Falling Down IIV Après Falling Down puis Falling Down II et parce que les meilleurs trilogies sont en trois épisodes, il se devait d'y avoir un troisième volet. Dont acte avec ce Falling Down IIV (oui, on sait... ne posez même pas la question, on n'y répondra pas). La première était bien costaude, la seconde méga maousse. Cette troisième livraison des deux furieux qui président aux destinées de la Falling Down (world company) n'y va pas de main-morte cette fois non plus et propose un objet très classe, présenté dans un double digipack CD garni de quelques 20 titres. Ou... une édition dite ".endless" compilant évidemment les disques de la version standard + un CD bonus d'une quinzaine de titres supplémentaires (et oui quand même...) et d'un DVD compilant une dizaine de captations vidéo live et une poignée de clips (bah au point où on en était hein...), le tout livré dans une boîte en metal parfaite pour emmener son goûter au travail.

On va donc la jouer scolaire et prendre les choses partie par partie, histoire de s'y retrouver un peu et de ne pas décéder avant le terme de la présente chronique. D'autant que les producteurs de cette troisième fournée (et accessoirement des deux précédentes) ont mis les petits plats dans les grands. Et si l'objet a de la gueule, que dire de son contenu... qui dès "This is this" signé Hopewell, met la barre très haute. Rock psychédélique enfiévré cinq étoiles, le premier titre sonne un peu comme du Dredg de la grande époque, sauf que planant cette fois dans des sphères psychotropes, porté par ce petit "truc" rock à la fois fougueux et habité qui fait tout le charme d'un morceau inaugural... véritablement bluffant. On valide la mise en route d'autant qu'ensuite on va fêter nos retrouvailles avec les divins Ocoai dont la précieuse élégance post-rock/noise métallique de "Mère de la lumière du matin" nous met dans tous nos états. Mais avant, place à une collaboration psychée-stoner post-machin avec un titre co-signé par Mars Red Sky et Year of No Light (lequel devait initialement figurer sur un split LP finalement jamais sorti). Là encore, psychédélisme enfumé et substances illicites semblent de sortie(s) mais cet appel au désert enveloppé de brume sonique résonne comme une incantation chamanique aussi inspirante qu'hypnotique. Bluffant.

Le tracklisting est d'une cohérence absolue et de fait, il semble "logique" de retrouver ensuite "Apollo Creed", signé The Flying Eyes, ce groupe de blues/rock psychédélique made in Baltimore qui livre un titre là-encore enfiévré, avant que l'italien (c'est un homme) Vanessa Van Basten ne se serve du temps qui lui a été laissé sur cette Falling Down IIV pour distiller une musique à la fois douce, langoureuse, captivante et heavy avec "Got to say". Toujours rien à redire et là où l'on pouvait parfois critiquer certains choix "éditoriaux" sur les volumes précédents, cette fois, le résultat est imparable : "Tra I ghiacci" signé Dyskinesia est ainsi une phénoménale découverte ambient/post-metal/sludge dronisante quand Planning for Burial ensevelit l'auditeur sous les torrents de doom/post-rock/sludge/postcore de "Friendship". Puissant, massif, mais déjà vu par ailleurs, ce qui n'est pas forcément (et paradoxalement) le cas de ce que propose ici Aidan Baker. L'âme et moitié de Nadja dont on critique souvent (notamment dans ces pages), le manque de renouvellement, de prise de risques ou de changement de spectre artistique, distille des atmosphères particulièrement inspirantes, en solo, et sans pour autant dénaturer ce que l'on connaît de lui au sein de son projet principal. L'heure des soli a sonné et c'est maintenant à la diabolique Julie Christmas (ex-Made Out of Babies, ex-Battle of Mice, Spylacopa...) de vampiriser les enceintes avec son "Scalps". Hargneux, sensuel, tordu, presque masochiste mais en même temps irrémédiablement attirant, Lady J. n'a pas besoin de forcer son talent pour mettre son auditoire à ses pieds. Une déferlante émotionnelle dont on se remet au calme sur la conclusion de ce premier disque en compagnie du post-rock raffiné The Winchester Club. Epique, onirique et vibrant.

