Vadim Vernay - It Will Be Dark Auparavant auteur d'une électro typée IDM et boostée de samples passés sous filtres, Vadim Vernay a depuis rangé certaines de ses machines pour prendre le costume de songwriter. Non pas en tant que folkeux ou indie-rockeur, non, l'homme au catogan se consacre toujours à cette musique dont les éléments sont autant électroniques qu'analogiques, restant aux confins d'une pop sombre et onirique. Né d'un crowdfunding, son troisième album It will be dark when we get there s'est fait attendre : huit ans après Myosotis durant lesquels l'Amiénois a perfectionné son art à travers diverses expérimentations pour le théâtre et la danse, Vadim Vernay sort une œuvre influencée par Sparklehorse et Alain Bashung. Ambiance joyeuse garantie...

En référence à un extrait de "The sound and the fury" du romancier et novelliste américain William Faulkner, It will be dark when we get there déploie treize titres graves qui, pour faire un parallèle avec le livre précité, peuvent s'assimiler à un monologue intérieur. Une voix hante le disque de bout en bout, doucereuse et fragile, chantée timidement voire parlée par moment, elle s'affiche et ne recule devant rien. Des mots co-écrits avec Aurélie Noël et Audrey Bastard qui se confrontent à un univers froid mais lumineux serti de bijoux sonores à l'instar des mélanges instrumentaux subtiles que Bjork a apporté durant toute sa vie d'artiste. Pourtant loin de l'univers de l'islandaise, le boss du label La Mais°n (Eleanor Shine, Azerti, Paradox) préfère rappeler son attachement à la scène trip-hop de Bristol où sévissent notamment Tricky ou Portishead à qui il est comparé de temps à autre. Batteur de free jazz à ses débuts, il en ressort quelques airs (les cuivres de "Bring me chaos" ou la batterie de "Wolfriver") dans son travail sur les ambiances feutrées qui occupent majestueusement ce disque ("A lost letter" et "Song for light" en sont de bons exemples).

Il aura fallu quatre ans de compositions et d'enregistrement à Vadim Vernay pour accoucher de son troisième album. Un perfectionnisme indéniable qui vaut clairement la peine d'être écouté si, et seulement si, on s'en donne car les premières écoutes sont pour le moins troublantes voire repoussantes. Tout le contraire d'une création pré-machée et formatée, It will be dark when we get there porte terriblement bien son nom et, dans un esprit jusqu'au-boutiste, nous plonge dans une atmosphère intimiste dans laquelle on ne se sent jamais vraiment à l'aise car lugubre. Et comme on a tous un petit côté sado en soi, on y dégage finalement pas mal de plaisir en l'écoutant.