Anorak - Go up in smoke Sorti comme son prédécesseur, le sauvagement efficace Sick, via l'excellent Basement Apes Industries (Cortez, Death Engine, The Prestige...), le troisième album des discrets mais souvent imparables Anorak déboule sans crier gare en crevant la fumée ambiante pour découper les enceintes à coups de riffs tronçonneuse et désencrasser les amplis bien comme il faut avec son cocktail hardcore-rock-punk qui ne dépareillerait pas forcément du côté de l'écurie Deathwish Inc. (Converge, Loma Prieta, Modern Life Is War, Touché Amoré pour ne citer qu'eux). Malheureusement pour elle, l'entité picarde a vu le jour sur le vieux continent et en paie certainement le prix en termes de notoriété et d'attractivité médiatique. Musicalement par contre, ça gère toujours aussi bien.

Car sans se poser de question, le groupe met d'entrée une énorme pression sur l'auditeur avec une doublette "I've never been." / ". part of you" dont les deux parties se répondent mutuellement et agressent littéralement un auditeur venu se faire gueuler dessus pendant les quelques onze pièces de choix que compte ce Go up in smoke. Un disque produit par un Clément Decrock au cœur de son Boss Hog Studio (General Lee, The Gay Corporation...) parce que Kurt Ballou était trop loin et trop occupé à usiner les trois quarts des formations hardcore punk rock/metal qui comptent depuis bien dix ans (Converge et autres Kvelertak, Ken Mode Trap Them ou Code Orange Kids), mais mixé et masterisé par une grosse pointure de sa catégorie puisque ce n'est autre que Nick Zampiello qui s'y est collé. Le bonhomme est derrière les finitions de quelques bestioles signées Converge, Gaza, Knut ou encore Unsane.

Résultat : ça gueule (beaucoup), ça envoie les décibels (au moins autant que ça gueule) se fracasser contre les quatre murs du studio, ça s'offre quelques effusions hardcore de toute beauté, deux ou trois poussées de fièvre fleurant bon le vieux grindcore des familles et surtout une grosse rasade de groove rock'n'roll mis au service d'un "hargne-core" de premier choix. Pas très original (encore que) mais rudement bien troussé du début à la fin sans négliger le milieu (au hasard "Go up in smoke" ou "Deserve your meat"). Que ce soit en jouant la carte de la délicatesse toute relative ou de l'effusion de sang à la bestialité décharnée ("Damaged this day", "Empty bottle of a full life"), Anorak met du cœur à l'ouvrage et les tripes sur la consoles de mix afin de faire cracher le feu à ses instruments. En conjuguant férocité pure et maîtrise formelle implacable ("Horror for trance"), les Amiénois allient à la quasi perfection puissance comme vélocité, une certaine élégance dans la mise à mort auditive (le diptyque "Red cellar part I & II", "Blacklash") et une envie manifeste d'en mettre plein partout ("Vain"). Efficace.