Blacklisted - So, you are a magician Etrange trajectoire au sein du petit univers des musiques hardcore et punk qu'est celle de Blacklisted, un groupe signé depuis quasiment ses débuts chez Deathwish Inc., soit LA référence du genre mais pas que (Converge, Birds in Row, Loma Prieta, Touché Amoré et consorts...), par le biais duquel étaient sortis les trois premiers albums des philadelphiens, et qui se décide aujourd'hui à livrer un quatrième opus sous la forme d'un EP intitulé So, you are a magician? qui voit le jour chez le très confidentiel Six Feet Under Records (50 Lions). Un cheminement curieux étant donné que le groupe bénéficie donc d'une visibilité clairement moindre et surtout un conditionnement artistique troublant.

Punk hardcore dans l'âme, Blacklisted l'est ici plus que jamais. Quitte à s'enliser, à s'enfermer rapidement dans un registre extrêmement balisé, du moins c'est ce que l'on pense au début de "Mentalist", le morceau inaugural qui semble étrangement inachevé. Comme du reste sa "sequel" immédiate, "Copper fields", qui derrière son jeu de mot renvoyant au titre et thématique générale de l'album, suscite au mieux un ennui poli. Entre-temps, le groupe a opéré une réorientation rock légèrement expérimentale dans son approche indirecte, mâtinée d'un punk/HxC paradoxalement anachronique et ouvertement bancal. Surprenant, insaisissable mais surtout sans âme, non pas froid, mais sans émotion... ou si peu ("Houdini blues"), tant l'ex-pilier de Deathwish Inc. semble s'être quelque peu perdu dans l'enfer d'une réinvention créative qui aurait un peu foiré.

Une oeuvre difficile à cerner du fait de son manque de cohérence narrative (si ce n'est le champ lexical des titres) laquelle semble être l'écho d'une volonté abandonnée en cours d'écriture de se métamorphoser. De transformer l'étiquette punk hardcore des débuts en quelque chose de plus inattendu : un rock constamment désarticulé pour les amateurs des débuts, forcés de devenir friands de bouleversements stylistiques ("It's all going down"). La méthode est louable, la démarche aussi, mais le rendu pose problème. Parce que si le groupe a abandonné la furie charnelle de ses albums (à l'exception du "Stations" terminant l'EP), le nouveau mélange des genres ne prend pas vraiment. Et en laissant de côté sans point fort originel, il n'a fait que le combler par quelque chose de plus inédit chez lui... mais se révélant un point faible véritable, du moins pour le moment. De fait, plus vraiment hardcore punk par essence, ni réellement rock expérimental autrement que par désir, So, you are a magician? relève plus de la bâtardise créative que du prodige avéré. Raté.

Et puis sans déconner, c'est quoi ce visuel?