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Biographie > Sans Totem

Fondé en 1999 du côté d'Osnabrück en Allemagne et un temps affilié au label australien Hidden Shoal Recordings connu des plus éminents spécialistes de musiques électroniques, Sankt Otten fait ses débuts sur CD dès sa première année d'existence avec l'EP Stille Tage im Klischee suivi un an plus tard par l'album Eine Kleine Traurigkeit. S'ensuivra une quasi demi-décennie de silence discographique avant que le duo composé de Stephan Otten et Oliver Klemm ne signe chez Hidden Shoal pour livrer un deuxième album long-format intitulé Wir koennen ja freunde bleiben (2006) puis récidive un an plus tard avec Wunden gibt es immer wieder.
En 2009, les allemands rejoignent les rangs du label de leurs compatriotes de chez Denovali Records et livrent en l'espace de trois ans pas moins de quatre efforts : Morgen wieder lustig, un split avec Majeure, Gottes synthesizer et Sequencer liebe. Entre-temps, ils ont également publié en 2008 un EP intitulé Tiefgang composé d'inédits datant de la période 1999/2000. [ [au] Hidden Shoal Recordings (3 hits)External ]

Sankt Otten / Chronique LP > Messias maschine

Sankt Otten - Messias maschine A ce niveau-là, ce n'est plus de la régularité typiquement teutonne mais du stakhanovisme chez les Allemands de Sankt Otten, ce prolifique duo ambient/krautrock électrocinématique amoureux des atmosphères rétro (futuristes ?) et qui vient donc d'enfanter de son cinquième enregistrement en cinq ans. Mais comme s'il avait ressenti un léger besoin de renouvellement, le groupe a invité toute une constellation de musiciens reconnus afin de donner de nouvelles colorations à sa musique. On retrouve ainsi sur Messias maschine : Jaki Liebezeit (Can), Majeure (avec qui Sankt Otten avait sorti un split quelques années plus tôt), Coley Dennis (Maserati), Christoph Clöser (Bohren & der Club of Gore) et Miles Brown (The Night Terrors), pour un résultat qui s'inscrit dans le plus évident lignage de ce qu'avait pu proposer le duo sur ces œuvres passées avec, cette fois-ci, quelque chose en plus.

Un magnétisme particulièrement rémanent qui vient envelopper l'inaugural "Du hast mich süchtig gemacht", une dynamique synthétique rythmant "Die messias maschine" ou encore des textures 80's particulièrement old-school (logique donc) dans lesquelles vient s'abandonner l'auditeur à l'écoute d'un "Mach bitte, dass es leiser wird" hypnotique. L'emploi du thérémine (Miles Brown, invité sur ce morceau est une référence en la matière) donne un souffle inattendu à l'ensemble quand derrière, "Im Himmel angekommen" lumineux et stratosphérique emporte l'auditeur dans les méandres des sphères krautrock 70's/80's si chères aux Sankt Otten. Le duo s'invite à la table de mixage des plus éminents pionniers de la musique progressive allemande et en dépoussière les codes les plus aiguisés afin de les conjuguer avec leur production plus contemporaine ("Da kann selbst Gott nur staunen"). Une greffe qui prend instantanément alors que les auteurs de Messias maschine mêlent à loisir les beats lancinants ("Das grosse Weinen ist vorbei") aux ambiances lunaires et obsédantes dépeignant ainsi des panoramas à la profondeur de champ et à l'onirisme particulièrement cinégénique ("Das Geräusch des Wartens", "Wenn ein Masterplan keiner ist").

Sans doute l'œuvre la plus aboutie des ingénieurs Allemands de Sankt Otten, ce nouvel album est une petite merveille d'architecture sonore à la temporalité incertaine et aux vibrations sensorielles à la fois troublantes et mécaniques ("Nach Dir die Sinnesflut", "Endlich ein schlechter Mensch").

Sankt Otten / Chronique LP > Sequencer liebe

Sankt Otten - Sequencer liebe Moins d'un an après Gottes synthetizer, le prolifique duo Sankt Otten lui donne un frère jumeau avec ce Sequencer liebe qui reprend la même thématique esthétique tout en changeant la couleur, toujours via Denovali Records et encore une fois dans une mouvance éléctro-rétro cinématique à la fois élégante et hypnotique. Huit nouvelles pistes sonores sur lesquelles la paire allemande replonge l'auditeur dans cet univers 80's qui lui est cher pour lui faire explorer ces profondeurs électroniques mâtinées d'ambient et de krautrock donnant à la matière synthétique proposée un "aspect" à la fois vintage et paradoxalement presque moderne du fait de la production (l'éponyme "Sequencer liebe") qui par moments semble à deux doigts et demi de fracasser les enceintes sous ses coups de boutoir digital ("Gestern fand ich alte Tränen").

