Headcharger La musique s'est adoucie à travers le chant notamment, qu'est-ce qui a amené cette évolution ?
Tu trouves vraiment que la musique s'est adoucie ? Si cela est lié à la raréfaction du chant saturé, alors oui peut être, sinon pas du tout. Il est vrai que si tu écoutes notre premier album éponyme et que tu passes directement à ce Rise from the ashes, c'est indéniable que le côté hardcore de notre musique s'est estompé. Il ne faut pas oublier qu'il s'est quand même écoulé dix-sept ans entre ces deux opus et que forcément, notre manière de raconter des histoires a évolué. Pour tout te dire ce Rise from the ashes est, à mon goût, un des albums les plus rageux qu'Headcharger n'ait jamais composé. On a juste appris à s'exprimer autrement. Les quelques passages où tu peux retrouver aujourd'hui du chant saturé dans notre musique sont même mieux sentis que ce que nous avons pu faire dans le passé je trouve.

Les nouveaux venus ont pu s'affirmer ou ils ont suivi des lignes directrices héritées du passé ?
L'idée était de les intégrer à 100% dans notre processus de composition. Il est vrai qu'il existe quelques lignes directrices mais Antoine et David les avaient très bien intégrées. Assez paradoxalement, le fait d'avoir changé deux membres avant de commencer la composition de ce nouvel album a fait que c'est le seul à avoir été composé par l'ensemble des membres du groupe. Dans les grandes lignes nous voulions d'un opus encore plus rock que ses prédécesseurs et, pour que ça sonne le plus naturellement possible, il fallait que chacun trouve sa place et puisse s'exprimer le plus librement possible. Nous avons donc intégré à notre musique les points de vue et les influences de chacun.

Dans l'idée, on peut trouver des ressemblances avec ce que faisait David avec Noïd, il suffit juste de changer les effets sur le pédalier, non ?
Si seulement c'était aussi simple (rires). Comme je te le disais, en intégrant David comme Antoine dans l'aventure Headcharger nous voulions aussi intégrer ce qu'ils étaient et ce qu'ils sont. Si aujourd'hui tu trouves des ressemblances avec ce que faisait David dans Noïd, c'est que, quelque part, nous avons réussi a trouvé ce que nous cherchions, c'est à dire sonner comme un groupe sans pour autant que les personnalités des membres qui le composent se trouve effacées. D'un point de vue personnel, cela fait plusieurs années que je voulais intégrer à notre musique des chœurs bien distincts de mes lignes de chant. C'est aussi pour cela que nous avons beaucoup travaillé tous les deux sur ce point.

Malgré les changements de line-up, il ne faut que quelques secondes pour savoir qu'on écoute du Headcharger, d'après vous, quel est le marqueur le plus important ? Le truc qui restera malgré les évolutions ?
Je dirais la signature des compositions de David Rocha et Romain ainsi que les caractéristiques du timbre de ma voix.

Rise from the ashes... le groupe a connu les cendres ou il n'a jamais été question de s'arrêter ?
Nous avons traversé sur le plan personnel et dans l'histoire plus générale du groupe une période assez compliquée. Nous avons dû faire face à des situations auxquelles nous n'avions encore jamais été confrontés. A cette période, les quelques compositions que nous avions n'étaient pas au niveau de ce que nous espérions. Clairement, et puisque nous avons toujours été honnête avec nous-mêmes, nous nous sommes posé la question du bien-fondé de continuer l'aventure Headcharger. L'arrivée de David et Antoine a été salvatrice. Nous avions trouvé ce dont nous avions besoin pour rallumer une flamme qui s'était un peu étouffée. Je peux te dire qu'aujourd'hui les sourires sont bel et bien de retour et que l'envie d'aller de l'avant est peut être encore plus présente que par le passé.

La crise sanitaire a modifié votre façon de travailler ?
Oui et non. Oui, parce que nous avons mis à profit le temps des différents confinements pour faire mûrir et avancer les titres que nous avions composés. Non, parce que nous avions le droit de nous voir et de répéter ensemble puisque c'était dans le cadre de notre profession.

