Division Records - Logo Il y a quelques semaines, on s'est croisé avec les Kehlvin et donc si j'ai bien tout compris, Division Records, c'est désormais 3 Kehlvin + 2 Rorcal. Précédemment, c'était surtout Laurent, maintenant vous gérez ça à 5, comment ça se passe au quotidien ? Parce que vu ce qu'à donné votre collaboration sur Ascension, ça doit être folklo parfois (rires...). Plus sérieusement, qui fait quoi exactement ?
Spieli : Oui, comme tu dis ça peut virer très folklo, d'ailleurs les costumes traditionnels de nos cantons respectifs (Genève et Neuchâtel) sont de rigueurs lors des séances (rires). Non, plus sérieusement le fait d'être 5 permet d'alléger le travail, franchement chapeau à Laurent d'avoir géré ça seul pendant si longtemps ! De plus, le fait d'être sur 2 villes permet d'élargir notre réseau de contacts. Nous avons tous à peu prêt un poste dans le label mais on se file tous des coups de main dans tous les domaines entre promo, distribution, graphisme, myspace, site (bientôt) avec une personne qui gère la coordination générale du tout.

Dans le contexte économique actuel et notamment celui du disque, la plupart des gens ont tendance à dire que monter ou reprendre un label est hautement risqué, j'imagine que vous voyez les choses sous un angle différent (?).
Diogo : C'est toujours un risque que de monter ou reprendre une structure, car même si tu agis par passion, l'argent sort de tes poches et ne rentre pas forcement. C'est un risque qu'on est prêt à prendre car on a toujours voulu sortir des disques
Spieli : C'est vrai que c'est risqué mais la passion de la musique ne s'éteint pas à cause d'une crise économique, les passionnés sont toujours là. De toute façon, ce milieu est très underground et ne se définit pas forcément en terme de profits. Autrement dit, on fait pas ça pour bouffer mais pour permettre à des groupes qu'on estime excellents d'élargir leurs horizons.

Division Records avant que vous repreniez les rênes du label, c'était Seethings, Forceed, Unfold, Vancouver etc..., là votre "première sortie" tout du moins depuis que vous avez repris la structure, c'est ASIDEFROMADAY, puis ensuite il y a eu Impure Wilhelmina et bientôt Shelving, j'ai l'impression que vous tenez à conserver la ligne éditoriale qui a fait la réputation du label. soit des musiques assez proches en terme de style de ce que vous faites ou avez pu faire au sein de vos groupes respectifs ?
D : ASIDEFROMADAY et Impure Wilhelmina restent dans la même ligne éditoriale que les précédentes sorties de Divison Records parfaitement, mais en écoutant le Shelving tu verras que cela n'est finalement pas respecté. Notre ligne éditoriale est la suivante : sortir ce qui nous prend aux tripes tout style confondu, ne pas se bloquer dans un style mais prôner l'ouverture musicale.
S : Exact. D'ailleurs, j'en ai pas encore parlé aux autres mais j'aimerais sortir un groupe de youtz alpine autrichienne qui s'appelle Fickr mir bitte ! (rires). Non. En fait, tout style de musique peut être porteur d'une émotion intense (sauf le ska peut-être ?) alors on ne vise pas de style en particulier mais il est clair que nos influences, nos goûts et aussi nos réseaux de distrib ou de magazines/webzines sont orientés dans ce style. Mais on est vraiment ouvert à toutes propositions tant que ça nous fait vibrer.

L'actu immédiate, c'est donc Shelving. Si j'ai bien compris, comme pas mal de groupes suisses, c'est un peu la réunion de musiciens issus de plusieurs groupes déjà établis sur la scène helvétique. Vous pourriez en dire plus ?
D : Shelving est formé de musiciens issus des groupes Forceed et Art of Falling mais musicalement parlant, cette entitée est totalement à l'opposé de leurs groupes respectifs. Je qualifierais leur musique de lente, planante, envoûtante et psychédélique, une invitation au rêve, au voyage...
S : Ces mecs bouffent de la choucroute ensemble depuis qu'ils ont 3 ans. Ils ont l'habitude de jouer ensemble, comme Dimitri et Vincent, tout 2 officiant dans Forceed, et pour la section rythmique c'est une vraie force. En fait ce sont tous des potes qui traînent dans les mêmes lieux depuis longtemps (Delémont, La Chaux-de-Fonds, les forêts et les bars jurassiens) et ils s'entendent à fond dans le domaine musical. En tout cas ils sont d'accord pour pousser leur idées à l'extrême.

Dans les prochaines sorties à venir, il y a la version vinyle du Challenger de Knut et une réédition de Manufactured landscape de nos amis communs d'ASIDEFROMADAY si j'ai bien compris ?
D : oui, tu as bien compris à part que le Challenger est aussi une réédition, il y aura aussi une réédition pour la suisse du EP de My Own Private Alaska.

