Baroness : Red album Oubliez les aphones d'Isis et de Neurosis, dites au revoir aux instrumentaux ennuyants de Russian Circles et de Pelican, effacez le stoner façon Capricorns, ignorez également la vague de sludge-core et le métal prog, car Baroness en remet une couche sérieuse à l'ensemble mais avec une notion aigue de la mélodie et du refrain efficace, The red album comble le fossé entre branlette instrumentale et titre éjaculateur précoce pour s'illustrer parfaitement sur ce premier album grâce à une voix à la fois envoûtante et envoutée. Dix titres rageurs et enragés qui sèment la zizanie et souffle le chaud et le froid, et surtout le chaud d'ailleurs.
"Rays on pinion" s'élève lentement sur la plaine, prend son temps avant de propulser son mélange de rock'n'roll, influencé 70's, des grands chaînes montagneuses des Appalaches, de heavy sérieusement burné, le tout menotté par une musique qui voit le mot "épique" porté au pinnacle, voilà le résultat d'un Mogwaï qui a été élevé au Motorhead pour le petit-déjeuner pendant toute sa croissance. La jouissance de Baroness se fait répétitive et saisissante, s'accompagne d'effets secondaires, d'addictions et de rechutes, la preuve avec ce "Wailing wintry wind" très Pink Floydien sur l'intro, qui devient et redevient aérien par la suite, soutenu avec force par une basse massive, des guitares au coeur léger et à la vertue qui ne pèse pas bien lourd.
Démarrage beaucoup plus rapide pour le délicieux "Cockroach en fleur", dont le titre est tout un poème par lui-même, Baroness n'en n'oublie pas ses passages aux lignes mélodiques qui oscillent au gré de ces humeurs, titre archétype, refrain massif qui avance tel un étendard, passage instrumental entre les deux refrains, court mais efficace. Au rayon lourdeur, le groupe n'en n'oublie pas quelques barrages de saturation de rigueur, notemment les guitares magmatiques de "Aleph" accompagnées par une basse saturée, version pur beurre que l'on retrouve aussi sur le plus insolent "Teeth of a cogwheel".
Difficile de digérer The red album, tant par sa densité que par sa diversité, entre titres éclairs ("grad") et titres épique ("Rays on pinion"), passage subliminal ("Wailing wintry wind") ou passage destructeur ("Aleph"), les Baroness s'apprivoise avec patience et expérience, voir même un peu de dextérité...