Fall of Efrafa - Elil A la suite d'un mauvais pressentiment, Cinquaine et Noisette, deux jeunes lapins de garenne tentent de convaincre leur groupe de quitter leur terrier. Seuls quelques-uns les suivent alors même que leur habitat est détruit par l'homme. Désormais livrés à eux-mêmes, les voilà partis pour une expédition à la recherche d'un nouvel endroit où s'installer avec les leurs, à Watership Down. Conte pour enfants pour les uns, roman d'aventure ou fable post-moderne pour les autres, "The Watership Down" fut surtout un immense succès littéraire dans les années 70, jusqu'à inspirer une ambitieuse trilogie discographique aux Fall of Efrafa quelques trente ans plus tard : "The Warren of Snares". Anecdote : c'est également ce roman que lit l'un des naufragés (Sawyer) dans la première saison de la série TV Lost.

Deuxième volet de la trilogie inspirée de l'œuvre de Richard Adams donc, Elil ne rompt pas avec ce que l'on avait déjà pu découvrir sur l'excellent Owsla. On est donc en territoire connu, balayé par des lames post-hardcore crust old-school et ombrageuses, épiques, tendues et Neurosiennes, une véritable éruption volcanique HxC aux contours mélodiques affirmées et à la densité sonore incompressible. Mais s'il reprend les bases du premier volet, le groupe va ici encore plus loin. Toujours aussi DIY, underground et hardcore dans son approche musicale qu'à ses débuts discographiques, Fall of Efrafa livre ici trois nouvelles compositions dépassant chacune la barre des vingt minutes. Soixante minutes donc de musique pour seulement trois pistes audio, si cela fait un peu peur sur le papier, cela ne pose absolument aucun problème lors de l'écoute du disque. Il faut dire en même temps que ces anglais-là développent des titres qui ne nous font jamais sombrer dans les affres de l'ennui, qu'ils parviennent sans cesse à dynamiter leurs morceaux et s'amuse des clichés que l'on pourrait en vain les coller pour mieux nous convertir à leur cause. Bluffant.

Intense, leur postcore éruptif vient s'immiscer insidieusement en nous, se mettant en accord avec le titre de ce deuxième mouvement de The Warren of Snares, Elil, lequel représente dans la mythologie enfantée par Richard Adams le prédateur, la menace permanente qui plane sur les héros de son œuvre. Et paradoxalement, les Fall of Efrafa prennent le parti d'évacuer par instants la tension nerveuse qui enveloppe leur album par des éléments acoustiques. avant d'en remettre une couche hardcore histoire de ne pas nous faire perdre de vue l'horizon narratif de leur œuvre ("Beyond the veil"). Les Anglais jonglent avec les formats comme avec nos certitudes : lorsque l'on se dit qu'ils vont carboniser nos neurones, ils jouent la carte de l'apaisement et quand on pense qu'ils vont nous laisser respirer, ils nous remettent la tête sous l'eau. Le résultat a alors pour titre "Dominion theology" et se révèle être l'un des tous meilleurs titres écrits par Fall of Efrafa. Un violent pamphlet contre l'obscurantisme et tout un système de croyances archaïques ici dénoncé à coup de postcore et de mise en abyme résolument métallique et des litres de hardcore déversés par-dessus. Un dernier titre massif et cathartique à souhait ("For El Ahraihrah to cry") puis le groupe referme ce deuxième épisode de sa trilogie avant d'en délivrer l'épilogue au cours son ultime volet : Inlé.