Baroness - Yellow & green Après la folie virtuose et créative de The Red album, le Blue record des natifs de Savannah avait clairement déçu dans le terrier du webzine aux longues oreilles lors de sa sortie (et encore aujourd'hui), même si cela n'avait, évidemment, aucunement freiné le groupe dans son ascension météoritique vers les cimes de son sludge rock'n'roll. Histoire de mettre tout le monde d'accord voici donc un double album toujours très coloré et remplis à ras bord de titres dévoilant tous les visages de ce qu'est désormais Baroness. Soit un poids lourd de sa catégorie et l'une des têtes d'affiche du roster de l'imposant label Relapse.

Le jaune face au vert, une sorte de Ying et de Yang version Baroness, le groupe introduit ce double album avec une très belle première piste ("Yellow theme") inaugurant et préfigurant déjà ce que pourrait être la suite en terme d'excellence. Ou pas. L'ambiance est soignée, l'esquisse mélodique en filigrane vient se poser comme une fleur, une jolie intro ambient/rock atmosphérique histoire de venir effleurer les tympans de l'auditeur, le groupe prépare le terrain avant de lâcher sa première torpille. Qui arrive déjà avec l'impérial "Take my bones away" et sa cohorte de riffs endiablés, expédiés au travers des enceintes à un rythme soutenu et une fougue à peine plus contenue que les mélodies qui éclaircissent l'horizon façon tube imparable. Le groupe serait-il devenu une machine à hits ? On peut se laisser tenter de répondre par l'affirmative d'autant que "March into the sea" vient confirmer l'évidence : ce Baroness a sorti le grand jeu. (Ou pas)

Grosse présence instrumentale, charisme vocal par palette et des compos troussées bien comme il faut, si l'ensemble manque quelque peu de puissance déflagratrice, c'est peut-être parce que les américains ont pris le temps de développer des textures pop ("Little things") et space-rock/progressives ("Cocainium", "Back where I belong") de manière à donner à leur ensemble musical un côté multi-facettes qui sied parfaitement (au départ) au concept de double album qu'est Yellow & green. Même si cela doit occasionner quelques fours galactiques à l'image de l'infâme "Sea lungs" et sa grandiloquence crasse, ou globalement quelques titres à jeter (le très poussif "Mtns. (The Crown & Anchor)") même si placé au beau milieu de quelques pépites à l'incandescence émotionnelle édifiante ("Eula"). On met alors le doigt sur le problème de l'album. Car là où il parvient parfaitement à maîtriser ses lancements (un "Green theme" lumineux inaugurant parfaitement la seconde partie de ce double album), Baroness parvient à tenir la route au début (un "Board up the house" à la technicité pointue) avant de se vautrer dans un rock marshmallow indigne de son statut ("Foolsong") puis de carrément susciter un ennui poli pour ne pas dire autre chose (un "Collapse" somnifère).

On s'endort profondément et ce n'est qu'à partir de la seconde moitié de "Psalms alive" que les georgiens vont recommencer à secouer le palpitant de son assistance invisible avant de la plonger dans la torpeur folk/acoustique de "Stretchmarker". Sauf que pour une fois par contre, c'est réussi et c'est fait avec une élégance toute retenue qui va bien mieux au groupe que cette emphase à laquelle il nous a habitué sur les trop nombreux titres d'un opus par conséquent beaucoup... trop long, clairement roboratif même. Et si le final renoue avec le (presque) haut niveau (cf : le quasi imparable "The line between") avant d'épiloguer tout en douceur avec "If I forget thee, lowcountry", on se dit quand même que dix-huit morceaux répartis en 2 disques, tout ça pour avoir juste de quoi tenir la route le temps d'un EP 5/6 titres à tout casser, ça fait un peur cher payé. On attend un "Black abum" maintenant ?