Selaxon Lutberg - Simboli accidentali Enième projet solo navigant à vue dans la galaxie Denovali Records, ce label aux dizaines de sorties annuelles qui ne s'embarrasse ni des codes, ni des schémas présupposés des styles qu'il explore goulument, Selaxon Lutberg est une entité individuelle derrière laquelle se cache Andrea Penso. Un artiste italien, sculpteur de son, architecte d'une musique ambient minimaliste qu'il met en "scène" sur des albums (celui-ci est son troisième), et EP ou split collaboratif (avec Subinterior), se distinguant par son ascétisme rigoureux comme son absolue économie d'effets rendant la trame sonore de ses œuvres à la fois incertaine, magnétique et fascinante. Pour peu que l'on parvienne à s'immerger au cœur de sa musique. Particulièrement cloisonnée, parfois même à la limite de l'hermétisme forcené.

Selaxon Lutberg flirte avec le silence, se joue de lui, étend ses nappes de volutes ambient et de matière sonore opaque à l'infini, ne donnant pas de nom à ses morceaux pour mieux les noyer dans cet ensemble aux contours indéfinis, l'essence-même de ce Simboli accidentali. Un nuage de fumée ambient presque post-rock, un brouillard plus ou moins opaque qui renvoie par moments aux univers atypiques, énigmatiques et elliptiques d'un David Lynch sous psychotropes, des pistes qui se plaisent à égarer l'auditeur au fur et à mesure qu'elles semblent se perdre elles-mêmes, se dirigeant inexorablement vers le vide. Parsemé de quelques drones aériens intelligemment disséminés pour rendre son œuvre plus bruitiste et (un peu) moins contemplative, Andrea Penso livre avec cet opus un recueil de musique stratosphérique et séminale, un disque à l'exigence particulière qui semble en permanence défier le néant, l'absence.

Parce que tout Selaxon Lutberg est justement dans cette notion, cette manière de faire crépiter la lentille de lecture de la platine pour rendre son art délicat de l'introspection ambient toujours un peu plus radical, quand bien même une voix vient parfois se pencher sur son cas. Lequel se révèle définitivement à part car navigant en permanence entre deux eaux. Pour un résultat lunaire, obsédant oui mais quand même souvent (trop) insaisissable. L'expérimentation dans sa limite la plus frontale, quand son radicalisme la rend absconse, inintelligible.