Igorrr - Spirituality and distortion Après le succès de Savage sinusoid il y a trois ans, marquant les débuts de sa collaboration avec le prestigieux label américain Metal Blade (dont sont issus également Cult Of Luna, Cannibal Corpse ou encore Mercyful Fate), puis une longue tournée lui ayant permis de visiter du pays et de découvrir sa horde de fans mexicains (voir notre interview dans ce numéro), Igorrr est revenu dans l'actu avec la parution en mars de son nouvel album : Spirituality and distortion. "Downgrade desert", morceau inaugural et emblématique de ce dernier, a été la clé de voûte du travail opéré sur cette œuvre qui présente la particularité d'intégrer par moments des couleurs orientales ("Camel dancefloor", "Overweight poesy"). Mais ce n'est pas pour autant ce qui prédomine sur ce disque qui reste quand même à l'image de ce que son géniteur a pu faire excellemment bien dans le passé, à savoir un savant mélange explosif de métal (souvent du death/black), de musique électronique (majoritairement du breakcore avec des bidouillages désarçonnants) et de musique classique (baroque).

Bien que Spirituality and distortion, riche et dense au possible (quasiment une heure au total), ne nous ait pas réellement surpris dans ses intentions artistiques, il nous apparaît cependant, à tort ou à raison, comme l'album d'Igorrr le plus facile d'accès. Plus fluide, plus évident, moins barré (tout est relatif), et peut-être même plus sérieux et davantage travaillé que son prédécesseur, ce nouvel album bénéficie aussi et surtout d'une production époustouflante et d'une équipe de musiciens absolument brillants en tout point. Parmi les habituels du clan Igorrr, citons pêle-mêle Laure Le Prunenec et Laurent Lunoir à la voix, Antony, Benjamin et Nils de Pryapisme, le guitariste Martyn Clément (Cobra, Hardcore Anal Hydrogen), le bassiste Erlen Caspersen (Blood Red Throne) et le batteur Sylvain Bouvier (Trepalium), se trouvent quelques invités (très) spéciaux comme le bassiste Mike Leon (ex-Static Thought) sur "Paranoïd bulldozer italiano", Georges "Corpsegrinder" Fisher (Cannibal Corpse aux growls sur "Parpaings"), le génie du oud Medhi Haddab (Ekova, Speed Caravan), Timba Harris (Secret Chiefs 3, Master Musicians of Bukkake) aux cordes, et le pianiste Matt Lebofsky (Secret Chiefs 3, miRthkon, MoeTar).

Du beau monde dans cette sauterie sonore paroxysmique qui ne connaît pas de limite et où chaque plage révèle son propre univers : le labyrinthique "Very noise" affiche un côté relativement drôle, tout comme "Musette maximum" dont le nom suffit à lui-même pour envisager de ne pas vous le décrire ici, "Nervous waltz" pourrait être la description parfaite d'une soirée versaillaise qui tourne mal, "Camel dancefloor" s'apparente à une grosse teuf-tech à Ouarzazate quand "Kung-Fu chèvre" nous fait voyager chez les tziganes.

En résumé, un très bon cru Igorrr soigneusement emballé dans un très beau digipak habillé de sombres et magnifiques illustrations de Førtifem. À se procurer d'urgence pour celles et ceux qui sont en manque de sensations fortes.