Gallows - Grey Britain Grey Britain par Gallows, c'est ce qu'au W-Fenec on appelle communément une tannée. On ne va pas tourner autours du pot cent sept ans, les anglais livrent avec cet album un manifeste hardcore punk tout en muscles et rage foudroyante qui castagne à sec. Intro qui laisse planer sa menace avec "the Riverbank" et première montée au front pour un groupe qui, emmené par un frontman monstrueux, s'apprête à littéralement kärcheriser les enceintes. L'enchaînement avec "London is the reason" se fait sans la moindre respiration. Gallows nous met la tête sous l'eau et envoie savater une palanquée de riffs hardcore punk rock'n'roll domptés par un groove incandescent et une hargne brute de décoffrage qui suinte littéralement le long des enceintes.

"Leeches", "Black eyes", "I dread the night"... ça joue vite, ça joue fort et c'est bien rentre-dedans. Il faut évidemment apprécier le genre mais les Gallows ont une sacrée énergie à revendre et ne se cachent pas dès qu'il s'agit de partir au turbin pour distribuer les paires de baffes punk hardcore comme d'autres enfilent les perles. Propre, net et sans bavure. Là où le bât blesse par contre, c'est qu'après une demi-douzaine de titres, on a une très légère impression de devoir tourner en rond indéfiniment. Sa recette musicale a beau être plus que piquante et addictive, le groupe prend toutefois le risque de se répéter un peu trop souvent ("Death voices"). D'où l'impérieuse nécessité de pratiquer une césure sur l'album, ce que le groupe fait plutôt bien avec "The vulture (Act I& II)", qui mélange folk acoustique et hardcore punk rock'n'roll dans le même tube à essais (sur lequel le frontman ne fait, pour une fois, pas que brailler).

Une presque respiration qui fait du bien avant la relance des guerilleros brittons, qui avec "The riverbed" clament haut et fort leurs désirs de révolte contre un système en place, au bord de la faillite, générateur d'inégalités et d'indignation avant l'heure ("The great forgiver"). Le groupe a vu juste et pousse l'ironie jusqu'à jouer les visionnaires et les indignés... tout en étant signé chez une filiale de major (avec un joli chèque à la clef). Un grand écart idéologique auquel il met cyniquement fin en balançant la tripaille avec un "Graves" frénétique et trempé dans l'acide puis un "Misery" (assez monumental soit-dit en passant) qui résonne comme un hymne à l'éveil des consciences. Ou comme racheter la sienne quand on a cédé aux sirènes des poids-lourds question label. Mais bon. Toujours est-il que les Gallows gardent le cap et concluent les débats sur un "Crucifucks" qui dit déjà tout dans son sympathique jeu de mot (avec accessoirement un final symphonique et épique plutôt très classe). Techniquement au poil, colérique et salvateur comme il faut, Grey Britain est donc un album enlevé, appuyé par une rythmique soutenue et un propos résolument enragé qui, à défaut d'être tout à fait crédible, fait mieux que remettre les idées en place.