Entretien avec le chanteur Étienne, mais aussi Bruno (guitariste et manager qui place quelques mots), membres de Shaârghot qui est désormais la figure de proue du metal indus français.
W-Fenec vous a consacré une interview relativement importante en début d'année, donc on ne va pas reprendre les mêmes questions. Mais cette interview avait été faite avant votre concert pour vos 10 ans à La Cigale, et c'était en février, j'avais très envie que vous me parliez de ce concert à La Cigale.
Beaucoup de choses à dire. Écoute, on s'était déjà donné un objectif... enfin, il nous avait imposé un objectif (en désignant Bruno)... À la base, on était en mode : « Vas-y, on va jouer 1h40 ». Et lui, un peu taquin, a dit : « Non, attends, c'est les 10 ans, on va faire 2h ». On l'a regardé : « Mais personne ne va tenir 2h ! Que ce soit nous ou le public, on va tous finir morts ! » Mais il a insisté : « On va jouer 2h. Alors on s'est dit : « Bon, on va faire quelques répètes pour voir si c'est faisable ». On les a faites, et on s'est dit : « Ok, c'est complètement stupide... mais on va le faire ! »
Et puis plus ça avançait, plus on rajoutait des choses, "On va faire ça, puis ça, puis ça... ". C'était le 14 février, mais on en parlait déjà depuis juillet, de tous les petits détails à préparer. Et même avant juillet, la première setlist était déjà établie.
J'ai cru comprendre que c'était vraiment un super concert, avec une grosse préparation derrière.
Oui, carrément, parce qu'il a fallu gérer aussi toute l'équipe vidéo, vu que c'était intégralement capté par 16 sources vidéo ! Il y avait aussi des petits happenings, des performeurs en plus... donc beaucoup de monde à briefer pour que le spectacle commence avant même le concert. Dès que les gens rentraient dans la salle, il se passait déjà quelque chose : ils étaient accueillis par des troopers qui leur faisaient une sorte de "fouille", histoire de les plonger dans l'ambiance. On avait aussi modifié l'éclairage de La Cigale : dès l'arrivée, lumière verte, fumée... La setlist, je l'avais préparée pour que l'ambiance soit lourde et pesante. On voulait que ce soit plus une expérience immersive qu'un simple concert.
Qu'est-ce que vous avez ressenti lors de ce super concert à La Cigale ?
L'accomplissement de 10 ans de travail et de galères. Ça nous a ramenés vachement loin, parce qu'il y avait beaucoup de morceaux qu'on jouait au tout début de Shaârghot et qu'on avait abandonnés. À l'époque, on ne les jouait pas forcément très bien, on se disait "C'est pas assez gros". Puis les nouvelles compos arrivaient, donc on les a laissés de côté. Mais là, on s'est dit qu'avec l'expérience et le matos qu'on a maintenant, on pouvait peut-être réadapter les anciens morceaux pour les faire sonner comme les nouveaux. Il y a eu tout un travail de réécriture et de recomposition. Ça nous a fait bizarre, mais aussi du bien de rejouer des morceaux qu'on n'avait pas joués depuis 8 ans. On se disait : « Tu te souviens comment on faisait ? Ah ouais, tu refaisais comme ça ? T'es sûr ? » Moi, en tout cas, ça m'a ramené aux toutes premières scènes. La preuve, ce soir, on joue deux morceaux qu'on n'avait plus joués depuis des années, qu'on a réintégrés. "Shaârghot", par exemple, qu'on avait abandonné il y a trois ans et qu'on a réadapté. Pareil pour "The way", laissé de côté depuis 6-7 ans. Ce concert, ça a été à la fois un anniversaire et un bilan.
Est-ce que vous pensiez en arriver là ?
Non, pas du tout. Je me rappelle encore de Bruno et moi, en train de discuter à l'époque en mode "Vas-y, on va essayer d'organiser un concert au Klub à Châtelet !" 80 places ! On se disait que si on arrivait à le remplir, ce serait cool, puis finalement, on ne l'a jamais fait. On a commencé direct par Glaz'art (450 places), donc beaucoup plus gros. Et, en fait, avec Shaârghot, ça a toujours été ça : mettre beaucoup sur la table, ne pas se reposer, sortir de sa zone de confort, repousser toujours plus les limites.
Et maintenant, vous êtes devenus des professionnels, avec une grosse fanbase : les Shadows. Vos fans sont inconditionnels quand même !
