Abraham - An eye on the universer Le post-hardcore, le post-rock, on en a soufflé. De parts et d'autres de l'Atlantique, les Isis, Cult of Luna, Kruger ou Time To Burn ont bien labouré les sillons. Difficile de renouveler un style où les groupes font foison et pullulent autant que des morpions, et pourtant... Abraham débarque avec un album qui, s'il n'a de prophétique que le nom, An eye on the Universe, n'en est pas pour autant totalement insipide. Loin s'en faut. Autant le dire tout de suite, avec Abraham ça tape dur, ça bourrine même sec, vos tympans vos en prendre pour leur grade, les petites lumières de vos iPods vont voir rouge. Et juste rouge en fait...

Huit titres pour presque trois quarts d'heure de musique, mention honorable, Abraham se laisse aller à des débordement que Kruger a un peu abandonné, déluge biblique, les Suisses remettent les pendules à l'heure. "Astro zombies", commence doucement, le groupe prend le temps de respirer, presque une surprise après l'étouffement orchestré par "Coyote versus Machete", un morceau qui met du temps à venir, mais qui explose en pleine tête, c'est du lourd, du très lourd, une petite mort à lui tout seul. Parmi cet océan métallique, Abraham réussit le tour de force d'assembler des paysages aux influences diverses et délectables, notamment "Saloon bizarre", quelque part entre un Shovel ou un Houston Swing Engine et un Godflesh décontenancé aux allures hystériques.

Le vrai plat de résistance, Abraham le garde pour les patients, les non-adeptes du mode shuffle, après avoir entretenu la tension et construit pièce après pièce une oeuvre à l'ambiance vertigineuse, le groupe lance son courroux sur "Hellsinki", nappes de trois guitares, un trémolo en haut à droite, un palm-muting en bas à gauche, un crescendo à l'attaque étouffé en stéréo, une basse qui souligne une ligne mélodique, une batterie hypnotique, la décharge se produit à contretemps; quand l'orage arrive, c'est l'éclair aveuglant immédiat, un paysage en feu où les ombres dansent, un chant qui prend des proportions inquiétantes. Et que dire de "Baruch" à l'enchaînement presque parfait, un riff un peu irritant, comme une démangeaison sonore, le groupe poursuit la même recette, une guitare en fond sonore qui explose en avant-plan, un chant costaud. Puis le changement d'ambiance, le groupe adore ces coups de butoirs incessants, qui s'espacent finalement, remplacés par une mélopée hypnotique, une volupté musicale légèrement envoutante, guitare cristalline, mélodie en dentelle sur une basse saturée, de la magie à l'état pure. Lorsque l'édifice sonore s'écroule, quelques notes s'échappent au travers une lumière divine; progressivement s'installe un rythme chaloupé, un synthé prend le relais et avec langueur adoucit un spectre sonore bien lessivé.