Falling Down IIV - .Endless CD Le CD 1, avec ses volutes psychédéliques et autres nappes de guitares aussi puissamment enivrantes que subtilement évocatrices, étant digéré, place maintenant à la bestialité, à la descente en rappel dans les abîmes et les profondeurs de l'enfer (mais pas que). Black Sun et son doom tribal noircit le trait de cette compilation mais le fait en dressant une passerelle solide entre le premier et le second disque, confirmant tout le bien que l'on pensait de l'intelligence du tracklisting sur Falling Down IIV. Encore peu connu dans nos contrées, ce premier groupe à se présenter sur le disque numéro 2 délivre un cocktail hautement addictif de rock biberonné au doom vénéneux et de noise crust habité par le malin ("Syntax error"). En parlant de lui justement, voici les furieux suisses de chez Rorcal. Et comme chacun sait à condition d'être familier de ces pages, ce groupe-là, Satan l'habite (ça... c'est fait). La preuve avec un "Világvége V" martyrisant les tympans de votre serviteur à coup de doomcore blackisant et dévastateur : le genre de truc assez rude la première fois mais qui passe plutôt bien par la suite même si on n'est pas spécialement (voire pas du tout) familier ni simple auditeur de black-metal à la base. Mais ça fait quand même du bien quand ça s'arrête parce que cela reste éprouvant émotionnellement, surtout quand derrière, on se farcit de sacrés clients en la matière avec les mystérieux suédois de Terra Tenebrosa. Leur agrégat sludge/postcore/doom magmatique, immersif laisse l'auditeur les pieds dans le volcan et c'est là que la Falling Down IIV libère son Kraken avec un titre de Monarch (rien que ça). Evidemment, dire que ça sonne lourd comme un 36 tonnes que l'on prendrait sur la figure relève de l'euphémisme et lorsque les éclairs vocaux de la douce préposée au micro lézarde le ciel. On prend des blocs de granit en plein visage.

Là forcément, après un tel traitement de choc, une petite respiration ne sera pas de refus et c'est alors que l'on découvre une partie d'un morceau baptisé "Now and forever" signé Syndrome et CHVE soit Colin Van Eeckhout d'AmenRa et Josh Graham (Neurosis, Red Sparowes, Battle of Mice). Soit le side-project de Mathieu Vandekerckhove (AmenRa, Kingdom, Sembler Deah), déjà décrypté dans nos pages et qui a récemment livré un "one-track album" de quelques 28' intitulé Now and forever dont on a droit ici à l'une des parties, pour quelques sept minutes d'un ambient sépulcral propice au recueillement apaisé. Le calme (relatif) après la tempête sonore osera-t-on... et avant la prochaine déferlante ? Oui mais non. Pour le moment, on a droit à un "truc" un peu bizarre et baptisé Ayahuasca Dark Trip, soit quasiment sept autres minutes d'un space-trip chamanique orientalisant dans lequel il faut néanmoins parvenir à se plonger... quand la suite elle, se révèle plus propice à l'abandon de soi le plus absolu avec la découverte des Ukrainiens (comme ça on continue notre tour du monde) d'Ethereal Riffian. Soit le truc le plus psychédélique déniché sur la scène stoner/doom depuis pas mal de temps. Et une jolie palette de couleurs posées sur un chevalet de riffs à se damner, lesquels trouvent une forme de prolongement sur le long jam psyché fantomatique et aliénant qu'offre Sendelica avec "Ingrid cold" puis sur la cavalcade space/kraut-rock des russes Vespero. Là déjà, on est un peu moins convaincu et comme si les géniteurs de la compil' avaient senti venir nos réserves, ils trouvent le moyen d'abattre une carte maîtresse avec un "How this will end" signé par les toujours excellents Mouth of the Architect. Fatalement vibrant, outrageusement exalté.

Deux disques, une vingtaine d'inédits au compteur et déjà de très belles découvertes comme de magnifiques confirmations (les adjectifs peuvent ici librement être intervertis), cette Falling Down IIV avait déjà largement rempli ses objectifs. Mais comme cela ne semblait pas suffire, la version '.endless', nous en remet pour une petite quinzaine de titres supplémentaires compilés sur un CD bonus agrémenté d'un deuxième artwork (dans l'esprit tellurique/volcanique du premier). Le programme est ici alléchant, limite gargantuesque vu ce qu'on vient déjà de s'enfiler sur les deux disques précédents et pourtant, on y va les yeux fermés. Du très lourd et classique avec Pelican et une excellente démo du titre "An inch above sand" (qui figure dans sa version "normale" sur l'album What we all come to need), Across Tundras, les chamans psyché/folk/rock de chez Neurot Recordings qui présentent ici une composition se situant dans la plus pure tradition de leur répertoire, ou Zatokrev, ce groupe suisse qui vient d'intégrer le roster Candlelight REcords en butinant les amplis de ce sluge-post-apocalyptique dont ils ont le secret. Rayon découverte : Crooked Man, le nouveau side-project de John LaMacchia (Candiria) s'offre une bien belle escapade prog-rock doomy avec "DuskeyHead" et les Australiens (encore et toujours ce petit tour du monde musical made by Falling Down...) d'Ahkmed envoient une petite torpille stoner/fuzz des familles dans les écoutilles avant que les trois ukrainiens Stoned Jesus ne poursuivent les aventures de la Falling Down Corporation en territoire stoner caniculaire avec l'excellentissime "Malda vale". Une réussite qui envoie du groove par camions entiers et voici qu'Alunah vient furieusement atomiser la concurrence sur un "Call of avernus" qui respire la rocaille et l'enceinte carbonisée au nom du Dieu (stoned)rock.