Evidemment, comme à chaque nouvelle création made by Sankt Otten, il faut accepter la donnée de départ, à savoir oser un voyage dans le temps quasi trois décennies en arrière, vers une époque que les moins de trente ans... bref, on connaît la chanson. Mais pas que. On l'a dit, Sequencer liebe est un disque se mouvant dans des sphères musicales jouant avec la courbe temporelle, entre old-school classieux mais parfois un peu scolaire ("Kann denn Liebe Synthie sein ?", "Die Stadt riecht nach Dir") et modernisme envoûtant ("Mir bricht die Stimme weg"), quelque part entre Kraftwerk, Zombi et Tangerine Dream pour donner une idée du spectre musical. Mais avec aussi un soupçon d'électro-pop aussi organique que ténébreuse sur "Der heilige Schmerz", qui, entre les différentes textures sonores et les ambiances variées instillées par les fils spirituels de Klaus Schulze (le très beau final "Ende Gelände"), permet à l'album de boucler la boucle et de se faire l'écho de l'intégralité de la palette artistique de Sankt Otten.

Pour les amateurs du genre.

Sankt Otten / Chronique LP > Gottes Synthesizer

Sankt Otten - Gottes Synthesizer On s'était largement réconcilié avec les bricoleurs allemands de Sankt Otten suite à leur très agréable contribution au split avec Majeure paru un peu plus tôt cette année, après un avoir été bien déçu par un Morgen wieder lustig absolument sans âme. Les revoici, de nouveau "seuls" avec un Gottes synthetiser au visuel qui pique au yeux mais qui fascine dans le même temps l'amateur de visuels raffinés. Musicalement, ce nouvel opus est assez clairement à destination des amateurs de Kraftwerk, Majeure et autres Zombi, oui mais pas que. Enfin pas uniquement.
Une matière électro-pop mouvante, enveloppée de nappes synthétiques célestes, tantôt orientée electronica old-school, tantôt plus futuriste, le projet se révèle encore une fois en constante évolution et si, sa productivité n'est en rien remise en question, la qualité varie régulièrement dans un sens ou dans l'autre. Par chance, ici, c'est dans le bon et uniquement dans celui-ci que cela nous arrive dans les écoutilles et les treizes pistes proposées (on vous fait grâce du copier-coller dans la langue de Goethe) sont autant de pépites à l'onirisme envoûtant. Les textures sonores retro-futuristes contribuent à créer un tissu d'atmosphères très particulières, entre ambient évanescent, shoegaze electro narcoleptique et synth-pop 80's, mais jamais Sankt Otten ne semble laisser l'inspiration s'enfuir.
Si l'appréciation de ce Gottes synthetiser suppose, au départ, que l'on soit un tant soit peu réceptif à ce type de musique(s), nulle doute que l'electronica élégiaque de Sankt Otten saura convaincre même les plus réfractaires au genre, la "faute" à un album qui jongle parfaitement entre les climats qu'il instille, les panoramas qu'il esquisse avec classe et les ambiances dans lesquelles il aime plonger son auditeur.

Sankt Otten / Chronique Split > Sankt Otten | Majeure : Split

Split Majeure - Sankt Otten Sankt Otten vs Majeure, Majeure vs Sankt Otten, voire les deux associés (mais on y revient plus tard). D'un côté, une inconnue dans l'équation ici proposée et de l'autre, une déception récente, chose rare du côté du très prolifique Denovali Records avec les auteurs du poussif Morgen wieder lustig. Paradoxe ultime, ce split forcément un peu redouté à l'heure de le soumettre à nos tympans aiguisés va à la fois décevoir et rassurer. Mais pas vraiment comme on l'aurait imaginé. Explication de texte ici et maintenant.

