Amenra - Mass VI AmenRa avait touché au sublime de la noirceur avec Mass V, ils n'ont presque rien changé pour ce nouvel opus qui se sera fait attendre (la faute au talent de Oathbreaker ?) mais putain quel pied de plonger dedans. L'artwork n'est plus strictement en noir et blanc, en effet le cadavre du cygne a des reflets bleutés, c'est un signe que la musique va gagner encore quelque peu en nuances, pour autant, ça reste un cadavre et tu te doutes bien que les Belges nous emmènent plus aisément sous terre que dans les cieux (encore que pour certains croyants, c'est la même chose).

En vérité, les quatre gros morceaux de cet album nous partagent entre les deux, l'introduction de "Children of the eye" est un classique de progression (copyrighté par Cult of Luna ?) qui nous laisse penser à une élévation avant de se faire plaquer au sol, face contre terre, façon All Black, c'est brutal, tu as le goût de la boue et du sang, tu reprends tes esprits avec quelques douceurs de guitare mais c'est juste le temps qu'il faut pour percevoir la douleur, Colin remettant une couche d'agressivité alors que la rythmique, doom et lourde, pèse chacune de ses frappes, le riff de guitare tourne en rond, creuse, nettoie les plaies, installe le calme pour laisser la place à des harmonies vocales claires, les soigneurs font leur office. La machine se remet en route, en roue libre, le terrain est de nouveau labouré, nous avec. Le message "Edelkroone" sert d'interlude mais ces quelques secondes ne préparent pas franchement à "Plus près de toi (Closer to you)" qui débute plus que violemment. Subtil mélange de saturations sombres et de pesanteur, le titre devient génial quand il s'illumine, ne laissant que quelques notes limpides occuper l'espace, préparant les oreilles à de petits mots en français, c'est pour le moins aussi poétique que perturbant. La basse fracasse les espérances qui résonnent, la gratte reprend du service et AmenRa repasse en mode post-doom-core pour un final déchirant et envoûtant. Les deux minutes de l'intermède "Spijt" ne permettent pas vraiment de nous remettre vu l'abrasivité de ces secondes instrumentales mais on souffle un peu avant deux autres morceaux grandioses. Tout en délicatesse, "A solitary reign" attaque par un passage très clair, touchant presque larmoyant, Colin garde cette ligne pure alors les instruments se drapent de noir et qu'un double chant écorche l'arrière-plan. L'orage qui menaçait éclate pour ce qui devient le passage le plus massif et le plus lourd de l'opus, un passage attendu qui se permet des déclinaisons au moment de relâcher la pression, la descente se fait presque en douceur avec un Colin qui rejoue de sa voix claire, en anglais, pour achever de nous charmer. Exceptionnel ? Non, car le "Diaken" qui referme l'album est encore meilleur. Ce titre est plus marqué par les rythmes, plus dynamique, plus organique, tiraillé par la volonté d'aller encore plus loin, plus profond et celle d'un lâcher prise total où la douceur l'emporte. AmenRa ne choisit pas de vainqueur et préfère garder vivant ce grand déchirement.

Ainsi soit-il.