Witxes - Sorcery/geography Réédition par le biais du toujours aussi incontournable Denovali Records (Aun, Greg Haines, Talvihorros, TKDE...) du premier album de Witxes paru un an plus tôt chez Humanist Records, le petit label lyonnais remarqué pour avoir notamment sorti des disques de Chelsea Wolfe ou Zero Absolu, Sorcery/geography est surtout l'occasion idéale pour plonger la tête la première au sein de l'univers très personnel et affirmé de son auteur/architecte, Maxime V. Un véritable voyage sans retour à travers des panoramas ambient (parfois) drone et expérimentaux aux schémas narratifs et paysages sonores littéralement obsédant. En témoigne notamment ce fabuleux "Unlocation" qui ouvre le tracklisting de l'album en s'offrant un tourbillon free-jazz en guise de climax aliénant, avant un final d'une classe étourdissante.

Une piste et une seule, c'est au travers d'une première composition presque "idéale" que Witxes parvient à conquérir l'auditeur et le faire succomber aux charmes étranges, presque vénéneux de son album, avant d'en explorer les tréfonds sur un "After the horsefight" aussi âpre que tourmenté, sombre que nébuleux. Car, Sorcery/geography sait aussi se faire d'une noirceur oppressante avant de s'offrir à nouveau une sortie de scène tout en élégance bluffante. Un clavier obsédant, des nappes ambient organiques qui flottent dans la stratosphère, une menace sonore qui vient insidieusement assombrir l'ensemble, rompre avec la dynamique légèrement cotonneuse, narcotique dans laquelle le Français se plait à plonger son auditeur, pour faire voler en éclats cette fausse impression de quiétude illusoire ("Thirteen emeralds", "The reason"), on est happé par l'intensité de ses travaux.

Toujours ce rituel quasi immuable, de pièces en pièces, tantôt ambient, tantôt plus dronisantes et régulièrement parsemées de textures jazz post-moderne : une propension étourdissante à savoir conclure ces créations comme personne et à immerger l'auditeur dans un océan de réverb' magnétique ("Canyon improbable", "Somewhere"). Une ode à l'abandon sensoriel qui se traduit par une descente en rappel au plus profond de l'expérimentation ambient minimaliste ("Dunes of steel") avant le retour vers la surface d'une densité sonore palpable, puissante. Alternant les climats sonores et de fait les types d'émotions ici générées (le superbe "Dead reckoning"), Witxes maîtrise assurément son sujet à la perfection, même quand il s'offre un petit épisode troublant d'ascétisme musical ("Misscience"), avant une dernière offrande ("No sorcerer of mine") ponctuant de fait un album aussi riche que tourmenté, oscillant constamment entre violence latente saturée et spleen contemplatif de grande classe.

[NB] : la réédition signée Denovali Records comporte en sus de l'album originel, le one-track EP Winter light burns sorti par Witxes en février 2012.