Daughters - live Pour commencer, j'aimerais savoir exactement pourquoi le groupe a splitté après la sortie de votre album éponyme en 2010 ? Un ras le bol général ?
Nous nous sommes séparés en 2009 avant la sortie de l'album éponyme parce qu'il y avait des problèmes d'ordre personnel entre nous, mais aussi des choses liées à nos styles de vies qui n'étaient pas propices au bon fonctionnement d'un groupe.

Le groupe s'est réuni à nouveau quelques années après alors que c'était presque impensable. Vous étiez tous occupé et situé à des endroits différents, c'est ça ?
Tout à fait. En ce qui me concerne, j'ai sorti des albums avec les formations Way Out et Mythless, mais aussi composé pour des films et des bandes sons pour des supports commerciaux. Durant cette période, j'ai également été ingé-son live et je gère un studio d'enregistrement. Et pour finir, je suis retourné à l'école. Jon, le batteur, est devenu tour manager à temps complet pour plusieurs groupes. Lex, le chanteur, a sorti des albums avec son groupe de hardcore, Fucking Invicible, et enfin, Sam, le bassiste, est devenu maître-brasseur pour une bière locale qui s'appelle Revival.

Est-ce qu'on peut dire qu'il s'agit d'un nouveau groupe ?
Non, du tout.

Est-ce que vous avez pensé à un moment donné à changer de nom de groupe vu l'évolution de votre style qui est passé de quelque chose de grind-punk-mathcore à une formule qui pourrait se présenter comme étant la rencontre entre David Yow et les Swans avec Suicide ?
Absolument pas, ça ne nous a pas traversé l'esprit de changer de nom.

Comment on aborde l'écriture d'un album quand on n'en a pas sorti depuis 8 ans ?
Il est faux de dire que nous n'avons rien écrit en huit ans. J'ai commencé à composer les instrus de ce disque vers 2012, soit trois ans après notre pause. En raison de tous les changements de nos modes de vie depuis notre absence, qui comprend le travail, la famille par exemple, cela a pris six ans pour nous comprendre et se mettre d'accord sur ce que nous voulions faire, le mettre en place et finaliser cette création.

Daughters 2019 Est-ce que ce nouvel album fut autant un combat que le précèdent ?
Non, ça n'a certes pas été évident cette fois-ci, mais pas au degré de l'album éponyme qui lui était un vrai combat (NDLR : Comme disait Nicholas, le groupe avait splitté pendant l'enregistrement de Daughters).

Ce titre d'album, You won't get what you want, à qui il s'adresse ? A vous-même ? Ou aux fans ?
Très bonne question ! Je préfère qu'il soit adressé à moi-même.

Cet album est un risque pris à double titre, d'une part pour vous, car vous avez tenté de redéfinir sans limite la musique de Daughters, d'autre part pour les fans qui ne s'attendaient surement pas à ce résultat. Est-ce que vous avez pensé à tout ça en le composant ou vous êtes plutôt du genre "advienne que pourra" ?
J'ai surtout beaucoup réfléchi à la voie qu'allait essayer de prendre notre groupe musicalement, tout en étant conscient que ça va rarement dans le sens des auditeurs. C'est en toute conscience que nous avons abouti là où nous en sommes, mais tu as raison de te questionner sur le fait qu'il y ait au moins un certain air de nonchalance de notre part vis à vis des fans à ce sujet. Cette aspect-là s'illustre probablement quand, par exemple, on prend soin de nos propres besoins créatifs qui, au-delà de la notion de carrière par exemple, constitue quand même l'étape numéro un de la création d'un album de Daughters. Tu sais, pour beaucoup de formations et de musiciens, il y a une notion de carrière derrière, que ça marche ou pas. Précisément, notre nonchalance se trouve-là.

C'est assez curieux de voir que votre album sort chez Ipecac Recordings, on s'attendant à ce qu'Hydra Head Records s'en occupe. Finalement, ça n'a pas été tant galère que ça de trouver un label ?
Considérant toutes les sorties d'albums sur lesquelles a travaillé Ipecac, on comprend que son fonctionnement très intelligent est totalement approprié pour Daughters. Nous sommes entre de bonnes mains compte tenu de la difficulté de trouver un bon label de nos jours. Je parle en connaissance de cause puisqu'on s'est fait rejeter par un paquet de compagnies pour la sortie de ce nouvel album.

"Less sex" est un de mes morceaux préférés, et bizarrement il fait partie de ceux qui se détachent le plus des autres. Le considères-tu comme une pièce servant de respiration à l'album ?
Je n'ai pas du tout pensé à ça quand je l'ai écrit, car il a été composé trop tôt dans le processus. Je n'avais pas la moindre idée de la gueule qu'allait avoir l'album à ce moment-là quand je l'ai fini. C'est marrant, j'ai reçu pas mal de commentaires disant que c'était, comme tu dis, une sorte de respiration.

Daughters 2019 Globalement, le disque se base beaucoup sur des trames répétitives, quelles sont les influences qui ont pu vous aider à formaliser les idées de ce nouvel album ? Fait curieux, le disque se termine même par de la musique classique et orchestrale !
J'aime la musique minimaliste, le goth et les musiques de films. J'ai essayé de moins écrire pour ce projet cette fois-ci et laissez plus de temps à mes propres sensibilités, celles que j'avais en tête. Je me suis demandé comment Daughters sonnerait si nous créions des chansons avec moins d'éléments, en les décomposant en blocs, en se focalisant sur la dynamique du volume, sur des moments de respirations, en contrôlant les humeurs et les tons des chansons.

Ce nouvel album est tellement génial qu'on ne s'imagine pas une seule seconde ne pas avoir une suite. Est-ce que votre visibilité sur l'avenir du groupe est court-termiste ?

Seul le temps le dira. En tout cas, je suis déjà en train d'écrire de nouveaux morceaux actuellement.

Vous jouez en Europe bientôt, ne ressentez-vous pas un peu de pression au moment de prendre la route ?
Jamais !