Iroha peut désormais évoluer par lui-même, se réinventer et expérimenter comme sur la piste finale de l'album, une création intitulée "Denial" en duo avec les énigmatiques Pyramids, pour un résultat qui ne sort finalement pas trop des sentiers battus par Shepherds & angels, sonnant surtout comme du pur Iroha, avec un petit zeste d'originalité que l'on mettra à défaut au crédit des Texans. Plutôt très classe...