les textes

Biocide : Lille 2002 Biocide : Lille 2002 Migrouil : Pourquoi le show businnes revient souvent dans nos paroles...
Stéphane : Il n'y a qu'à regarder un peu la télé, regarder la radio, c'est toujours les mêmes merdes...
M : Même sans parler de merde, le problème, c'est que c'est toujours la même chose, c'est squatter par, on va dire, une vingtaine d'artistes... Sans apporter un jugement de valeur, le problème c'est que c'est monopolisé par une vingtaine, une trentaine d'artistes.
S : Dans les gros média genre la télé, tu as un style musical, peut-être deux, tu as Mireille Matthieu... c'est hallucinant avec tous les styles qui existent, tous les groupes qui tournent en France.
Christophe : Y'a du talent en veux-tu en voilà mais ça ne passe pas.
S : Y'a des groupes qui meurrent alors qu'ils auraient leur place, le truc qu'on dit souvent, c'est "décervelage", à partir du moment où tu fous un titre un boucle pendant un mois, les gens vont l'acheter, c'est humain ...
C : C'est du conditionnement tout simplement.
S : Mais à la base, la musique, c'est un art. Là, c'est devenu de l'industrie... alors qu'il y a tant de choses qui se font, ça pourrait tourner, faire évoluer des gens...
M : En fait, il n'y a pas beaucoup de monde qui écoute vraiment la musique, y'a plus de gens qui ont de la musique chez eux parce que ça passe à la télé ou à la radio, ou le copain l'a que de gens qui écoutent vraiment de la musique.
S : Ca, c'est vraiment dommage, c'est ce qu'on dit, c'est que ça pourrait élever les esprits, c'est un art, donc ça peut te faire avancer, mais là, j'en viens à penser que même si ce n'est pas une volonté politique à la base, ça le devient, les gens, on les enferme dans une routine...
M : Et c'est comme tout, c'est une loi de marché, pourquoi tu vas acheter tel truc en magasin, c'est parce que tu as vu la pub...
S : On en parle beaucoup parce qu'on est des boeufs, on se fait niquer toute la journée...
M : A la base, on fait de la musique qui a besoin d'être écoutée et réécoutée même, parce qu'à la première écoute elle n'est pas évidente...
S : Même pour nous (rires) "ah, tu fais ça toi ?"
C : Tout ça pour dire que normalement les médias devraient élargir le truc, pour que les gens aient un choix. C'est carrément utopique, mais c'est l'idéal... La musique simple, c'est très bien, il en faut, mais là, c'est formaté, c'est toujours la même chose, toujours le même refrain... les gens n'ont pas la curiosité, n'ont pas la démarche de faire une recherche donc si de temps en temps on leur proposait des choses pour leur donner envie d'aller voir ailleurs, ce serait un bon début.
S : Ca influence même le mode de réflexion, je le vois par rapport au cinéma, un film comme Un air de famille, ça me fait pisser de rire, l'autre fois, l'oncle de Cécile me fait "j'ai envie de voir un film marrant", je lui dis "regarde Un air de famille, tu vas te gaver" et il s'est fait chié, il n'a pas rigolé "Taxi c'est dix fois mieux, là y'a pas d'action, on se fait chier..." Il y a des niveaux de lectures différents, et à force on les perd carrément, d'accord il ne se passe rien dans Un air de famille mais ça met des gifles, ça fait réfléchir, quand je l'ai vu, je me suis remis en place, j'étais dégoûté, et eux non, ils ne se sont pas remis en question une seule fois, la musique c'est le même principe...
C : Ce qui est dommage aussi c'est que les gens ont maintenant une idée qui est "c'est bien parce que ça vend", quand tu discutes avec la famille ou n'importe qui, tu essayes de prouver par A+B que c'est des trucs vus et revus, on te répond "ouais, mails ont vendu tant de millions d'albums" et là, t'as les bras qui tombent.
M : Y'a rien de nouveau qui est présenté aux gens à la télé, les phénomènes de mode actuels, Star Acacdemie et compagnie, les artistes français qui faisaient de la chanson française il y a 40 ans n'ont pas changé, la musique c'est toujours pareil : couplet/pont/refrain... L'amour revient en thème...
C : Sauf que maintenant les sujets sont nettement moins développés, y'a 40 ans, Brel faisait un truc qui était senti, personnel, tu n'avais pas "amour" toutes les deux secondes à tel point que le mot ne veut plus rien dire.
M : Les gens ont peur de la nouveauté, ils aiment bien les valeurs sûres. Tout ce qui est nouveau fait peur.

