Absence of Colors  Poison on your lips Spécialiste du son (il est régisseur pour des salles et des spectacles), Olivier joue aussi de la guitare et trifouille des machines, il monte un premier groupe orienté trip hop (Broken Devices) et développe l'aspect scénique de l'expérience sonore en ajoutant des images et en jouant avec les lumières. En 2022, il passe au noir avec Absence of Colors, un nouveau projet, bien moins cool que le précédent, ce sont des compositions instrumentales très noires et métalliques. Le renfort de Damien à la batterie, la création d'un premier EP (Cycles) puis l'arrivée de Brice à la basse (et aux samples) transforment l'initiative personnelle en un vrai groupe. La suite logique, c'est l'enregistrement d'un premier album : Poison on your lips, édité par Weird Noise, structure montée en 2016 par Olivier pour promouvoir son univers de créations mêlant sons et lumières.

Riffs qui tournoient qui sont autant d'attaques tranchantes, "Ignorance is strength" lance l'album sans round d'observation, on est tout de suite dans le vif du sujet, un post metal instrumental où on aura parfois du mal à trouver de l'air. Le rythme ralentit, les guitares laissent un peu de place aux samples, et alors que dans ce style, on imagine que cela peut être une transition vers un nouveau déluge d'accords, c'est déjà la fin du titre ! "The hidden giant" débute comme son prédécesseur s'est terminé, en toute tranquillité, Absence of Colors a découpé son opus en plages, mais c'est bel et bien à un "tout" qu'on a affaire. Le géant se cache, on sent sa présence, il intrigue, il inquiète, la tension se fait plus vive, les sens sont davantage en alerte, on va à sa rencontre crescendo mais pas trop vite, à moins qu'il ne reste finalement dissimulé... Est-ce sa voix qu'on entend, samplée, au début de "Fury room" ? Malgré un ton peu rassurant, le temps est alors plutôt calme, les notes de la six cordes se détachent avant que la rythmique n'assourdisse le propos et que de nouvelles offensives éclatent, on est typiquement dans une progression à la Tool (période Aenima), mais l'explosion attendue tarde à venir, l'atmosphère se sature au maximum avant que la furie ne prenne toute la place dans sa pièce. Le changement de face ne nous coupe pas plus que ça de l'univers de Poison on your lips dans lequel on replonge assez vite avec un nouveau sample vocal d'arrière-plan, comme une conversation interceptée qui reviendra à différents moments de "Death from above", une pièce centrale de près de 10 minutes. La guitare nous sert de guide dans ce titre aux reliefs marqués par quelques jolies montées et de très belles plaines (ou plutôt des vallées, le groupe étant originaire de Chambéry). L'ascension finale nous laisse devant "Perfect storm", un plateau au nom trompeur car il n'y a pas de tempête à l'horizon. Juste quelques mots de Zarathoustra (cité par Nietzsche) pour obscurcir un panorama plutôt dégagé. Le ciel se couvre un peu, l'air s'alourdit, mais le déchaînement idéal n'est-il pas celui qui sait se faire discret ?

Pas de couleurs, mais beaucoup de sonorités et d'ambiances pour ce premier album d'un trio instrumental qui fait varier les intensités pour dépeindre de riches paysages émotionnels, entre gris clair et gris foncé (coucou Jean-Jacques), dans un univers bien moins binaire et simple que ce que l'on pourrait croire...