Hacride - Lazarus Hacride reprend les choses là où elles avaient été laissées avec Amoeba. Avec de multiples tournées et un horizon européen plus qu'atteint, le groupe s'est fait un nom parmi la jungle des groupes de deathmetal technique sur le vieux continent. Sur la pente ascendante, il s'est une nouvelle fois confié aux bons soins de son guitariste et tête pensante. Annoncé comme progressif, Lazarus opère un changement de cap exceptionnellement bien réussi. La révélation du track-listing n'a fait que confirmer que l'aspect progressif du combo serait mis en avant, avec 7 titres et un monde totalement différent. S'éloignant des standards de production aseptisés qui dominent le milieu, Hacride privilégie un son brut, naturel, servi par des orchestrations et des arrangements brillants. "To walk among them" ouvre l'album en plaçant, phrase après phrase, les éléments épiques, atmosphériques et ambiants qui suivront le reste de l'album. Les guitares, très doom d'inspiration Neurosis, apportent un aspect lourd et inévitable, amenant chaque nouvelle ambiance de manière fuyante et massive. Les 15 minutes d'ouverture témoignent de la maîtrise et de l'intelligence d'écriture du groupe. Sous une forme rugueuse et une tonalité présente du début à la fin, Hacride développe une hyperbole sonore qui transporte d'atmosphères glaciales en riffs pharaoniques. L'intensité va crescendo, prenant l'auditeur par surprise malgré l'apparente facilité d'accès du titre. À cette véritable pièce maîtresse, les six autres titres de Lazarus apportent des réponses tout aussi convaincantes. Que ce soit le nerveux "Act of god", le très lourd "Lazarus" ou encore le très sombre "Phenomenon", le groupe parvient à porter l'auditeur plus loin encore dans le concept de l'album. Et pour exploiter le syndrome de Lazare, Hacride a mis sur pied une pièce cinématographique d'une qualité et d'un talent unique.
Pas à pas, les mélodies portées par un chant certes un peu en retrait face aux instrumentations mais à sa juste place, envoûtent, torturent, surprennent, et finissent par mettre à genou. Cette fresque à la fois violente ("Act of god"), sinistre et passionnelle ("Phenomenon") et énigmatique ("Awakening") met à profit des influences telles que Neurosis, King Crimson ou Pink Floyd, tout en piochant dans l'atmosphère black métal. L'accordage atypique utilisé par les cordes est à la base d'une ambiance lourde et pesante, glaciale presque, mais interprétée avec une intelligence rare, laissant une large place pour les arrangements de clavier qui sont d'un apport indiscutable. Les 9 minutes de "My enemy" mettent un coup d'arrêt à un voyage éprouvant, donnant dans un clair/obscur meurtri. Une conclusion introduite par un riff doom, relevé d'un solo dissonant, mettant le point final à cette incursion par une cadence, parfaite.
Paradoxalement, Lazarus est très visuel, touchant l'imagination dans sa forme la plus pure. L'homogénéité retranscrite sur ces 7 titres n'a rien à envier aux maîtres du genre, Opeth en tête. Redéfinissant les contours d'une scène métal prog en perpétuelle évolution, Hacride a donné naissance à un album intemporel. Les États-Unis ont Mastodon, la France a Hacride.