Biocide Vs major ?

S : Le plus gros groupe français, Mass Hysteria, vend 50.000 albums, qu'est-ce qu'ils vont se faire chier avec Biocide ? On a un potentiel de combien nous en terme de vente ? 7 ? 8 albums ? Ta mère, ma mère... (rires)
C : C'est assez subversif, parce que tu prends l'exemple du rap américain avec Eminem, il crache sur tout mais il est dans le système, complètement. C'est la grosse machine, c'est une industrie, t'as Universal derrière qui pousse le truc, il est soit disant subversif mais que d'ale, il est dans le moule comme les autres.
S : Y'a plus rien à faire... Je ne sais pas si tu as lu 99F de Beigbeder, à un moment il dit que la pub, c'est le seul système que quoi que tu fasses, elle en sortira toujours grandi, même si tu critiques, çe leur fait de la pub, c'est toujours récupéré, tu peux prendre le mec le plus bad boy, ils vont le récupérer. Y'a rien à faire.
Biocide : Lille 2002 Biocide : Lille 2002 C : C'est pessimiste mais c'est comme ça. Des fois quand tu commences à barjoter, tu te prends des coups de barre dans la gueule, et pas forcément juste en musique, pour la vie en générale, pour t'en sortir, c'est chaud de chaud... Le pire, c'est que quand tu sais que tes proches sont dans ce délire du tout commercial, toi, tu essayes de les bouger et tu passes pour l'original de la famille "ah, tu fais de la musique, et t'as un travail ? toujours pas... tu es fainéant ..." Pareil quand tu croises des mecs avec qui tu étais au lycée : "
- Qu'est-ce que tu deviens ?
- Je travaille à l'usine, et toi qu'est-ce que tu fais ?
- Je fais de la musique
- Ouais, mais qu'est-ce que tu fais ?"
Et qu'est-ce que tu veux répondre à ça ? Des fois quand on sent qu'il y a une ouverture, même si le gars ne changera pas d'avis, bah, tu essayes quand même de lui expliquer, c'est chaud... chaud de chaud...

l'argent

M : Faire vivre un groupe comme Biocide c'est impossible
C : On est tous en galère de thunes.
M : Personne ne vit de Biocide...
C : On a la chance d'avoir un petit nom, de pouvoir tourner, même si financièrement c'est rien, ça fait du bien, on existe quand même. On s'exprime à notre manière, on fait quelque chose d'artistique, mais ce serait bien si on pouvait être intermittent grâce à Biocide. On en est loin... La motivation, c'est quand tu écoutes un disque et que tu te dis que le mec s'est gavé, tu veux faire la même chose, il a eu les couilles de faire ça, moi aussi je vais faire mon truc.
M : On ne va pas se voiler la face, la musique ça va pas durer 1000 ans non plus...
C : Mais bon, tant qu'on peut, on y va...
S : On se pose pas trop la question, ça se fait naturellement, y'a juste des fois, on se demande comment continuer, là c'est chaud... C'est la merde mais on est toujours là ! On s'est accroché, on a tous plein de galères en commun.
C : Et on a fait de l'intérim, toutes les merdes possibles et imaginables et non, c'est interdit, c'est pas pour moi, je préfère galérer dans la musique. Si Biocide dans je ne sais pas combien de temps c'est fini ou quoi, je resterais dans le milieu de l'art. Je vis dans ce sens-là, l'usine, c'est pas possible, il me faut une ouverture d'esprit sinon je me tire une balle, c'est lourd.
S : Et en même temps, c'est la concrétisation de ce qu'on pense, j'en chie mais je le fais.

Québec

Biocide : Lille 2002 Biocide : Lille 2002 M : C'est prévu mais ça va être chaud...
C : Le projet, c'est de faire un échange avec Insurgent, un groupe québecquois signé sur le même label que nous, on veut les faire venir en France pour les faire tourner et nous aller là-bas. Ce serait bien, c'est tentant, traverser l'Atlantique, c'est le top, essayer de montrer qu'il n'y a pas que des taches en France ! (rires) Y'a plein de groupes qui y vont, Lofo, Watcha, Mass, à chaque fois ça a fonctionné... Pourquoi pas nous, on propose encore un truc différent, c'est bien. Imagine, ça te permet de voyager, de rencontrer plein de gens, de partager un truc, et sans parler de notre côté barré, on est des européens, eux des américains, on est à 100.000 lieux, c'est pas la même façon de voir les choses. On a fait quelques dates au Portugal et c'est dépaysant au possible, le Sud du Portugal, t'hallucines (rires), t'as pas l'impression d'être en Europe, c'est trop bon, tu vis des expériences de fou, tu rencontres des gens et tu comprends rien, tu rigoles, des fois tu flippes comme c'est pas permis, mais t'as des choses à raconter aprés. Ca te fait une expérience, tu peux appuyer tes idées...

