metal Métal > Erlen Meyer

Biographie > Les méandres du (post) hardcore

De Limoges, on connaissait surtout 7 Weeks et son stoner metal qui déboîte une épaule, maintenant on découvre Erlen Meyer. Et là, rien à voir. Formé en 2005 sur les cendres encore fumantes de Mojko, énième groupe de néo-métal/hardcore des familles, la nouvelle formation ne boxe pas dans la même catégorie. Exit les influences taillés pour réduire les charts en bouillie sonore, Olivier (chant), Pierre (guitare), Djab (basse), Jeremy (guitare) et Pascal (batterie), décident alors de s'orienter vers une musique plus violente, personnelle et torturée. Influencé par des groupes tels qu'Unfold ou Cult of Luna, Erlen Meyer bosse dans son coin pendant près de six mois avant de se lancer dans l'autoproduction en produisant une première démo éponyme. Un essai en forme de laboratoire permettant de concevoir ce qui sera désormais le son Erlen Meyer : un matraquage de riffs lourds et poisseux noyés au milieu d'ambiances sombres et malsaines. Une musique personnelle et sans concession que le groupe porte à matûrité sur Douleur fantôme, un EP encore une fois autoproduit, composé de sept titres et qui voit le jour au printemps 2007.

Erlen Meyer / Chronique LP > Sang et or

Erlen Meyer - Sang et or Même si à l'heure où j'écris ces lignes, le RC Lens est en tête du championnat de France (de Ligue 2 mais bon, c'est un détail), je ne pense pas qu'Erlen Meyer ait choisi d'intituler son nouvel album Sang et or pour rendre hommage aux couleurs historiques du club Nordiste. Le digipak offre surtout du noir et blanc et du côté des textes, si on comprend aisément pourquoi le "sang" est mis à l'honneur, je cherche encore pour le précieux métal.

Point de brillance chez les Limougeauds qui charbonnent toujours à remuer les miasmes, à faire macérer ses riffs avant de les jeter à la gueule éclaboussant tout autour sans la moindre vergogne. Ils salissent les ambiances : une basse sourde, des rythmes pesants et des guitares erratiques, seule la voix arrive parfois à donner un peu de douceur (tout est relatif) mais ça ne dure guère longtemps car le chant growlé ou écorché n'est jamais bien loin du clair. Et quand il est clair, on comprend les textes, ces derniers sont ciselés mais écrits à l'acide, la pertinence des choix de rythme (des phrases courtes essentiellement), du champ lexical ("Vipères" !) et l'impression de suivre un même personnage (un "privé" de film noir ?) dénotent un travail approfondi et une réflexion qui va au-delà du simple "texte" (que l'on trouve in extenso dans le livret, merci !). Musicalement, on se fait labourer avec un excellent post-sludge-core peut-être un peu plus sombre encore que par le passé, un ensemble qui pense chaque coup avant de le porter, histoire d'être certain qu'il fasse mal... et quand ils ne pleuvent pas, les riffs servent à construire une atmosphère lugubre où les déchirements comme les moindre craquements amènent l'inquiétude et font frissonner ("Grand duc").

Une fois de plus Erlen Meyer nous transporte dans son univers, un monde glauque et froid où il ne fait bon traîner que parce qu'ils sont nos guides. Et si on prend notre pied à vivre ce genre d'émotions aussi intensément, c'est que ce n'est que de la musique...

Erlen Meyer / Chronique LP > Erlen Meyer

Erlen Meyer La route a été longue pour Erlen Meyer depuis Douleur fantôme, après les concerts, il a fallu composer de nouveaux titres, les enregistrer (avec Cédric Soubrand qu'il faut féliciter pour son travail), les envoyer en Suède à Magnus Lindberg (Cult of Luna, Refused, AqME, As We Draw...) pour les faire mixer, chercher un bon deal pour finalement sortir l'album toujours chez Shels Music (Black Sheep Wall, Latitudes, The Ascent of Everest...) en mai 2013 avant de séduire Klonosphère et le rééditer et lui donner un autre écho en mai 2014. Il est vrai qu'il aurait été dommage de passer à côté de cette masse de sludge bien poisseux !

