Yasmine Hamdan - Al jamilat Al Jamilat est le titre d'un poème du Palestinien Mahmoud Darwich rendant hommage aux femmes et servant de manifeste pour la défense de leurs droits. Des droits qui tendent à reculer dans certains pays que connaît bien Yasmine Hamdan pour y avoir vécu. Une ode à la féminité qui caractérise bien cette artiste avide d'expériences et de rencontres qui lui ont plutôt bien servi à en croire l'écoute de ce nouvel album qu'elle a dirigé de A à Z. À commencer par choisir ses musiciens et non des moindres quand on constate leur pedigree : Steve Shelley (Sonic Youth, Disappears) à la batterie, le multi-instrumentiste Shahzad Ismaily (Lou Reed, John Zorn), la violoniste canadienne Magali Charron, le compositeur mexicain Cesar Urbani, plus connu sous le nom de Cubenx, et son ex-partenaire de Soapkills, Zeid Hamdan. Et ne parlons même pas des techniciens qui ont été chargés de soigner les harmonies et le mixage de son disque (voir sa biographie sur notre site).

S'occupant de sa production aux quatre coins du monde (New-York, Londres, Beyrouth, Paris), cet album a subi musicalement son déracinement, soit un florilège de titres aux personnalités totalement multiples. Quand l'inaugurale "Douss" et "La chay" nous baladent agréablement par une folk inoffensive, "La ba'den" et "K2" envoûtent tout sur leur passage et mettent en valeur ce qui a de plus beau chez Yasmine Hamdan : sa voix. Un chant arabe utilisant plusieurs langage/dialecte (libanais, koweïtien, palestinien, égyptien, bédouin...), qui comme sa musique, ne se soucie guère des règles établies. Quand "Choubi" hypnotise par sa boucle électronique, "Café" se veut plus sombre et dévoile le côté mystérieux de la belle avec quelques relents noise qu'on imagine orchestrés par Steve Shelley. Autre titre marquant, "Al jamilat" invoque les esprits du Moyen-Orient, voire de plus loin encore, avec une classe incroyable. Seule "Balad" se présente peut-être inconsciemment comme une sorte de réminiscence de Soapkills par ses sonorités trip-hop version 2.0. Tandis que "Ta3ala" vient clore de façon majestueuse le disque avec son ambiance froide et son rythme complètement saccadé, on ne peut rester qu'admiratif devant cette imagination ardente et ce souci du détail perpétuel.

L'icône Libanaise a réussi avec Al Jamilat à nous procurer cette étrange sensation de toucher la grâce à chaque plage sans véritablement la comprendre. Même après de multiples écoutes, sa musique composite qui passerait au premier abord comme quelque chose de simple à saisir, arrive à nous stimuler tout en nous égarant. Un sentiment trop rare de nos jours qui porte souvent la marque des grands. On pourrait encore vous en parler des heures mais le mieux serait de cultiver votre curiosité en vous précipitant sur votre site de streaming favori ou chez votre disquaire pour écouter cette œuvre (pop/folk/électronique/mets ce que tu veux) magistrale.