Olivier Leto / Embodiment Il y a 25 ans, vous prépariez la sortie de votre EP Samsara avec Embodiment, quels souvenirs gardes-tu de cette époque ?
J'étais tout jeune adulte, je débutais presque la batterie et la musique qu'on avait déjà des opportunités de concerts ! C'était une toute autre époque. J'étais galvanisé par cette émulsion naissante autour de la scène nationale et, je voulais absolument en faire partie. J'ai pris tout ça hyper au sérieux, j'ai bossé super dur avec le groupe, sur l'aspect musical bien entendu, mais aussi le côté promo et visuel pour développer le projet rapidement. Et humainement, j'ai rencontré à cette époque des gens avec qui je suis devenu ami et, avec qui je suis toujours très ami aujourd'hui, comme Thomas d'AqME, Dim de Ed-äke, Marco de Guerilla Radio...

En 2000, dans une des premières interviews du W-Fenec, tu disais à propos de l'évolution du marché musical : « Reste à savoir si les gens sont prêts à payer le prix de leur connexion, plus le prix d'achats des morceaux, pour se retrouver au final avec des fichiers sur leur ordinateur, soit rien de concret, ni pochette, ni boite... Je pense que c'est un peu frustrant. ». Même s'il reste des accros aux beaux objets, le streaming est devenu roi, non ?
Y'a 6 ou 7 ans, je dépensais encore des fortunes en disques. Et puis... j'ai finalement cédé aux sirènes des abonnements. Que ce soit Netflix, Disney+ ou... Apple music en ce qui concerne notre sujet, je n'achète quasi plus rien en physique. Déjà pour des raisons économiques - mes priorités ne sont plus les mêmes aujourd'hui, et aussi parce que je n'écoutais plus mes CD. J'en ai environ 1200 à la maison, ça prend une place folle et c'est chiant à utiliser. Là, j'ai mon abonnement, mes playlists, c'est dispo à mon taf, sur mon tel, en voiture, dans n'importe quelle pièce chez moi... bref, je suis définitivement passé du côté obscur.

Ta fille te prend pour un vieux schnock quand tu parles de K7 ou de vinyle ?
(rires) Je lui parlais de la K7 et du stylo Bic y'a très peu de temps justement. Elle est accro au "Okay Google, joue moi tel ou tel truc" évidemment. Mais, elle a aussi une chaîne dans sa chambre avec pas mal de CDs et, parfois je lui en prête et elle a plaisir à les écouter. Y'a toujours de la musique à la maison, dans le salon, ou dans sa chambre, ou les deux ... et je profite d'avoir encore un peu de contrôle sur ce qu'elle écoute, ça ne durera pas (rires).

Que ce soit avec Embodiment ou [LETO], vous avez toujours fait confiance au W-Fenec, être présent sur un média internet, c'était important ?
C'était un passage obligatoire. Tout comme la presse papier d'ailleurs. Si des magazines comme Rock Sound ou Rock One ont grandement contribué à nous exposer et donc nous permettre de jouer et d'exister, des sites comme le vôtre ont aussi leur responsabilité. Je pense que vous avez été le premier média à être le relais de cette scène dite néo sur le net, ou du moins le premier à nous accorder du crédit. Et pour moi, vous étiez une source quotidienne d'information !

Il y a 25 ans, lire une chronique était quasi obligatoire tant l'écoute n'était pas toujours possible, aujourd'hui, ça a encore du sens quand tout est "streamable" ?
J'avoue que... je ne lis plus les chroniques. Je fais mes découvertes via les algorithmes ou les playlists des services de stream, ou sur scène, notamment au Hellfest. Par contre, je peux encore me faire accrocher par une citation presse dans un post internet sponsorisé par exemple. Comme quoi, les mots ont encore leur pouvoir de persuasion.

À l'époque, avoir une connexion personnelle était encore un peu "exceptionnel", tout le monde dans le groupe était "connecté" ?
Je crois bien que oui. Moi je bossais comme webdesigner donc j'étais online toute la journée. Et j'utilisais beaucoup Internet pour développer un réseau, me renseigner, chercher des dates, sympathiser.

Tu es nostalgique de cette époque où les contacts étaient plus "vrais" ?
Nostalgique pour mille raisons... je suis un vieux con en devenir, mais pas pour ça. J'ai toujours pensé qu'au contraire Internet était un super moyen de ne pas tomber dans l'oubli, de conserver des liens. Moi qui n'ai jamais aimé téléphoner, ça m'a permis de garder contact avec des gens que je vois peu mais avec toujours beaucoup de plaisir, et avec qui je peux partager au quotidien, comme si on se voyait 5 minutes par jour à la machine à café !

Tu joues toujours de la batterie, en quoi ton jeu a changé ?
Oh, je crois que mon jeu a évolué assez rapidement, les premières années je voulais briller individuellement, montrer que j'étais le meilleur des batteurs de la soirée. Puis avec [Leto] j'ai voulu servir la musique quitte à être le plus minimaliste possible. Aujourd'hui, c'est encore le cas, d'autant qu'avec moins de pratique et un corps vieillissant je n'ai plus la même technique (rires). J'ai une anecdote drôle qui remonte à janvier 2001. On ouvrait pour Watcha et ce groupe dont je n'avais jamais entendu parler : Psykup. Je me souviens avoir vu débarquer leur batteur, très propret, coupe de bonne famille, joli polo, et plein de matériel hyper cher et bien rangé. Je l'ai tout de suite tellement mal jugé, sûrement un peu toisé. Alors qu'en plus il était adorable, venant proposer son aide pour m'installer ou régler mon matériel. Et puis il a fait ses balances, envoyant comme jamais, me donnant une énorme leçon de technique. Après ce jour, j'ai tout fait pour être moi aussi agréable avec les autres groupes, les salles, et surtout je ne juge plus aux apparences (rires).

Et sinon, le sphincter a dit quoi ?
Quoi ?