Metal Métal > Deliverance

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Apparu comme une récréation pour Pierre (chanteur de Memories of a Dead Man) et Etienne (batteur chez AqME mais ici guitariste), Deliverance a pas mal changé depuis son premier EP en 2013 (Doomsday, please), ils ont embarqué un autre guitariste (Julien, AqME), un nouveau basssiste (Sacha, Mystery Tattoo Club) et un nouveau batteur (Fred, ex-Abrahma). Ils ont également signé chez Deadlight Entertainment où leur noirceur est en bonne compagnie (Cowards, Nesseria, Cult of occult...).

Interview : Deliverance, il y a 25 ans : Étienne d'AqME

Interview : Deliverance, Alors Etienne : Karras ou Deliverance ? (juin 2020)

Deliverance / Chronique LP > Neon chaos in a junk-sick dawn

Deliverance-Neon chaos in a junk-sick dawn Si on se réfère à Wikipedia, le doom metal, c'est "une musique lente et lourde tintée d'éléments mélancoliques" alors que le black metal "se caractérise par des tempos rapides, un chant hurlé en voix de tête souvent relativement aigüe". Lent d'un côté, rapide de l'autre, lourd et grave d'une part, aigu de l'autre côté. Si on en reste là, les deux styles semblent s'opposer... et pourtant Deliverance n'a jamais été aussi doom et black que sur ce Neon chaos in a junk-sick dawn. Et le pire, c'est que cet amalgame improbable fonctionne !

En moins de 7 minutes (pour une fois), le titre introductif, "Salvation needs a gun", impose ce genre nouveau qui ose marier les contraires, ça part à fond avec une ambiance chargée d'orgues, ça blast, ça hurle, c'est black de chez black et la tempête se calme, la batterie cesse de frapper, les guitares remettent la machine en route mais la pesanteur remplace la vitesse dans l'équation et, abracadabra, on se retrouve au cœur d'une partie doom. Tout au long de l'opus, le désespoir et le mal-être se bousculent pour jouer les premiers rôles, pas la peine de jeter un œil aux textes pour s'en rendre compte, la musique est suffisamment évocatrice... Par acquis de conscience, j'ai quand même vérifié et oui, ce n'est pas franchement tout rose du côté des paroles. Comme si le tableau n'était pas assez complet et complexe, Deliverance ajoute de gros clins d'œil à un de mes groupes préférés. Enfin, je pense que c'est volontaire mais si ça se trouve, c'est juste le hasard. Toujours est-il que l'introduction d""Odyssey" ressemble beaucoup aux "quatre notes" de "Shine on you crazy diamond", ces 4 notes jouées et rejouées par David Gilmour ressemblent à celles du début de ce morceau, si leur utilisation est ensuite différente de chez Pink Floyd, je ne peux m'empêcher d'y voir un hommage. Avec cette idée en tête, comment ne pas penser un peu plus loin (sur "Fragments of a diary from hell") que c'est cette fois-ci à "One of these days" que les Parisiens font référence ? Des sons chelous, des claviers, des voix filtrées et une explosion dévastatrice quand le titre débute véritablement. Ok, pour cette analogie, je vais peut-être chercher un peu loin mais réécoute les "4 notes" de "Shine on" puis l'intro d""Odyssey" et ose me dire qu'il n'y a pas similitude ! Le synthé est d'ailleurs super bien intégré au reste, aussi bien sur les titres très longs où installer une atmosphère est important que sur un morceau plus court comme "Up-tight" qui passe du doom au black (histoire de varier les plaisirs) à l'aide de grands coups sur les notes du clavier.

Si on jouait à un jeu genre "invente le nom du groupe en écoutant son album", je ne choisirais pas Deliverance (même si la leur va bien, surtout qu'il est question de naissance également sur cette galette), je choisirais plutôt un truc genre Cathedral of Filth, mettant en avant la crasse qui en dégouline et deux références majeures que l'on n'imaginait pas facilement pouvoir se croiser un jour.

Publié dans le Mag #54

Deliverance / Chronique LP > Holocaust 26:1-46

Deliverance - Holocaust 26:1-46 Deliverance est repassé à quatre pour nous livrer un psaume sacrificiel encore plus sombre que leur précédent opus, si les références religieuses sont toujours présentes, la noirceur occupe désormais toute l'image et le titre renvoie dans l'inconscient collectif plus à un génocide qu'un rituel et la numérotation amène à un chapitre du Lévitique sur les malédictions. Tout un programme qui en plus s'inscrit dans le passage de vie à trépas de Deadlight Entertainment, la danse provoquée par Deliverance est donc plutôt macabre...

Et si les religions sont au centre des débats, la musique n'en est toujours pas très catholique avec un chant venu du black metal et des parties instrumentales qui donnent dans le sludge ou le post-hardcore, le pape ne va certainement pas encourager les réflexions théologiques avec cet opus. Pourtant un petit "God in furs" permet de lancer sa journée sur un bon rythme, avec une grosse dynamique et un clin d'œil à Gojira quand le chant s'éclaircit et passe à l'arrière-plan derrière un filtre. La deuxième partie du morceau est bien plus déliée et on se demande pourquoi le titre n'a pas été scindé en deux, on peut se poser la question plusieurs fois car les plages sont assez longues (rien en dessous de 7 minutes) et changent parfois d'orientation en cours de route ("Makbenach"). A l'inverse, on pourrait aussi imaginer le combo ne créer qu'une seule piste tant les compositions s'enchaînent avec fluidité, la granulosité du son et le chant de Pierre assurant une liaison évidente entre tous. Et c'est quand ils ont tendance tous à se calmer et à laisser poindre quelques sons clairs que j'apprécie encore plus leurs contre-pieds au black, "Holocaust for the oblate" (les oblats sont ceux qui donnent tout à une congrégation et la servent sans officiellement rentrer dans les ordres), c'est d'ailleurs pour cela qu'Holocaust 26:1-46 est le meilleur album de black metal de l'année, n'en déplaise aux puristes...

Publié dans le Mag #42

Deliverance / Chronique LP > Chrst

Deliverance - Chrst On connaissait le goût pour les musiques extrêmes d'Etienne et Julien (qui avaient commis Grÿmt il y a une dizaine d'années) et le goût de tous pour Cult of Luna (travailler avec Magnus Lindberg est presque devenu un impératif), quand toutes ses aspirations se croisent, cela donne Deliverance : une sorte de Post-HardCore au chant Black Metal. Un mélange d'autant plus intéressant que le chant caverneux est parfaitement tenu et s'accorde aussi bien dans les moments de calme (tout relatif) où la tension monte que dans les passages les plus chaotiques. Avec des titres qui s'allongent tous au moins à proximité des sept minutes, les ambiances ont le temps d'être peaufinées, rythmes et riffs se font leur place, s'installent et préparent la suite pour que l'apocalypse attendue soit parfaite. On peut ainsi plonger dans Chrst et y rester sans jamais décrocher, compact, dense et homogène, l'album ne souffre d'aucune faiblesse en respectant les canons du genre.

Bref, si tu apprécies te labourer les oreilles avec AmenRa, Phantom Winter, Celeste, The Canyon Observer ou d'autres, ajoute Deliverance à ta liste de supplices !

Publié dans le Mag #29