Cough - Ritual abuse Quand on déflore un album en démarrant les hostilités par un morceaux de quelques douze minutes offrant une plongée sans filin dans un sludge/doom psychédélique, incompressible et blackisant, faut pas s'étonner de se retrouver sur des territoires balisés. Ces mêmes eaux stagnantes au coeur desquelles on peut régulièrement croiser les Eagle Twin, Tombs et autres Verdun, sans pour autant y trouver à redire. Parce qu'avant toute chose, avec ce "Mind collapse" rituel et inaugural, Cough plante le décors dans des marécages prégnants, délivre une première volée de riffs plombés, de beuglements caverneux et de mélodies gluantes habités par le Malin.

Nous n'en sommes alors qu'au premier titre et déjà, les natifs de Richmond (en Virginie, USA), ont posé leur pattes d'ours sur ce disque sorti chez l'inévitable Relapse (Baroness c'est eux, Red Fang également, Tombs aussi tiens tiens). Une griffe typique du genre pratiqué et qui prend définitivement tout son sens sur "A year in suffering". Les éclats de décibels s'amoncellent sur un sol vitrifié, les lignes de chant clair s'envolent dans la stratosphère façon Dead Meadow, pendant que les "vocals" gutturaux s'enfoncent eux dans les catacombes, portés par une section rythmique tellurique en forme de rouleau compresseur méthodiquement implacable. Lourd, pesant et abrasif (mais pas que donc) avec ce petit zeste de groove rock'n'roll qui donne toute leur saveur à des plans pourtant régulièrement possédés et inexorablement addictifs ("Crippled wizard").

S'il n'a pas besoin de s'éloigner des sillons du sludge psychédélique et du (stoner)doom-black aliéné pour s'affirmer, Cough n'en distille pas moins une musique qui se révèle bien moins prévisible qu'attendu. Et de fait, sur "seulement" cinq titres (mais qui s'étendent sur cinquante-deux minutes et des poussières), les Virginiens maîtrisent parfaitement leur sujet, aussi formellement qu'artistiquement, réussissant le tour de force d'allier quasi idéalement le fond et la forme sans jamais se répéter ("Crooked spine"), jusqu'à satelliser la concurrence en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Tout ça en évitant de ressembler à une énième pâle copie des des Electric Wizard ou Eyehategod (l'éponyme "Ritual abuse"), (trop) évidentes référence en la matière. Une messe noire aux relents space-rock, une descente en rappel dans un rock réverbéré aux effluves luciférienne, une bien jolie et quelque peu malsaine réussite.