La pochette est superbe, il y a beaucoup de travail de post production dessus ?
Nous aimions beaucoup le travail de Mathieu Ezan avec qui nous avions déjà beaucoup travaillé sur Hexagram. L'idée était de lui décrire les grandes lignes des sujets traités sur ce nouvel album, de lui faire écouter quelques titres des maquettes et de voir ce que cela lui inspirait. Après quelques propositions nous sommes rapidement tous tombés d'accord. Pour le reste, c'est Cédric, le frère de Romain, qui a sublimé l'ensemble. Le travail de post-production a été très important mais nous avons tenu à garder l'esprit originel de la photo de Mathieu.

Le clip de "Rise from the ashes" est un montage de vieux films en noir et blanc, qui est fan du travail d'archiviste de Prelinger ?
Nous avons réalisé ce clip en collaboration avec Brewster Studio. Peut-être qu'eux le sont... Ce qui est sûr, c'est que j'adore cette idée d'avoir construit une histoire avec des histoires. C'est vraiment un clip que j'aime beaucoup et qui colle parfaitement à la mise en images de ce titre.

"Magical ride" est un des autres titres mis en avant, c'est parce qu'il est le plus proche de Hexagram ?
C'est surtout parce que c'est un titre qu'on aime beaucoup, et qui, à mon goût, résume parfaitement ce qu'est devenu Headcharger aujourd'hui.

Headcharger - Rise from the ashes Les vidéos de "Another day alive" et "The last dance" est un live sans public, vous êtes tous très "sérieux" et "appliqués" à cause de la captation ou parce que vous ne vouliez pas faire semblant de vous donner à fond comme quand il y a un vrai public ?
C'est en effet un peu des deux et c'est complètement assumé. Tu sais, les propos de Rise from the ashes ne sont pas toujours très gais. C'est aussi pour cela, je pense, que notre attitude est un peu plus grave sur certains morceaux. Rien n'est calculé mais comme je te le disais précédemment notre manière de raconter des histoires a évolué et aujourd'hui on ne s'interdit pas non plus d'être plus "sérieux" et "appliqué" sur certains titres. Je te rassure, notre énergie sur les lives avec du public est restée complètement intacte. Elle est, je pense, plus maitrisée.

Verycords ou At(h)ome sont des labels bien installés en France, quelles différences faites-vous entre les deux ?
Le contexte a fait que nous sommes passés de Verycords à At(h)ome. Les raisons de ce choix ne sont pas vraiment importantes. Nous sommes très contents du travail sur ce Rise from the ashes et des relations que nous avons avec notre nouveau label. Être un label indépendant aujourd'hui en France c'est avant tout être passionné et je peux te dire c'est le cas chez At(h)ome.

Pour la production, vous conservez à peu près la même recette, c'est imaginable qu'un "étranger" à la famille Headcharger vienne mettre son grain de sel dans votre travail ?
Oui c'est parfaitement imaginable et ça a même été le cas plusieurs fois dans l'histoire d'Headcharger. Nos deux premiers albums ont été produits par Serge Morattel, puis Guillaume et Antony en autoprod'. Hexagram a été mixé par Damien Bolo. Bref nous sommes toujours à la recherche de ce qui pourrait au mieux servir la couleur de l'album. Ici nous étions persuadés que personnes ne pouvait mieux comprendre cette direction que Guillaume Doussaud et le résultat ne nous a pas fait mentir.

Et s'il fallait choisir un producteur de classe mondiale, ce serait qui ?
J'adore le taf' de Rick Rubin sur les voix mais ça s'arrête là.

Les concerts ont repris, ça fait du bien ?
Comme tu le sais, le live a toujours fait partie intégrante de l'histoire d'Headcharger. Ces années où nous en avons été privés, ont été parfois difficiles à vivre. Pouvoir revivre ces moments avec le public et partager sa musique avec eux, sont indiscutablement les raisons qui nous ont fait choisir ce métier. Alors oui putain ça fait du bien et on espère ne pas en être privé de nouveau.

Il y a encore peu de dates annoncées pour 2022, c'est la peur des annulations ou tout va tomber d'un coup ?
Sur cette tournée il va falloir s'habituer à n'avoir de visibilité que sur le court terme. Les dates seront donc annoncées au fur et à mesure. Le contexte veut cela, alors on s'adapte. Si c'est la condition pour pouvoir continuer de tourner, acceptons-les.