Coilguns Parmi vos nombreux autres projets, qu'est-ce qui rend Coilguns différent ?
Louis : Les copains. C'est le projet qui nous réunit depuis bientôt dix ans, c'est la continuité logique de ce qu'on faisait avant ça. On se connait depuis qu'on est ado. C'est une longue histoire quand même, à notre échelle de frais trentenaires adulescents.

Comment faites-vous le tri dans les compositions ? Sont-elles dés le départ élaborées pour un groupe ou un autre ?
Jona : Comme on a tous décidé de faire que de la musique et que nous multiplions les projets, on travaille par période. Ça fait déjà bien longtemps qu'on a arrêté de faire des répètes ponctuelles. Quand on a besoin ou envie d'écrire un album, de l'enregistrer ou de préparer un nouveau set on bloque simplement plusieurs jours ou semaines pour le faire. De cette façon on a pas besoin de faire le tri. On ne se voit jamais pour "jammer" sans but précis.
Pour Millennials tout a été écrit, enregistré et mixé pendant le mois de janvier 2016. On a loué une petite maison dans un bled paumé en Allemagne, on a monté un studio dedans et puis on a commencé à écrire le disque. ça nous a prit environ 3 semaines et puis 4 jours d'enregistrement.

A quoi doit ressembler un titre de Coilguns ?
Jona : A ce qu'on a envie d'écrire sur le moment. La seule contrainte peut-être c'est que ça foute un peu les jetons.

Dans mon article j'utilise l'expression "rodéo musical", ça vous va ?
Jona : si par ça t'entends qu'on ratisse plutôt large et que pour définir ce qu'on fait c'est pas très pratique, alors oui ça nous va.

Est-ce que les saturations sont retravaillées en studio où dés l'écriture, elles sont définitives ?
Louis : Si tu veux savoir à quel moment du processus d'enregistrement on met tous les potards dans le rouge et on viole du vumètre en série, la réponse est : à tous les stades ! On enregistre les amplis à volume maximal, on crame les préamplis des micros, on marque la bande pour niquer toutes les dynamiques, on fait hurler le bus de master de la table pour mélanger les instruments en une grosse mélasse indistincte, on maximise les bounces digitaux comme des chiens sourds muets pour peindre en noir les formes d'ondes dans le but que quand tu regardes à la fin le morceau sur cette pourriture de soundcloud ça ressemble du début à la fin à un gros saucisson bien compact et dégoulinant de graisse satanique.

Vous imposez-vous des limites avec Coilguns ?
Jona : Oui, notamment le volume des amplis... j'en ai cramé deux en répètes avant la tournée. Sinon j'imagine que le son du groupe va aussi évoluer avec le pourrissage de notre corps. Pas sur que Louis puisse se tuer la voix pendant encore des décennies ou que Luc continue à jouer si vite et si fort pour toujours. Moi je branle pas grand chose donc ça va. Pour le reste on ne se pose pas de questions et on ne balise pas trop les choses. J'arrive pas à penser quelles genres de limites on pourrait s'imposer.

Coilguns - Millenials Vous avez tout fait vous mêmes, pourquoi se passer de l'avis et de l'expertise d'un producteur extérieur ?
Louis : Avis, expertise, producteur, extérieur... tout ça sonne comme s'il sagissait de faire quelque "de la juste manière" alors que clairement notre motivation principale était de faire tout faux.

Le vinyle bénéficie du mastering de Magnus Lindberg, pourquoi pas les autres versions ?
Louis : Parce que le notre était beaucoup trop fort pour passer sur un vinyle et que c'est quand même mieux si les gens qui se bougent à nos concerts et achètent nos disques doivent pas se repayer une platine après chaque écoute.

L'artwork met en scène une collection de couteaux, pourquoi ce choix ?
Louis : Tu aurais préféré qu'on prenne des fourchettes ? C'était déjà fait par Krüger. Et les baguettes chinoises on les aurait confondues en sérigraphie avec des cure-dents. Dommage, car personnellement j'adore manger avec des baguettes. Je pose la poële chaude au milieu de la table et je mange directement dedans pendant que ça cuit encore, c'est le blast absolu. Je crois qu'on est tous dans ce groupe assez sensibles aux arts de la table.

Noé Cauderay, auteur de l'artwork a aussi réalisé le clip de "Anchorite", il est fait à partir de photos ?
Louis : Oui il bosse essentiellement avec des photographies qu'il colle les unes aux autres pour donner une impression de mouvement, tu sais comme Pingu ou Wallace & Gromit. Cela lui pemet de faire bouger des maisons, de faire dé-pousser des plantes ou encore d'écrire des trucs sans les mains. C'est beaucoup de boulot je crois, mais ce mec adore travailler. C'est un camé du travail je pense. On était content de lui filer sa dose; il a réalisé trois clips complets, en plus des 300 affiches différentes qu'il a imprimées pour notre artwork.