Majeure, qui s'acquitte en trois titres de sa presque moitié de split, propose une électro assez abstraite, faite de petits bricolages/bizarreries sonores et de leurs interminables variations ou déclinaisons régulièrement absconses ("Moonbow"). Et si elle est amusante les deux premières minutes, l'entité menée par l'actuel batteur des pourtant excellents Maserati (et au passage ex-Zombi), a une fâcheuse tendance à perdre son auditeur en route ("The traveler") avant de reprendre sa mainmise sur lui en l'emmenant visiter des contrées sonores aussi énigmatiques que ténébreuses, troubles et hypnotiques ("Aleph institute"). Trois titres déroutants et difficiles à cerner tant ils pourront susciter d'interrogations sinon de réserves quant au potentiel de ce side-project en l'état, clairement inabouti.

Si l'on attendait beaucoup de le Majeure, autant dire que Sankt Otten à l'inverse, ne suscitait pas un grand enthousiasme au moment de se pencher sur sa presque moitié de split à lui (4 titres contre 3 pour les premiers décryptés)... Pourtant, cette fois-ci et contrairement à son album sorti quelques mois plus tôt, le projet allemand livre quatre plages musicales très organiques, tantôt évasives, tantôt plus anxiogènes. Des morceaux dont on épargnera au lecteur le copier-coller des noms mais qui pris dans leur ensemble, offrent un excellent panorama de ce dont est capable cette entité dont on ne sait finalement que peu de chose. Musique de synthèse, ambiant électronique modulant ses tonalités en fonction des effets recherchés et des motifs mélodiques vaguement esquissés, ici, Sankt Otten est un sculpteur d'atmosphères, créateur de panoramas artificiels dont on ne saurait s'extirper non sans s'être longuement perdus dans leurs dédales envoûtants.

En guise de final, nous n'avons plus droit à Majeure vs Sankt Otten mais plutôt à Sankt Otten + Majeure. La conjonction des deux aboutit à un envoûtant voyage sensoriel à travers un espace d'expressions aux potentialités quasi illimitées. Et si Majeure seul ne parvenait pas à convaincre, ni Sankt Otten au regard de sa dernière livraison d'ailleurs cela dit, étonnamment, l'association des deux parvient à faire naître quelque chose d'étrange et fascinant, ce "Höhere Gewalt" hybride, en forme d'expérimentation sonique narcoleptique et envoûtante, à l'image de ce split collaboratif. Orignal et intrigant.

Sankt Otten / Chronique LP > Morgen wieder lustig

Sankt Otten - Morgen wieder lustig De chez Denovali Records (Celeste, Nadja, Kodiak, Her Name is Calla, Les Fragments de la Nuit...), label on ne peut plus prolifique (c'est déjà sa trente-sixième sortie...), on pouvait s'attendre à du post-rock, du hardcore, du post-hardcore, du classique, du contemporain, du post-classique etc... mais pas vraiment de l'électro. Et bien depuis Sankt Otten et son Morgen wieder lustig, c'est désormais chose faite. Quelque part aux carrefour des influences d'un Klaus Schultze flirtant avec un Zombi, des Boards of Canada écumant les territoires électroniques de Kraftwerk, le duo Allemand responsable de ce Morgen wieder lustig parvient à la fois à surprendre, fasciner et dérouter, tout au long des 11 pistes que compte l'album. Ambient, electronica, new-wave, l'horizon musical est ici parfois aisément identifiable ("Ein himmel voller galgen" et ses nappes envoûtantes, "Mit popcorn und champagner" psychotrope), d'autres fois plus incertain (un "Lustig, lusting demain encore lustig" branché électro 80's et assez atroce, "Fromme lügen" et ses textures sonores aux bizareries free-jazz un peu agaçantes...). Tel est donc Sankt Otten, une entité musicale incapable de proposer deux fois de suite la même chose (et c'est tant mieux) avec quelques belles réussites ("Das bezahlte lob" volatil et fascinant, un "Unser mann für das happy end" empreint d'une gravité mélancolique à fleur de peau...), mais également disposée à passer quelque peu à côté de son sujet ("Mein freund aus Köln" ennuyeux, "X für U" et son electronica pseudo branchée). Dommage que les pépites dont est capable cette paire de musiciens ne se fassent que trop rare, parce que le revival 80's new-wave ("Wenn die rechning nicht aufgeht", "Ich bin dann mal oben"), ça ne fonctionne pas vraiment ici. Par contre, l'artwork lui, est bien classe (c'est déjà ça de pris)...