Daughters - You won't get what you want Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la noirceur et ses degrés de profondeur et de nuances, le sale et sombre nouvel album de Daughters va vous l'apprendre à coups de décibels dans la face. You won't get what you want est le fruit de la renaissance d'un groupe dont personne n'aurait parié sur leur reformation il y a de cela cinq ans. On a bien fait d'attendre visiblement, d'autant plus que l'objet en question a été, d'après son guitariste, difficile à accoucher, car en plus d'être nourri de doutes sur le processus de création, ses membres étaient surtout compliqués à réunir car éparpillés aux quatre coins des States. Dans le même temps (et heureusement), l'idée de refaire cette bouillabaisse de "mathcore grind punk" à la Dillinger Escape Plan n'était pas dans leurs plans, au contraire, la formation a redessiné les contours de leur musique et ce nouvel album en est la plus belle preuve. "Tu n'auras pas ce que tu veux", le message est clair.

Le disque est inauguré par un "City song" étrange, entre bourdonnements et cris de douleur, de colère et d'euphorie, le chanteur Alexis S.F. Marshall geint comme pour annoncer en partie l'univers et la couleur de l'album. "Long road, no turns" joue la carte du tourbillon sonore, un maelstrom dirigé par une voix parlée, scandée voire hurlée qui tiendra de fil rouge dans cette œuvre "punk as fuck". "Satan in the wait" calme un tantinet les ardeurs avec une rythmique cyclique noisy, un peu comme l'aurait fait volontiers un Jessica93 sans le côté malsain, pour ouvrir par intermittence le champ de la mélodie par le biais d'un clavier. "The flammable man" et "The lords song" portent la caution brutale de ce disque et renouent avec les velléités hardcore du combo, rappelant le style de certains titres du précédent disque éponyme. Les fans de la première heure aimeront sans aucun doute, en revanche, il n'est pas dit qu'ils adhèrent à l'OVNI du disque, "Less sex". Ce dernier, d'une beauté magique et céleste, dans l'état d'esprit d'un Suicide en mode Nine Inch Nails, s'offre comme l'exemple absolu de la respiration parfaite en milieu d'œuvre et de la base de la transformation d'un groupe en plein renouveau. Le rythme bossa-nova de "Daughter" n'est pas vraiment là pour nous faire danser mais plutôt pour nous engloutir dans son marasme émotionnel, tout comme le yo-yo de tensions qu'est "Ocean song" avec son côté math-rock en plus. Daughters sait aussi pondre des tubes comme "The reason they hate me", direct, simple, et efficace, comme peuvent le faire les Queens Of The Stone Age dans un atout autre style.

You won't get what you want se termine par "Guest house", histoire d'achever définitivement le débat. Une pièce chaotique pleine de maîtrise, à l'image d'un album dont l'aspect cinématographique revendiqué est à peine décelable mais qui délivre ses atouts au fur et à mesure de son écoute. Une pièce maîtresse dans la discographie des Daughters, dans laquelle le travail des ambiances est proportionnel au ralentissement de son tempo. Intense, fou et complètement indispensable.