Les idées sont de Noé où vous vouliez vos textes gravés sur le bois ?
Louis : On était tous d'accord sur le fait que montrer les textes rendrait le tout plus franc et touchant, plus explicite. J'aime bien le texte d'"Anchorite", c'est le désespoir absolu, comme une bonne noix de Grenoble que tu ouvres pour découvrir avec déception qu'elle a pourri toute seule dans sa coquille. Son petit corps tout sec et racorni, noir charbon, c'est si décevant.
Inside of your skin - love waited too long - and feels like sorrow
and your deviance - in all innocence - rests on your pillow


Commuters était sorti via Pelagic Records, pourquoi avoir migré chez Hummus Records ?
Jona : Commuters était une co-prod entre Pelagic et Hummus. C'était même la deuxième sortie officielle de mon label. Il y a une année et demi j'ai commencé à prospecter d'autres labels car j'en avais un peu marre d'avoir systématiquement les deux casquettes de label et de groupe. Le truc c'est que je ne voulais pas signer sur un label mid-size. Pour moi c'était clair que soit on signait sur un gros truc, soit on sortait ce disque nous-mêmes. Malgré des connexions bien placés, personne n'a voulu sortir et c'est finalement très bien comme ça. On a tout fait nous-mêmes sur ce disque et c'était juste cohérent de le sortir sur notre propre label. C'est en grande partie grâce à AISA (All Independent Service Alliance), un management international qui nous a approché à la même période et qui dés le départ voulait qu'on le sorte chez Hummus Records. Après avoir signé Coilguns en management chez eux, on a signé le label en distribution, ce qui fait qu'Hummus est passé d'une distribution physique uniquement en Suisse à une distribution internationale. Tout ça crédibilise le label et ses artistes. Je pense qu'on ne va plus jamais chercher de labels pour nos projets et plutôt se concentrer sur développer le nôtre.

Coilguns Vous rééditez les premiers EPs, il y avait une forte demande ?
Jona : Tout était épuisé, simplement. Comme on va tourner pendant un moment et sans doute refaire un disque bien avant dans 5 ans, il paraissait légitime de tout ré-éditer. Les trois titres de notre tout premier EP n'était jamais sorti en vinyle. C'était l'occasion aussi de donner une cohérence graphique à tout ça et la table de merch' est assez sexy. Avec la distribution d'Hummus Records c'est aussi super car le mec qui va dans un magasin de disque pourra y trouver toute la discographie.

Vous allez partir en tournée à travers l'Europe, il y a une date que vous attendez plus que les autres ?
Jona : On se réjouit toujours de jouer à peu près dans toutes les circonstances. Mais c'est vrai que quand même, le co-headline avec Birds In Row à l'Underworld à Londres ça fait moult plaisir. Je me réjouis aussi beaucoup de retourner à Béthune où on avait fait un concert instrumental en 2013 pour le vernissage des merveilleux General Lee. Je suis également impatient de voir comment seront les concerts au Royaume-Uni. A part Londres en décembre dernier, on n'y a pas foutu les pieds depuis 2012 et c'était franchement pas hyper top. Là j'ai le sentiment que ça va être super. Evidemment que la date à Colchester sera un peu particulière puisque ça sera le jour de la sortie du disque (le 23 mars) et qu'on joue avec nos potes de Telepathy qui en plus d'être un excellent groupe, ces mecs sont les mêmes imbéciles que nous. On va être bête et ça, ça me réjouit.

Vous allez parfois jouer dans des bars, vous préférez jouer pour rien ... ou presque plutôt que d'avoir un jour de repos ?
Jona : On est encore assez en forme pour pas avoir besoin de jour de repos. En tout cas pas sur une petite tournée de 19 dates comme celle qu'on est en train de faire. Puis pour une groupe comme le nôtre un day off c'est vraiment fatal. Que tu joues ou pas tu dois dans tous les cas payer ton van et l'essence. Ensuite il faut se loger et manger. Alors quand tu es 5 ou 6 sur la route t'as vite dépenser 200 euros pour rien branler de la journée. Jouer pour rien c'est pas tant le propos, mais quand c'est du last minute, c'est juste plus logique d'aller faire ce pourquoi on se fait chier six heures par jour mal assis dans un van, dormir et manger à l'oeil, vendre un peu de merch' et rencontrer des gens super.

Quelques dates sont prévues avec Birds In Row, un petit mot à dire sur eux ?
Jona : On est vraiment hyper content qu'ils nous rejoignent sur ces 5 dernières dates de la tournée. Au-delà du fait que c'est un super groupe et que le peu de communication qu'on a eu me font penser qu'on va bien s'entendre, ils sont aussi bien plus établis que Coilguns. Ca va être vraiment classe de pouvoir jouer devant leur public. Stylistiquement je pense aussi que c'est vraiment un plateau assez cool.