Tokage - White darkness Quand on sait que White Darkness n'est autre que le projet solo de l'un des deux fondateurs de The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble, figure de marque de la scène dark/doom/jazz européenne, on imagine bien que cet espace d'expression ne sera pas vraiment l'occasion de se farcir du mainstream vide de sens. Et c'est le cas. Parce qu'au travers de Tokage, deuxième album de cette entité au patronyme paradoxal - le premier Nothing était sorti en 2007 sur le label du Roadburn Festival - Jason Köhnen (également connu sous le pseudo de Bong-Ra) délivre une musique éminemment organique, à la fois doom, electronique et futuriste, fatalement éditée par le label de référence en la matière sur le vieux continent : Denovali Records. Logique.

On fera grâce des titres, pour le moins elliptiques des pistes présentes sur ce Tokage pour aller à l'essentiel : l'étrange agglomérat d'arrangements, trouvailles, bidouillages et autres expérimentations initiées par Köhnen sur cet effort. Une démarche forcément un peu casse-gueule étant données les sphères musicales explorées, mais pourtant assumée avec une aisance assez étonnante. Voire ironique. A l'image du pseudo de son projet, White Darkness semble jongler avec les codes des styles et sous-genres abordés, triturant ses programmations en même temps que les méninges de l'auditeur pour livrer une série de compositions exigeantes et racées qui se meuvent au sein d'un dédale industriel de silences et des texture sonores insidieusement menaçantes. Sombre et torturée, l'oeuvre du producteur/arrangeur/compositeur néerlandais vient se lover dans une logique bruitiste à la radicalité affirmée par la présence de la vocaliste Rachael Kozak, qui vient susurrer à l'oreille de l'auditeur quelques effrayantes complaintes dont elle a le secret. Perturbant.

Tokage est de ces albums qui ont la capacité de nous emmener très loin avec eux dans des endroits où l'on ne s'aventurerait jamais en toute conscience. Pourtant, là, on le suit et tant pis si on se retrouve en territoire musical inhospitalier, flirtant par instants avec les ambiances d'un black metal aride et décharné. Mais au milieu de tout ça, White Darkness reprend avec "FF0000 Rituals" (petite entorse au principe édicté plus haut) la direction d'une oeuvre qu'il remet alors sur des rails dark/doom un peu moins extrême que les instants précédents. Pour autant, il ne faut pas s'attendre à de la musique éthérée, contemplative et apaisante, mais plutôt à quelque chose de glacial et glaçant, très clinique et oppressif, Jason Köhnen se plaisant à poursuivre ces expérimentations doom/électroniques jusqu'au bout. Sans la moindre concession.