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Biographie > Prends ma main, ce soir !

Pierre-Alexandre Busson est un pianiste de formation classique Rémois qui, après une dizaine d'année de conservatoire, crée le groupe électro-pop Klanguage en tant que claviériste et bassiste au milieu des années 2000. Influencé en grande partie par le hip-hop et l'électro, il participe également à des projets tels que The Krays ou Peter & The Magician tout en tentant l'aventure en solo sous le nom de Yuksek (qui signifie "haut" en turc). Son premier album, Away from the sea sort en février 2009 et retient l'attention de nombreux médias et du public grâce aux titres "Tonight" et "Extraball", clairement orientés dancefloor et utilisés pour des publicités. Ce producteur qui à la côte (il a entre autres réalisé le Manuel for successful rioting de Birdy nam Nam) retourne en studio après une longue tournée de deux ans pour sortir un nouveau disque s'intitulant Living on the edge of time, orienté plus pop que son prédécesseur.

Yuksek / Chronique LP > Living on the edge of time

Yuksek - Living on the edge of time "Je fais la chronique, j'la fais pas ? Allez, j'la fais... Oh, et puis non ! Bon, après tout, je vois pas pourquoi je m'en priverais." Voilà à peu de choses près ce qui m'a traversé l'esprit quand j'ai reçu le beau digipack et écouté le nouvel album de Yuksek, DJ et producteur électro en vogue, précisons pour ceux qui n'ont jamais entendu parler de lui (mais où vivent-ils ?). De cet artiste rémois, je n'avais en tête que son fameux "Tonight", titre calibré pour les dancefloors, très lissé et ayant retenu l'attention d'agences de publicité et de producteurs d'une émission de TV d'une chaine qui, sans la citer, a bien perdu de son âme depuis le temps. Bref, je n'avais pas vraiment l'intention de chroniquer un jour cet artiste, bien que son exigence, son sérieux et sa patte artistique plaide largement en sa faveur. Et puis Living on the edge of time est apparu, sans crier gare, juste avant l'été en plus, tiens donc ! On me prévient d'emblée via le dossier de presse : "Oubliez vos idées reçues [...], Yuksek est un musicien de son temps qui n'a que faire des étiquettes et des chapelles". Soit. C'est décidé, j'oublie donc toute idée de réticence et je me lance. > Play !

La première impression de ce disque, et non des moindres, avant d'aborder le contenu de ses titres, est indéniablement la qualité du travail de production qui est tout bonnement parfaite (même si la perfection est une notion abstraite). Evidemment, cet état de fait n'est pas gage de réussite. Quand je dis "parfaite", entendez par là "soignée", très soignée, trop soignée même. Autrement dit, cette galette aura plus de chance de satisfaire au grand public (plutôt jeune au vu du genre musical) qu'aux vieux briscards de l'indé, élevé au lo-fi, à la noise ou à l'électro qui bave et tâche, histoire de rester dans le domaine. Le deuxième point, qui est d'ailleurs très souvent associé au premier précité, concerne cet espèce de standardisation des chansons, comme si ce disque répondait à une demande précise, comme un album de commande. Car, quand on voit le talent de producteur du bonhomme, qui a baigné dans les sons de Nirvana, De La Soul ou The Doors, il est assez difficile de comprendre le petit côté chic-branché de son électro-pop. Sans forcément vouloir rentrer dans le jeu de la comparaison, sur certains points, LCD Soundsystem, Röyksopp (au passage, "You should talk" a des similitudes de style avec les norvégiens) ou Daft Punk ont globalement réussi à éviter ça. Et pourtant, Yuksek est originaire de Reims, le pays du champagne, loin des clichés de la capitale où son univers est souvent décrié par son caractère superfétatoire (un sujet encore abordé dernièrement sur nos pages avec le Rock En Seine où d'ailleurs était présent Yuksek).

Living on the edge of time se veut davantage "pop" qu'Away from the sea, son premier disque. Certes, cela risquait plus de me plaire qu'un album 100% électro dancefloor. Si l'on regarde de plus près les 11 titres de ce nouvel opus, Yuksek a davantage créé des ambiances variées n'hésitant pas cette fois-ci à prendre le micro pour donner un allant "pop" à ses chansons qui sont du coup moins façonnées pour les programmations clubs. D'où la justification du terme "électro-pop" pour vendre le produit. Un chant à l'image des compositions, qui tantôt se complètent plutôt bien ("On a train", "Dead or alive") et qui pour d'autres ressemble de près à un sentiment de médiocrité et de gâchis ("Always on the run", "White keys"). Finalement, écouter un album de Yuksek, c'est un peu comme aller aux champignons, faut éviter à tout prix les mauvais, risque d'indigestion oblige, et ne prendre que le bon (quand il y en a !), auquel cas c'est l'extase. Si c'est ça le "songwriting moderne", je préfère passer pour un vieux con et m'en remettre, au hasard, à mes vieux albums de Kraftwerk, Depeche Mode (d'la vraie électro-pop) ou même Air, pour rester dans le territoire national. Parce que si on fait un bilan de ce Living on the edge of time, il doit contenir, grosso modo, 4 bons titres sur 11. L'affaire est bouclée.