Falling Down - .endless DVD Encore une fois (on va finir par se répéter mais bon...), on n'a quasiment que du "lourd" en terme de qualité et la quasi totalité des choix artistiques du staff Falling Down IIV se révèlent largement payants. Notamment lorsqu'ils invitent les américains du quintet Ninth Moon Black pour un voyage dans les plus belles strates d'un ambient/rock aussi velouté qu'expérimental et transcendant (le très réussi "Mors Carnis"). Encore deux petites "douceurs" avec la bizarrerie Brightstar et son "Tide pool" quelque peu abscons puis les frenchies de Lost in Kiev, architectes d'un (post)-rock aussi fragile qu'ample dans ses manifestations saturées et ses mélodies délicieusement ciselées ("I'm stuck") ; et voici l'heure des bonhommes avec du lourd, du gras, du colérique qui va tartiner les amplis de grosses bafouilles ensanglantées. The Great Old Ones fait monter gentiment la pression avec son ambient/dark-metal Lovecraftien ("Visions of R'lyeh ") mais sans trop avoir l'air d'y toucher, avant que les danois d'Hexis ne nous mettent un gentil coup de tatane derrière la nuque avec sa doublette "Nex"/"Procella" toute en agression blackened/crust/hardcore chaotique option "mitraillage de double pédale intégré et blastbeat frénétique de circonstance", histoire de nous faire affronter les ténèbres une dernière fois. Enfin non, ça ce sera pour le DVD (mais on y revient dans quelques instants). En attendant, on a fait l'impasse sur Hotel Wrecking City Traders parce qu'on voulait conclure en beauté avec ce duo australien qui déploie ici tout un argumentaire rock/doom/psyché à la maestria épatante comme à l'élégance d'exécution un poil énervante de facilité confondante. On vient alors de se manger quelques 35 titres (et pas que des trucs courts qui plus est), on a les neurones en lambeaux, les sens sans dessus-dessous et les entrailles sous tension maximale, mais voici que l'on s'offre une petite session vidéo qui ne néglige pas l'audio avec le DVD de cette édition ".endless".

Programme là encore en béton armé avec du très lourd (et même encore un nouvel artwork) : quatre clips signés par l'exception space-krautrock belge Magdalena Solis (deux même pour ce duo bruxellois hors-norme), un signé d'un autre duo, américain cette fois en l'occurrence Jucifer (déjà plus connu comme largement respecté), et un dernier signé Tephra, apôtres d'un sludgecore toujours aussi tonitruant que sur l'album Tempel ; mais surtout une grosse fournée d'extraits live. Le tout capté en mode roots DIY lors de concerts hexagonaux (parisiens en fait) de groupes comme [attention on s'accroche parce qu'il y a du client] : AmenRa, Julie Christmas, Ufomammut. Et puisque cela ça ne suffisait toujours pas, on a aussi les américains d'Ocoai qui contribuent au DVD avec une version live de "Le Démon sur la Colline (the Attack)" captée en direct du studio, un extrait de l'épopée russe de Year of No Light au mois de janvier 2012 ou encore un titre live signé Ethereal Riffian enregistré lors du Redburn Festival (Moscou). Rien que ça. Et parce qu'il fallait finir sur un "symbole" avec des groupes qui ont été parmi les premiers à participer à l'aventure Falling Down, rien de plus normal que de voir s'affronter en live Kehlvin et Rorcal, les deux terreurs suisses qui avaient enregistré, un split collaboratif commun il y a quelques années (Ascension, et le proposent dans une version live complètement démente. A l'image du reste en somme.

ENORME.