Oui, il y a une fanbase très active, très investie, très fidèle. On revoit beaucoup de gens un peu partout en France, t'en as que tu vois dans le Nord, et que tu revois dans le Sud la semaine suivante. Certains nous suivent depuis des années, depuis le début. Ils prennent plaisir à voir l'évolution et ne lâchent pas la barre. C'est surprenant, mais génial. Ce sont de vrais passionnés, mordus de l'univers.
Et vous avez amplifié ça avec une BD, le Compendium, pendant le COVID...
Oui, c'est un ensemble de fichiers illustrés avec des parties de l'histoire. C'est prévu d'en faire une version beaucoup plus complète, je continue à bosser dessus. J'ai déjà trois siècles d'histoire écrite en vrai, mais je n'ai pas encore tout dévoilé. J'en parlerai bientôt sur les réseaux, surtout pour les nouveaux arrivants qui ne connaissent pas forcément tout le lore.
Et vu tout ce que vous faites de visuels (scène, clips...), est-ce qu'un coffret DVD est prévu ?
Les DVD, ça ne se vend plus. Les gens vont directement voir les lives sur YouTube. C'est pour ça que le live de La Cigale sortira sur YouTube, et en audio sur Spotify, Deezer, etc. On ne fera pas d'objet physique, ça coûte trop cher à produire, on préfère investir dans des choses plus utiles pour le groupe, comme les vinyles, ça arrive bientôt ! Ou des projets originaux, comme un clip en motion capture.
Vous êtes aussi créatifs qu'un peu fous.
(rires) Ouais, on est aussi fous l'un que l'autre. Il balance une idée, je dis : « Putain c'est trop bien, mais pas cette année ». On essaie d'être raisonnables, de voir l'avenir.
Et les 2h de concert, tu as réussi à les assumer vocalement ?
Franchement, j'avais peur. Je n'étais pas sûr de tenir 2h. J'ai repris des cours de chant exprès, pour être prêt. Et ça l'a fait. Mais clairement, ce n'est pas quelque chose qu'on pourrait refaire tous les jours. C'était primordial de retravailler la technique, parce que si tu commences à te détruire la voix, c'est qu'il y a un problème. Les jeunes générations font plus attention à ça, je trouve, par rapport aux anciens. Et aujourd'hui, avec les réseaux, beaucoup partagent leurs techniques. Mais attention, ce qui marche pour un chanteur ne marche pas pour un autre. Les tutos c'est bien, mais rien ne remplace un vrai prof.
Vous avez une créativité foisonnante. Est-ce que les nouveaux membres apportent encore plus à cet univers ?
Oui, chacun apporte sa pierre à l'édifice avec son bagage musical. On a tous la même direction globale, mais pas les mêmes influences. Notre batteur d'origine, Olivier, est plus branché hard rock/blues, d'autres viennent d'autres horizons... Maintenant qu'on se connaît bien, chacun propose et moi je chapeaute la composition. Souvent, c'est moi qui compose et envoie les idées, ils me font des retours, et ensuite je fais les paroles. Très souvent, je pars du yaourt, des mélodies, et je mets les mots après. Je privilégie la musicalité et l'efficacité plutôt que des textes trop longs. Avec le temps, les contributions se mélangent de plus en plus, et c'est chouette.
Et le feat avec Versatile ?
Très drôle, parce qu'on a rencontré Nico (le chanteur) lors de notre toute première date en Suisse. Il n'avait pas encore de groupe. À la fin, il est venu nous voir : « Trop cool, je veux faire de la musique aussi ! » On a gardé contact et quelques années plus tard, il m'a envoyé son premier clip super qualitatif, très bien foutu. Et surtout, il a réussi à me faire aimer deux choses que je n'aime pas trop normalement : le black metal et le chant en français ! Sa façon d'écrire est fluide, posée, et dans son groupe Versatile, il a créé un univers vraiment solide. Du coup, quand ils m'ont proposé un feat sur un morceau plus électro, ça s'est fait naturellement. Lui avait une façon lente de poser ses mots, moi plus scandée, punk... ça l'a surpris, mais ça a super bien marché. Et après, on a tourné le clip.
Et l'actualité ?
Pas mal de choses ! On a six dates prévues en Suisse et en Belgique, d'autres déjà signées pour 2026. Cette année, on sortira le vinyle et surtout la vidéo/audio du live de La Cigale. J'ai aussi quelques feats en préparation et j'ai commencé la composition de nouveaux morceaux. Beaucoup de projets en perspective !
Merci à Etienne et Bruno pour cette interview ainsi qu'à Keuf Metal et toute l'organisation du Festival 666 pour leur investissement et leur accueil sans égal !
Photos : Nolive
Publié dans le Hors Serie Festival 2025





