Terminal Sound System - Heavy weather Il suffit de quelques secondes d'immersion dans "Lords of the living, masters of the dead", morceau inaugural de cet Heavy weather pour comprendre que Terminal Sound System, c'est dans doute le crossover indus/ambient/electro/post-doom/jazz/rock/metal absolu. Des basses d'une lourdeur insondable, un grand-huit émotionnel aux mélodies incandescentes, ambiances tantôt orageuses, parfois plus intimistes, ce premier titre est une merveille d'introduction long-format (plus de sept minutes tout de même), nous permettant de pénétrerl'univers d'un projet qui doit certainement pas mal à Justin Broadrick... pour sans doute bientôt le dépasser, si ce n'est pas déjà fait. Il y a du Godflesh et du Jesu chez TSS, mais également une myriade d'autres choses, comme sur l'éthéré et darkjazz "Run, just run", porté par des harmonies d'une subtilité rare, ou le plus incisif "Tides", martelant sa rythmique post-doom obsédante en même temps qu'il ingère des cocktails indus/electro aliénants, lesquels n'auraient, par exemple, pas dépareillé sur le score d'Inception.

Les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas, quand bien même la trame directrice de l'album se révèle assez aisément identifiable. Mélange des genres sur fond de machines qui font s'enchevêtrer leurs instrumentations afin d'aboutir à quelque chose de fondamentalement bluffant, irrémédiablement fascinant, l'album est une constellation de pièces organiques à l'architecture futuriste. Comme quand "Broken hands for careful minds" fait entrer l'auditeur dans une transe digitale de laquelle seul l'intense et labyrinthique "Long division" pourra l'en extraire. Un morceau aux presque sept minutes d'une épopée sensorielle détonante, une descente en rappel dans l'esprit de l'auditeur, portée par des instruments évoluant à un rythme soutenu et parvenant finalement au coeur d'un magma doom/indus aussi saturé et hypnotique que multi-couches et magnétique. Pas une seule faute de goût ni de décalage artistiquement anachronique, on découvre les morceaux d'Heavy weather en se laisse envahir par une étrange et insidieuse sensation d'avoir en face de nous un album presque... parfait. Jamais répétitif, toujours dans la prise de risques maîtrisés, la construction intelligente et l'exécution irréprochable, Terminal Sound System ne semble pas pouvoir un jour céder à la facilité... recherchant invariablement la créativité intelligente, sans omettre la cohérence de l'oeuvre, même quand il abandonne toute idée de ligne mélodique directrice avec ce "Thieves" qui part dans tous les sens pour finalement revenir à son point de départ...

... et encore moins quand il dévoile ses partitions les plus "accessibles", les plus "belles" également mais pour autant pas les plus mainstream de l'album ("Crowded Skies", "Time/Light flows"). Pas de ça chez Skye Klein, également moitié du duo doom/noise Halo, qui pilote ici son projet d'une main de maître. A tel point que l'on peut ici délaisser les velléités les plus expérimentales pour s'en aller en quête d'absolu à la recherche du "beau" sans pour autant céder à la médiocrité des clichés faciles de motifs musicaux déjà archi-rebattus. Alors TSS poursuit son cheminement, jonglant au sein d'un même morceau entre différentes influences, on pense tour à tour à Amon Tobin, Squarepusher et Venetian Snares, à d'autres moments à Slowdive, Godflesh on l'a dit, voire même Isis pour les passages les plus "heavy" de l'album, sans jamais diverger un iota des dogmes qui semblent régir sa musique. On parle des travaux auxquels Heavy weather peut renvoyer et pourtant, jamais rien ne semble avoir été "copié sur..." mais simplement inspiré et surtout complètement repensé par un auteur/compositeur/producteur/arrangeur qui sait exactement ce qu'il fait. Et le démontrer une dernière fois d'ailleurs sur la neuvième et ultime piste du disque : "When it all breaks down", véritable merveille de minimalisme et de retenue, ne dissimulant par pour autant ses qualités d'arrangements intrinsèques, lesquelles se retrouvent agrémentées de petites trouvailles électroniques et autres finesses clairement propres à la griffe de Terminal Sound System. Un chef-d'oeuvre frisant la perfection avec une insolente facilité. Classe.