Eyeless - The Diary Après Gojira, Hacride ou Klone, Eyeless, vient également démontrer que la scène metal hexagonale possède en son sein quelques arguments de poids capable de dégoupiller le vieux continent et ses cohortes de groupes clonés sur le modèle scandinave. Des petits frenchies qui démontrent depuis quelques années qu'ils sont largement à la hauteur de leurs contemporains (en témoigne par exemple le succès grandissant de Gojira aux USA) et qu'il ne manque donc plus qu'une audience digne de ce nom (et peut-être un changement de mentalité) pour que l'hexagone devienne une vraie terre de prédilection pour le headbang forcené et le gros riff qui déboise. Gageons alors que ces groupes-là pourront être à terme prophètes en leur pays et réussir à s'exporter pour preuve qu'un label bien burné puisse les suivre. Listenable Records est certainement de ceux-là et offre ici une force de frappe appréciable aux Eyeless à l'heure de dévoiler leur dernier-né discographique : The diary.
"Mind cell" déboule alors avec ses effets, sa grosse puissance de feu et un imparable sens de la mélodie métallique qui fracasse les tympans. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Eyeless met une claque à la concurrence et nous laisse pas mal groggy. On l'a compris, pas vraiment là pour la jouer petits bras, les Montpelliérains envoient le bois et des titres trempés dans l'acide du calibre d'un "Illusion" ou d'un "Fuck you" parfaitement clair quant aux intentions du groupe. Production d'une limpidité extrême signée Jason Suecof (Chimaira tout de même), gros matraquage auditif, pur condensé de metal sulfurique, de hardcore dévastateur et de thrash moderne particulièrement affuté, The diary aligne les titres et bombarde les tympans de son distillat musical sauvage aux mélodies aussi fulgurantes qu'efficaces. Car Eyeless joue ici un metal aux effluves hardcore abrasives d'abord puissant puis ensuite mélodique. Mais le savoir-faire est éprouvé et aucune de ces deux composantes n'est oubliée, permettant à chaque fois au groupe de parvenir à un équilibre metalcore idéal. Conclusion : le résultat anesthésie fatalement les conduits auditifs de l'auditeur...
Des lignes de guitares bien heavy et d'une section rythmique méthodique dans sa manière de pilonner encore et encore les tympans, quelques soli bien envoyés à travers les enceintes ("Into the darkness"), double-pédale en mode accélérée ("She breathes", "Razor's crew), le groupe ne nous laisse aucune seconde de répit et empile les parpaings avec une effrayante régularité. Bien sur leurs appuis hardcore, les Eyeless jouent avec leurs trippes non sans faire preuve d'une impressionnante maîtrise technique (dantesque No way out). Et quand on se dit qu'un peu de nouveau ne ferait pas forcément de mal, ils invitent Mark Hunter (de Chimaira) pousser la gueulante sur l'excellentissime "See you in Hell" ou Doc Coyle de God Forbid brailler un peu sur le très massif "We live". Dès lors, malgré quelques légères redondances dans l'écriture de certains titres ("Stabbed"), le groupe démontre sans l'ombre d'un doute qu'il fait partie de la crème du metalcore européen. The diary par Eyeless : un journal intime métallique en douze chapitres saupoudrés de rage brute et de violence épidermique à écouter en boucle. Pourquoi ? Mais parce que ça fait brutalement du bien par où ça passe.