Biocide qui joue à la Fnac, hallucination ?

C : Souvent les plans, ouais... On a fait Bourges, on a joué hier au Noumatroff qui était pas une fnac... En très peu de temps on a fait le pire et le meilleur, à Orléans, à la Fnac comme c'est période de Noël, ils se gavent de vendre des télés, ils ont foutu toutes les télés dans le forum où devait avoir lieu le show-case, et ils ont l'idée de nous transféré dans un bar appellé le Petit Bouchon, un café littéraire, à l'autre bout de la ville, on pouvait rien rentrer dedans ! C'était pas à côté de la fnac, y'avait pas notre CD dans les bacs, normalement c'est un truc promotionnel, c'est chiant à faire mais c'est pour l'album, on ne se vend pas, on fait notre musique... Là, ça servait à rien, y'aurait eu personne et de toute façon personne ne pouvait rentrer. Hier, autre délire, la Fnac de Mulhouse fait les showcases dans la salle du Noumatrouff, il faut ramener le people... Et en plus, c'est tout nouveau, Biocide essuie les plâtres, on est toujours les premiers... Y'avait peu de gens mais au moins on les a marqué. L'objectif, c'est toujours ça, qu'il y ait 2.000 ou 3 personnes, il faut mettre la claque. A la base, c'est sûr qu'on n'est pas super content genre "ouais on va à la Fnac", ça fait parrtie du truc...
S : C'était sympa... Le premier plan qu'on a fait, c'était à Bourges, dans les rayons carrément, t'as les vieux qui passent, Romain jouait, y'avait un mec qui lisait une BD à côté de lui, ça lui lattait les couilles, genre on le génait. (rires)
C : Ca te fait rire mais nous sur le coup, on rigolait pas, Stéphane a failli dire un truc au micro... Déjà avant il nous avait annoncé
S : "ting dong ding Biocide à l'espace convivialité" (superbe imitation de jingle et d'hotesse)
C : Tu fais ça un mardi aprés-midi, y'a pas un chien dans la fnac mais on a vendu un CD ! C'est bien de la part des Fnacs de nous permettre de faire ça, même si y'a qu'une personne qui achète le CD, elle en parlera à ses collègues...

Chant

M : Il n'y a pas au départ de volonté de chanter en telle ou telle langue, là, sur les derniers morceaux qu'on a composé, y'a même pas de textes, le chant est plus utilisé comme un instrument. A l'avenir on aura de moins en moins de textes pondus revendicatifs, on ira plus vers la musicalité, voilà, on l'a fait une fois. On va tournerla page, sinon, ça va faire redite.
C : On racontera plus des histoires... Des fois faire des paroles en yaourt, c'est drôle, ça a un côté fun mais tu imagines ce que tu veux dessus, tu es aiguillé par la musique, l'intensité, le truc mais aprés, tu l'interprêtes à ta façon, c'est excellent, et selon les personnes, ce ne sera pas forcément la même chose. Même nous quand on joue nos morceaux, on les interprête différement...


Bien plus tard dans la soirée, Biocide monte sur scène, lachés par leur ingé son dans la semaine, ils ne voyagent plus qu'à quatre "à l'ancienne", le son est donc assuré par Manu qui s'en sort avec les honneurs. Les Marseillais vont démontrer que ce qu'ils jouent sur l'album est aussi jouable en live, avec une internsité supplémentaire et une atmosphère qui s'installe progressivement ("Eden's garden", "Psychopat", "La masse", "Tout pour la frime", et qui atteint une saturation sonore d'effets destabilisants lors de "Space blues" ou une beauté toute instrumentale sur "27b-6". La décontraction et la convivialité sont de mise, les titres de folie s'enchaînent avec des plans improbables, en live, on se rend compte de l'importance de chaque instrument et du travail de mise en place. Le groupe nous livre une nouvelle compo très rock'n'roll "Aïe Aïe Aïe" et achève le set comme de coutume avec un "Gaing-baing" épidermique...