Division Records Art En regardant de près vos sorties et surtout en ayant eu quelques aperçus des "produits finis", on a le sentiment (un peu comme ça avait déjà été le cas avec les sorties de Kehlvin notamment) que vous faites autant attention au contenant qu'au contenu d'un disque. Soit, un artwork vraiment soigné, des disques présentés régulièrement au format digipack, en clair un objet classe sensé servir d'écrin (à mon sens) à la musique. N'est-ce pas quelque part la méthode idéale pour inverser la tendance dans un marché du disque qui s'effondre ?
D : On partage exactement la même vision que la tienne en l'appliquant le plus possible.
S : C'est vrai que le marché du disque va pas très fort mais en contre-partie on observe quand même une augmentation du nombre de sorties vinyles par exemple. Ce support était voué à la perte pour beaucoup mais il s'avère être un support irremplaçable autant dans la qualité d'écoute (pas que des 0 et des 1) que dans ce qu'il permet d'exprimer pas ses différents formats. Les digipacks permettent aussi cela dans des formats plus restreints. Il est clair que le support d'un disque est important. Considérant la musique comme une œuvre d'art, il paraît évident que son contenant doit être un prolongement de cet art. C'est comme ça que je raisonne, j'avais jamais pensé à une manière de pallier à l'effondrement du marché du disque...

Dans cette même idée, vous sortez pas mal de versions LP, c'est un peu dans cet esprit de proposer des "objets" de qualités aux amoureux du disque "physique" ?
D : Oui totalement, et aussi parce que le vinyle c'est la vie !!!!!

On pense souvent, peut-être à tort du reste, qu'il y a une concurrence entre les labels et là, vous concernant, on a l'impression que vous vous partagez sans souci le monopole du genre en Suisse avec Get a life ! Records qui a par exemple sortie la version CD du dernier Impure Wilhelmina quand vous, vous gérez la version vinyle. Je suis dans le vrai ?
D : Aucune rivalité, entre nous on se partage le tout sans problème.
S : Pourquoi se tirer dans les pattes ? C'est déjà suffisamment difficile d'avoir un label ! On va pas perdre du temps et de l'énergie à se chier dessus. Tu vois, par exemple, Yonni (qui cogère le label et qui tient le micro au sein de Kehlvin) chante dans Yog qui est signé sur Get A Life ! et ça pose aucun problème. J'ai jamais compris comment tu peux entrer en concurrence avec des mecs qui oeuvrent pour la même chose que toi, c'est vraiment stupide. En plus, on ne raisonne pas en terme de monopole ou de concurrence, si d'autres mecs veulent monter un label pour sortir des bons disques tant mieux, c'est comme ça que les choses bougent !

Admettons que j'ai un groupe plutôt orienté metal/post-hardcore/noise qui peut rentrer dans la ligne éditoriale du Division Records, comment dois-je m'y prendre pour sortir mon disque chez vous sans avoir à accepter des faveurs sexuelles ? Plus sérieusement, comment ça se passe depuis le premier contact jusqu'à la livraison finale des disques ?
D : C'est déjà mal engagé comme projet, ne pas accepter de faveurs, supplices ou tortures sexuelles est un fait éliminatoire !!! Mais bon disons que tu acceptes tout ça etc... etc. dans un premier temps il faut que le disque nous plaise ( pas obligatoirement aux 5 personnes... la majorité gagne) cela va de soi sinon on le sort pas. Logique me diras-tu. Bref. Une première discussion de sortie s'engage, il faut que l'on soit proche du groupe pour connaître leurs envies pour leur sortie, format de pochette, artwork, délai. Suite à ça, on établie un planning de sortie de promo et distribution en essayant de s'y tenir. Une fois le disque dehors on fait un suivi promo continu et on espère que le groupe puisse faire moults concerts afin de promouvoir sa sortie.

L'avenir plus ou moins proche de Division Records, c'est quoi ? J'imagine que vous allez relancer le site web du label avec le shop (?). En terme de quantité, vous avez une idée du nombre de sorties que vous espérer réaliser à dans le futur ou pas ?
S : En effet, on va relancer le site et le shop. D'ailleurs, pour l'instant, il est possible de passer des commandes sans problèmes via l'adresse : info@divisionrecords.com. On est aussi en pour-parler avec des distributeurs pour d'autres pays européens.
Aucune idée des prochaines sorties, pas de plan défini, on marche au coup de cœur... ou de burnes plutôt.

Quelque chose à rajouter avant qu'on ferme ?
D&S : Rien de spécial sinon merci pour ton boulot.