dark days Graphique noir et blanc, pochette aussi sombre, et une musique bien obscure pour le troisième album de Coal Chamber. Dark days n'est pas un album à prendre à la légère, sombre, dense et touffu, gothique et profond. Cet opus tout en nuances de gris, construit et réflechi, enfin surtout mature pour un groupe comme Coal Chamber, les mêmes qui chantaient "Come sway this way" il y a peu, sont passés à un "Get it you want it I've got it I'm gonna get it good" d'un gargarisme impressionnant, suite logique de Chamber music et de sa progression ascentionnelle de Dez dans un registre assez atypique, assez grave. Les 5 premiers titres donnent le ton, un ton imposant par ailleurs, les sons sont denses, granuleux, magmatiques, sombres, les guitares sont accordées sérieusement graves, donnant à l'ensemble du corps et de la présence sonore, Dez chante encore plus grave, la basse et la batterie son réellement meileures que sur les deux premiers albums... La basse rebondie, accordée trop grave pour saisir les nuances parfois, mais l'ensemble est subtilement suave, chaud et ennivrant.
Titre eponyme, et douceur sonore mirifique, encore en matière lente et sensuelle, une basse ondulante, vibrante, une guitare décalée, hypnotique, flottante, l'ensemble se rigidifie lentement, se cabre, "Dark days est un cheval au galop, le cavalier de Sleepy hollow un son dantesque en plus, le refrain est anthologique, un barrage de guitare, de son gras, -If it's meant to be, Then set it free-, les guitares font bloc, un mur gigantesque de son, de saturation, rester insensible à cette violation de l'espace sonore intime est impossible, inconcevable, Dark days, Dark days-, et la fuite en aigrefin, petite guitare et grosse basse, et le refrain revient avec délice et sans lassitude, pour ne pas laisser de répit.
Ce Dark days est surtout l'occasion pour Coal Chamber de s'exercer à la variété, et ce malgré la platitude que le binaire noir et blanc de l'artwork semble suggerer, ambiance avec des guitares ciselées comme dans "Glow" et "Rowboat", chant décalé comme sur "Alienate me", chant carrément caverneux sur "Drove" ou "One Step", où bienencore ces intros aux guitares très rythmiques, très monocordes comme "Something told you" ou "Watershed". L'ensemble se révèle en fait très riche, mature et suffisament travaillé pour ne pas apparaitre superficiel après de nombreuses écoutes, les détails apparaissent encore au fur et à mesure, un peu comme Tool... Enfin pour peu que l'on accroche au chant de Dez Fafara, cet album de Coal Chamber risque d'en ravir plus d'un.
Structurellement et musicalement, Coal Chamber monte d'un coup un certain nombres de marches, des folies à la System Of à Down et son style inclassable, des parties furieuses et sombres à la Rob Zombie comme "Rowboat", des ambiances éléctroniques, rajouts de studio mais d'un delice inqualifiable. "One step" fait partie de ces petites perles, l'air de rien, la basse plombée du debut met dans l'ambiance, soulève après les interrogations, avec son martelé, saturé, esthetique, ambiances industrielles, jets de vapeurs de tous les côtés, -One step forward, Two steps back, Three steps forward, Go-, du Coal Chamber en substance, qui met un magma sonore sombre et collant dans les cages à miel. Guitare dephasée, puis une avalanche de saturation, doucement etouffée pour faire baisser la pression, choeurs incisifs, -I won't be there for you again-, "Friend ?" reprend aussi la recette, un refrain massif simple et direct, un couplet sombre et travaillé, -You know this song is about you, don't you ?- (ressemblant etrangement à un "Starfucker" de NIN), un pont en relief qui s'emballe, s'énerve, s'échoue pour repartir de plus belle sur un refrain.
Le tempo ralentit parfois de manière dramatique, -Butterflies in the jar-, l'ensemble restant simple et massif, droit au but, sans fioritures, le son est lourd, sombre, mais sait jouer avec de la diversité et des nuances à la fois dans la mélodie et les attaques. L'approche de la basse a radicalement changé par rapport au premier album, entièrement au médiator, maintenant la basse groove, suinte, fébrilement claque, cliquète, festival cristallin, rencontre abrupte de deux corps métalliques. La batterie fait des siennes sur "Drove", cymbales chinoises, accélerations, pointes d'adrénaline, l'approche basiquement binaire des guitares y est pour quelque chose, attaques à la double pédale dévastatrices, juste par pointes epicées légères, une rareté qui les rend encore plus remarquables. Paroles un peu négativiste, Nihiliste parfois, -Mine is the empty jar, the empty !!-, Coal Chamber penche du côté sombre, reste mélancolique, très gothique dans l'approche.
Début circulaire pour le dernier titre, ambiance inquiétante, industrielle, vaguement éclairée, craquements lointains, périls proches, le riff attaque dans les graves, puis descend, descend, descend encore plus bas, la chute est vertigineuse, chuchotements obscurs, basse lancinante, le refrain repart sur ce riff acide, corrosif à souhait, -You're just à fuckup, I'm just à fuckup, We're just two fuck-ups, At least were fucked up together-, accélération brutale, emballement sonique, spirale distordue, intensification des picotements, et une montée lente mais irremediable sur un ultime refrain destructeur, une guitare diluée en plus, allegeant l'ensemble pour le rentre plus pénétrant.
Ce Dark days, avec ces ambiances sombres et ciselées, son chant encore plus dément, ses constructions subtiles, son barrage sonique imposant, mais non permanent, marque subtilement l'age de la maturité pour Coal Chamber. Chansons complètes, suitantes, sombres et nuancées, Dark days ne s'affadit pas à l'ecoute, au contraire...