Dans la nuée de combos qui s'adonnent au post-hardcore, Erlen Meyer se met en lumière en utilisant le français et surtout de manière très intelligible sur les parties claires (quand le chant repasse en mode lourd, c'est beaucoup plus compliqué de comprendre quoi que ce soit sans les paroles sous le nez), ça nous rapproche du groupe et nous touche davantage, on a alors la double sensation de se faire caresser les oreilles ... Quelle délicate attention surtout que dans les instants qui suivent ou précèdent Erlen Meyer s'est fait un délire de nous les arracher puis de les piétiner à coups de riffs et de rythmiques pachydermiques ! Attention, certaines parties compréhensibles sont plus que lugubres et foutent la chaire de poule ("Nuit", "Bec et ongles"), je ne conseille donc pas l'écoute de ce premier album éponyme dans le noir complet... Entre deux pièces oppressantes et étendues (on a quatre titres au delà des 8 minutes), on peut souffler avec un "Les caprices de Remington" ou "Ex-Voto", qui comme l'introductif "Gamla stan" sont instrumentaux et plus ou moins légers ainsi le clavier d'une grande pureté sur "Les caprices de Remington" apporte un très beau contraste au coeur de morceaux bien plus gras et denses.

Erlen meyer est une belle pierre qui s'ajoute à l'édifice post hardcore rampant, elle trouve sa place pas loin de Cult of Luna et prouve, s'il le fallait, que le français peut se faire une place dans un univers aussi noir et métallique.

Erlen Meyer / Chronique LP > Douleur fantôme

erlen_meyer_douleur_fantome.jpg Douleur fantôme, un bien curieux nom d'album de prime abord. Car lorsqu'on écoute, le premier EP d'Erlen Meyer, la douleur n'a rien de fantômatique, bien au contraire, elle est fulgurante, frontale et turgescente. N'est pas Painkiller Jane qui veut [personnage principal d'un comic book US actuellement adapté à la TV US qui a la particularité de ne pas craindre' la douleur]. Car les limougeauds, livrent à l'occasion de cet effort, un véritable manifeste post-hardcore lourd, poisseux, haineux et sans concession. Erlen Meyer a la violence chevillée au corps et se sert de ce maxi comme d'un véritable exutoire compact, malsain, radical. Résultat, ça gueule... beaucoup, ça blaste... plutôt pas mal et si ça démonte des cloisons à coup d'épaule, c'est parfois un peu trop. D'autant que le groupe n'est jamais aussi bon que lorsqu'il fait parler son riffing, sulfurique, en mettant un peu de côté un chant, qui certes prend aux trippes, mais à tendance à assommer l'auditeur. En même temps, c'était peut-être l'effet recherché par le groupe. Car, Erlen Meyer ne prend pas de gant avec l'amateur de hardcore, il fait tomber une véritable chape de plomb sur la platine, avec évidemment, quelques désagréments pour ceux qui n'auraient pas enlevés leurs doigts assez vite... Véritable déferlante sonore, le combo limougeaud fait parler la puissance avec une efficacité assez démentielle et on se doute déjà qu'avec une production de haut niveau, le résultat risque de casser des briques à mains nues. Pour le moment, le groupe en est encore au stade de l'autoproduction et doit encore s'aguerrir avant de passer à la vitesse supérieure. Car des groupes qui donnent dans le metal (post) hardcore massif comme Erlen Meyer, il y en a eu des wagons avant, des pleines cargaisons de suiveurs après... Là où il se distingue, c'est en prenant le parti de balancer à la face de l'auditeur des textes en français, rédigés la rage aux ventre, les machoîres serrées. La double pédale est omniprésente, les guitares crachent leur venins avec une régularité métronomique et une efficacité impitoyable... Ce type de disque se juge sur les différents dosages de violence, puissance, riffing, textes, atmosphères qu'y insufflent ces géniteurs, voilà sans doute le point faible d'un groupe qui balance tout dans les enceintes et ne regarde qu'après, s'il reste des survivants. Ereintant mais plutôt efficace.