Viktor And The Haters - Blackout I Cela faisait un certain temps que le hip-hop n'était pas revenu sur nos pages. Non pas que nous soyons réfractaires ou allergiques (voir les archives du site aux grandes oreilles pour s'en convaincre), cela s'explique par le fait que nous recevons rarement de disques de hip-hop mais aussi et surtout que le style, l'art du hip-hop dans son ensemble, n'évolue guère à notre sens - sans même aborder le fléau du plagiat - au point de ne plus trop attirer notre attention sur lui. Ce genre se "variétise" de plus en plus, et les seuls qui ont encore un peu une âme d'artiste (et ils sont surement nombreux, c'est ça le comble) sont étouffés médiatiquement par la fange et n'ont pas les moyens financiers de faire beaucoup parler d'eux sauf à coups de buzz divers sur les réseaux sociaux ou ailleurs (et c'est pareil pour tous les genres, dont le rock). Et le pire, c'est que c'est globalisé !

Ceci étant dit, nous est arrivé sur le bureau le premier album de Viktor And The Haters, Blackout (I). Viktor n'est pas tout à fait un inconnu chez nous car il s'agit de Viktor Coup?K, ex-membre de Kalash (le groupe, pas le rappeur), dont son Montre moi ta langue avait été chroniqué chez nous il y a 5 ans déjà. Un type au flow d'acier, qui a la particularité de s'entourer de gens qu'on aime beaucoup. Ça aide à apprécier sa musique en vérité. Cette fois-ci, Viktor est accompagné des Haters, un gang mené par Cyrille Sudraud, guitariste des Hushpuppies, et Maître Madj, producteur de l'un des plus emblématiques groupes français de hip-hop, Assassin, et qui comporte tout un ensemble de zikos plus ou moins connus dans la sphère indépendante tels qu'Étienne Nicolas de Cheveu, Yan Péchin (Bashung, Miossec, Brigitte Fontaine) ou encore le beatmaker explorateur Stekri, collaborateur de la troupe et du label Dizordr.

Blackout (I) est un recueil de dix œuvres hétéroclites d'obédience electro-hip-hop qui n'hésite pas, par exemple, à utiliser les guitares pour mettre du piment sur les textes sans retenue de Viktor. Carrément punk dans l'esprit, ce disque déménage et dérange de par ses basses foudroyantes (l'excellente "Collision"), ses frappes chirurgicales en guise de rythmiques ("Bitch"), ses gimmicks rock minimalistes mais foutrement efficaces ("Une vie de loup"), ses ambiances obscures ("Blackout") ou convulsives ("Vive le fuck !!!"). Une somme d'émois sonores au sein de laquelle Viktor livre de façon explosive ses quatre vérités où "Passion, rage, dégoût du monde, amour d'humains" ("N'être qu'une main") ne sont qu'un aperçu du leitmotiv du bonhomme.