Sage Francis - Copper Gone Il aura fallu un silence discographique finalement assez court (4 ans) pour que l'autoproclamé Oncle Sage accouche d'un nouvel LP. Le 5ème album du rappeur américain de 38 ans incarne à lui seul l'indépendance d'un hip-hop ouvertement old school et personnel. Écrit et enregistré seul (sans featuring vocal), publié sur son propre label (Strange Famous Records), ce - relatif - retour reste dans la continuité de ses précédentes productions : sans concession.
Dès le premier titre ("Pressure cooker"), Sage Francis rentre directement dans le lard : le débit est rapide, la fusion brutale et sans détour (''If anger is a gift, I'm very gifted'' à le mérite d'être clair). À l'image de son ouverture, le reste du disque s'assume et se déroule sans temps mort : 14 titres et quasi autant de producteurs (dont certains de longue date), semblant se tirer la bourre dans des registres suffisamment différents pour maintenir la tension, bien que l'ambiance générale demeure terriblement sombre.

Lourd et précis, le tout respire l'expérience et la détermination : à défaut d'innover complètement, l'album fait le travail, et le fait bien. 54 minutes de rythmiques claquantes et de flow technique, même si les tracks se font progressivement plus groovy à mi-parcours : le single "Vonnegut busy", "Thank you" et son refrain largement inspiré de "Nightcall" de Kavinsky, le crépusculaire "The set up", entre autres. Des titres tous liés par une scansion ininterrompue (mais jamais épuisante) : l'homme à la cape a beaucoup à dire et force est de constater qui sait se faire écouter. Mentions spéciales au bluesy "ID thieves", aux plus électroniques "Cheat codes" et "Once upon a blood moon" et à l'émotionnel "Make em purr".

Suffisamment frontal pour vite capter l'attention, tout en réclamant une bonne série d'écoutes pour en appréhender les reliefs, l'album se veut fracassant et efficace (bien qu'une petite lassitude se fasse sentir sur les deux dernières pistes), underground mais accrocheur, daté, certes, mais ouvert aux sons de son époque. Le meilleur des deux mondes en somme...