Tensuo - Belzebuth Plus d'une demi-heure durant, choeurs vaporeux et séquences volatiles (l'intro de "Peplum") cohabitent avec scansion purement hip-hop et riffs foudroyants, loops hypnotiques trouvent des accointances avec un clavier lyrique ou une guitare cristalline. Les modes d'expression des instruments de Tensuo se partagent entre pop, trip-hop, hardcore et métal, tandis que le chant campe plus franchement entre rap et ragga, même si il s'offre de belles parties chantées ("Friable"). Et là, un petit déclic devrait se produire : "Besançon" + "loop" + "ragga" + "métal" = Monsieur Z bien sûr ! Dès les premières écoutes de Belzebuth, le parallèle entre les deux formations ne peut-être évité mais Tensuo semble avoir conservé (et développé ?) une envie de croiser les genres tandis que Monsieur Z (et sa prochaine Propagande de l'hybride) est retourné sur des chemins plus conventionnels, plus "rock". On trouvera aussi certaines similitudes avec les feu-Goah Sativa (Bisontins eux aussi), les débuts de Ez3kiel ou le dynamisme de Backstab. Mis à part cette petite histoire d'affinités sautant rapidement aux oreilles (même les plus grands se sont inspirés de leurs aînés, me direz-vous) venant entacher l'esthétique trichromie blanche/rouge/noire (répandue de la pochette au website) de Tensuo, et quelques riffs plus choisis pour leur efficacité que pour leur originalité, le combo s'en sort plutôt bien. Et ce, grâce à deux arguments de poids. Tout d'abord, une production très propre, traitant avec autant de tact les moments en suspens ("David Lynch", "Irréversible") que ceux torturés par les décibels (final de la plupart des titres comme "Impitoyable" ou "Reset button"), ainsi que des textes contemplant et écorchant la vie urbaine moderne asservis à de jolis jeux de mots et une pléthore de tournures du plus bel effet ("Belzebuth", "Une époque formidable" accompagné de sa saisissante montée en puissance).
Aux confluences de la littérature (des textes taillés dans une même veine pouvant être tirés d'un unique recueil), du cinéma (le visuel, les titres des chansons, les références cinématographiques dans les paroles) et donc de la musique (puisque c'est l'activité première du groupe), Tensuo se fait très agréablement remarquer avec Belzebuth, un disque trans-genre, à la croisée de différents univers (musicaux ou non).