Iroha Avec son artwork évoquant forcément Jesu et plus précisément l'EP Lifeline, le premier (double) album d'Iroha, enfanté par un collaborateur de longue date de Justin Broadrick (Godflesh, Final et Jesu) alimente l'effet de ressemblance, sur le papier tout du moins. D'autant plus que l'objet présentement chroniqué voit notamment la collaboration de JKB himself sur plusieurs titres (mais on y revient). Pas que certes mais quand même, on reste dans la même sphère musicale. Et plus encore du point de vue du style, sorte de mixe entre ambient, shoegaze et metal atmosphérique où l'omniprésence des machines ne doit pas occulter le côté très humain de la musique alors même que chez bon nombres de contemporains évoluant dans la même mouvance artistique, le rendu sonne souvent très clinique, froid, comme désincarné.

Intense émotionnellement, heavy, puissant, tellurique et lévitant dans la stratosphère, "Last days of summer" puis "Autumn leaves", les deux premiers morceaux composant cet effort éponyme, faisant suite à un split partagé avec Fragment. paru l'an dernier (déjà via Denovali Records), posent les fondements d'un univers musical aux contours aisément reconnaissables. Entre la profondeur du chant et des arrangements fouillés toujours marqués par une rythmique sentencieuse et répétitive, "Watercolours" fait entrer l'auditeur dans une dimension parallèle à la sienne, une sorte d'univers alternatif vue par le biais d'un prisme légèrement modifié, l'invitant à chercher en lui une forme d'apaisement ataraxique, un absolu sensoriel magnifié par la musique d'Andy Swan, l'architecte et chef-d'orchestre du projet. Celle d'Iroha en l'occurrence qui, sur un "Reminesce" à la densité électrique palpable, "Dreams" et son riffing perforant ou le magnifique "Drifted", plus aérien et agrémenté de quelques bidouillages sonores originaux, se plaît à entrer en prise direct avec l'âme de l'auditeur pour la faire voyager, sans fin, à travers les limbes.

Sur chacun de ses travaux, Iroha semble être capable de transformer invariablement tout ce qu'il effleure en véritable pépite shoegaze/ambient/metal. A l'image d'"External", chef-d'oeuvre de ce disque éponyme façonné note après note par un Andy Swan qui a quasiment tout fait sur l'album (composition, production, mixage), ce jusqu'à la très belle conclusion, éponyme, et ses six minutes onze secondes sur lesquelles une certaine Mio, vocaliste chantant en japonais vient délicatement envoûter l'esprit de l'auditeur ; avant de laisser les "commandes" à ses collaborateurs occasionnels que sont Justin Broadrick ou Kevin Laska & Dave Cochrane (Transitional) sur un second disque de remixes. Des réinterprétations signées pour huit d'entre elles JKB (soit Broadrick himself) ainsi qu'une neuvième par Jesu (soit aussi JKB mais pas tout seul cette fois), une dixième par Transitional et la dernière par l'inconnue dans l'équation : Black Galaxy. Des versions revistées, variations et autres relectures des créations d'Iroha qui ne s'affranchissent aucunement du matériau originel, Justin Broadrick se contentant d'insuffler très légèrement sa touche personnelle (proche de Jesu) sur des morceaux déjà riches en nuances et songwriting inspiré. A noter au passage la version du morceau-titre par Transitionnal, brouillant les pistes de manière à perdre l'auditeur dans un dédale sensoriel à nul autre pareil. Du grand art, à l'image de l'ensemble que recèle ce double album on l'a déjà dit.

NB: Livré dans un très beau digipak triple gatefold par le biais du toujours excellent Denovali Records, ce double album est la preuve que l'on peut soigner le contenant comme le contenu... les mordus de musique dématérialisée et de Mp3 basse qualité peuvent se sentir concernés.