Il se passe parfois des choses étranges, la naissance de Colmaar en est une car c'est le même groupe que When Icarus Falls ! Après quelques années de pause plus ou moins forcées, les mecs se sont remis au boulot et si musicalement, ils ont gardé les mêmes bases post-metal, l'inspiration des textes est venue en français et ils ont choisi un nom qui évoque donc davantage la France pour signer leur retour. C'est avec leur vieille connaissance Chris Noth (qui a aussi travaillé avec Kruger, Ogmasun, Herod ou Julie Christmas) qu'ils enregistrent l'album Eternel masterisé par Magnus Lindberg (bientôt plus célèbre pour son travail derrière une console qu'avec la guitare de Cult of Luna).
Sur une guitare limpide coule bientôt des riffs abrasifs qui forcent le chant clair à s'obscurcir pour se faire entendre, "Initiatique" fait moins de 3 minutes mais ce n'est pas une simple introduction à cet opus, c'est un concentré de Colmaar pour qui ne prendrait pas le temps (quelle erreur !) de les découvrir dans leur intégralité. On retrouve ce jeu d'équilibre sur les titres suivants qui s'étirent bien davantage à l'exception de l'éponyme "Éternel", un instrumental de liaison. Les plages s'allongent pour qu'on profite mieux des ambiances où les textes jouent un rôle prépondérant, comme chez A Terre, les mots évoquent des images et ils sont, ici aussi, particulièrement bien choisis. Le style est soigné, on trouve à la fois des phrases courtes et une forme de poésie très incisive sur "Ancestrale" ("N'être qu'un pion. Une farce létale. Hystérie collective. Héros indignes. Les ruines d'un temple. La folie et la déchéance. Maudire les hommes.") qu'une histoire qui nous transporte dans un monde nocturne et inquiétant ("Funeste"). Toujours très audible, assez parlé, ce chant reste assez loin des sonorités très métalliques du passé, le fait qu'il utilise souvent les mêmes dynamiques donnent un côté assez hypnotique, c'est un point d'ancrage qu'on recherche quand les éléments se déchaînent autour de nous. Même s'il faut bien l'admettre Colmaar aime surtout jouer avec nos nerfs en faisant monter la tension sans fatalement tout rendre chaotique, au cœur de la tempête, il reste toujours un peu de lumière pour éviter que les déchirements ne soient trop longs et définitifs.
En mettant plus en avant les parties légères et les textes, Colmaar soigne sa différence avec When Icarus Falls tout en gardant un sens aiguisé de la dynamique et de la progression vers des atmosphères plus ténébreuses. Transition, évolution, recommencement ? Peu importe, When Icarus Falls est mort, vive Colmaar.
Publié dans le Mag #64





