Celeste - Animale(s) Animale(s)... rarement un album aura aussi bien porté son nom que le nouveau méfait signé Celeste aka les terreurs lyonnaises d'un mouvement hardcore/noise/black sulfurique de l'enfer dont ils sont définitivement les grands mamamushis. Et pour le prouver une fois pour toutes, ils ont sorti la grosse artillerie en livrant ce double album plus de trois ans après le macabre Morte(s) née(s). Deux fois plus de Celeste donc et surtout deux fois plus de ce cocktail sonore à ne définitivement pas mettre entre n'importe quelles mains. Lequel nous parvient, avec toute la théâtralité dont le groupe nous a habitué depuis ses débuts, encore une fois par le biais de l'indispensable label Denovali Records.

Bestial et dévastateur, la corrosion des sentiments doublée d'une carnassière éviscération des sens, une poésie décharnée mise au service d'une dramaturgie noisy, sevrée de lumière et de positivisme forcené. Le résultat tient en deux fournées de titres sur lesquels le groupe est en mission suicide. Une expédition punitive dont on ne revient pas (indemne) et qui érige le concept de subversion sonore au rang d'art. Quitte à laisser l'auditeur émotionnellement cannibalisé, sensoriellement dévasté après son passage (en force). Parce qu'en plus d'une noirceur méphistophélique, Celeste exhale ici une puissance rare ("Laissé pour compte comme un bâtard", "Au pied d'une bicoque peu séduisante"). Qui se retrouve mise au service (ou sévices aussi) d'une sauvagerie rarement égalée, d'une brutalité qui gicle sur le visage de l'auditeur pour lui lacérer les chairs jusqu'à ce que celui-ci laisse, contraint parce qu'épuisé, ses dernières défenses l'abandonner ("Sans crainte de s'avouer un jour naufragée").

Inépuisable, le groupe aligne les brûlots hardcore/black empreints d'une frénésie barbare, enchaîne les coups de boutoir noisecore subversifs les uns après les autres, encore et encore, jusqu'à ce que l'enfer se déchaîne sous les yeux du supplicié ("X", "Tes âmes sœurs immaculées"). Hard. Et lorsqu'ils lâchent tout, se libérant de leurs dernières chaînes invisibles pour délivrer un monumental substrat de postcore lourd et de démence sonore littérale ("Dans ta salive, sur sa peau"), les Celeste provoquent une véritable exsanguination auditive en même temps que la contagion d'un nihilisme forcené parce que viscéral ("D'errances en inimitiés", "Cette silhouette paumée et délabrée qui sanglote et meurt"). Et le pire dans tout cela, c'est que si la formule est connue depuis pas mal d'albums maintenant, à chaque fois ses auteurs en repoussent les frontières, en ébrèchent un peu plus le concept pour le remodeler à l'envie et à l'aune d'une mécanique artistique dont la précision se révèle toujours aussi redoutable ("Empreinte d'érotisme"). Double pédale possédée par le malin, riffing dont la fracassante inventivité en laissera plus d'un sur le carreau et présence vocale à l'animalité qui n'est plus à démontrer : Celeste fait du Celeste dans les règles de l'art. Soit comme d'habitude oui, mais en mieux ("Y", "Serrés comme son coeur lacéré").

Monumental.