Baroness - Gold & grey Suite logique de Purple qui marquait une certaine rupture dans l'histoire de Baroness avec le changement de line-up provoqué par leur accident de tourbus, Gold & grey apportent deux nouvelles teintes à la palette de John Dyer Baizley. C'est aussi le premier album enregistré avec Gina Gleason, la guitariste remplace Pete Adams depuis l'été 2017 et si sa douce voix est plutôt discrète, son jeu de guitare apporte un complément très intéressant car Baroness a encore arrondi quelques angles. Bien sûr il leur reste quelques distos granuleuses et attaques très métalliques mais dans l'ensemble, ce sont plus les instrumentaux délicats, la limpidité de "Emmett - radiating light" ou "Cold-blooded angels" et la redoutable efficacité des mélodies ("Front toward enemy" et "I'm already gone" qui mettent l'opus sur de sacrés rails) qui l'emportent. Sans oublier ses racines, le combo a réussi à sublimer ses envies de calme et a bien fait de faire confiance à Dave Fridmann pour produire, mixer et certainement donner son avis sur quelques arrangements. En cherchant un peu, on décèle quelques idées qui n'auraient pas déplu à Mercury Rev ou The Flaming Lips mais le désormais surtout producteur (MGMT, Mogwai, Thursday...) a réussi à aller encore plus loin que sur l'album violet élargissant le spectre des capacités du groupe.

On passe par tous les états et croise toutes les aspirations du groupe durant cette heure dorée et grisâtre, des rythmes les plus nerveux à des plages ultra reposantes, d'un son saturé à l'extrême (non, n'essaye pas de régler tes enceintes) à une pureté cristalline, d'élans harmonieux à une explosion cacophonique d'idées qui fleurent bon les expérimentations psyché-prog des seventies ("Can oscura"). Et quand bien même, ça part un peu dans tous les sens, la voix de Baizley nous ramène à l'essentiel, des titres réfléchis qui lorgnent autant du côté de The Mars Volta (la folie de certaines structures comme celle de "Borderlines" dont le clip est bien chelou aussi) que du magnifique Cave In (celui d'Antenna que je retrouve quand j'écoute pour la énième fois "I'm already gone" (Too late, so long) dont je suis amoureux).

Les fans purs et durs de Baroness ne se retrouveront pas forcément dans cette fourmilière mais la beauté de certains titres comme la rugosité d'autres confèrent à l'ensemble une esthétique particulière, rarement un tout cohérent aura été formé de particules fines aussi divergentes. Quand un tel amalgame est réussi, on est fatalement à l'écoute d'un chef d'œuvre.