Danishmendt - Eaux-fortes Vu le registre du groupe, un post-hardcore noisy dense, écorché et ouvert à d'autres styles, il m'aura fallu relativement peu de temps pour assimiler le maxi du groupe sorti l'an dernier. Mais le chemin effectué pour faire le tour du premier album de Danishmendt a été long, en plus d'être très escarpé. Et je me demande même si je suis arrivé à son terme.
Entre deux morceaux courts, "Un autre jour" et "Demain", ce sont cinq autres titres, pour une durée totale de quarante minutes, qui sont libérés par les franciliens. Autant dire que le groupe assure encore des plages dépassant allégrement les six minutes. Tout en conservant cet aspect noise si particulier, Danishmendt a centré ses activités autour d'un post-hardcore pesant et d'un doomcore insidieux où l'on retrouve quand même ses fourmillements et ses délices abrasifs, scellant la personnalité du groupe. Rapidement, on prend conscience que par rapport à son EP, Danishmendt n'a pas réellement changé d'identité ni de territoire mais préfère utiliser un pseudo et a obtenu un visa long séjour dans un pays limitrophe. Dans un langage plus terre à terre, un certain mélange des genres et le souffle rock bel et bien présents sur L'homme est un animal qui a trahi ... cèdent leurs places à d'autres choses à travers Eaux-fortes. Des éléments déjà exploités précédemment mais qui prennent ici une place plus que prépondérante. Comme cette noirceur inouïe où le malsain se frotte au ténébreux, où des déchirements apoplectiques côtoient des râles d'une effroyable férocité. Car les éclaircies sont rares sur Eaux-fortes, on choisira de parler d'accalmies, comme quand le groupe nous emmène sur une "Plage de cendres", apaisée telle un volcan préparant une irruption. Ce qui pouvait être étincelant laisse place à un obscur chloroforme et de supposés contrastes se dérobent devant d'étouffantes vapeurs irrespirables. Une fois ses étirements faits sur "Un autre jour", le chant de Mathieu gangrène chaque titre et arrache ainsi des textes (en français), au mieux énigmatiques ("Plage de cendes") ou au pire, d'un lugubre achevé ("Autel").
Il est juste regrettable que Danishmendt n'ait pas appliqué une once supplémentaire de panache (chose pourtant si bien faite sur "Mise à nu" !) à quelques compos et ai opté pour un son aussi écrasé, car ces Eaux-fortes auraient pu faire une bien plus grosse sensation que le sentiment qu'il laisse après moult écoutes. En effet, ce disque prendra de biais ceux qui appréciaient la dynamique de l'envoûtement de L'homme est un animal qui a trahi ... puisqu'il se laisse saisir d'un seul bloc, qui plus est, d'une densité extrême. Sans forcément perdre ses fans de la première heure, Danishmendt trouvera certainement d'autres oreilles, notamment chez ceux qui ignoraient jusqu'alors l'existence du groupe et signe néanmoins un album à recommander aux amateurs du genre.