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Biographie > Eugenio Caria / SaffronKeira

C'est en 2008 qu'Eugenio Caria, originaire de l'île de Sardaigne lance en solo Saffronkeira, un projet ambient/électronique organique avec lequel il donne régulièrement des sets live, ce pendant qu'il enregistre dans son coin des morceaux qu'il ne publie pas tout de suite. Printemps 2012, il est repéré par l'écurie Denovali Records, éminente spécialiste de la question des musiques indé et expérimentale de qualité en Europe, qui le signe et sort un single EP 10'' avant de compiler tous les enregistrements de l'italien sur un double album intitulé A new life, qui sort à l'été de la même année.

Saffronkeira / Chronique LP > Cause and effect

Saffronkeira + Mario Massa - Cause and effect Après avoir exercé ses talents de sculpteur/designer sonore en solo sur A new life et Tourette (tous deux sortis chez le prolifique Denovali Records), Eugenio Caria aka Saffronkeira s'est acoquiné avec le trompettiste freejazz italien (un compatriote donc) Mario Massa pour écrire et produire à quatre "mains" un disque particulièrement expérimental permettant d'associer les talents de chacun le temps d'une œuvre à la fois hybride et multi facettes. Le résultat prenant la forme d'un album-fleuve long de quelques soixante-douze minutes et des poussières, aussi immersif que plutôt exigeant, même pour les initiés. Pourtant le jeu en vaut la chandelle.

Car Cause and effect est l'illustration des engrenages créatifs qui lient ici les deux artistes ("Pity"), un véritable labyrinthe ambient, électronique, free-jazz et électroacoustique parfaitement en dehors des normes. Une œuvre non-conventionnelle mais pas pour autant complètement hermétique, qui, s'ouvre lentement à l'auditeur (pour peu que celui-ci fasse l'effort de l'appréhender quelque peu) pour mieux s'emparer de sa psychée, s'immiscer en elle et en prendre littéralement le contrôle, ce, sans même que sa cible ne s'en soit réellement rendue compte. Ou trop tardivement ("The journey"), les deux co-conspirateurs délivrant alors une musique aux charmes tantôt veloutés, d'autres fois un peu plus abrupts et lancinants ("The sacrifice").

On pense aux œuvres d'Erik Truffaz, Murcof et autres Nils Petter Molvaer ou Max Richter, mais les deux Italiens parviennent à se tracer, avec intelligence, leur propre itinéraire à travers les voies un peu incertaines de la musique à tendance expérimentale ("Screwing of thought"). Une plongée en apnée à travers un univers aux contours sonores mouvant, un véritable voyage en étant placé dans un état de coma semi-conscient, Cause and effect permet à Eugenio Caria et Mario Massa d'être les architectes d'un édifice sonore noir & blanc aux innombrables dégradés de gris ("Altered state", "A separation", "Cause and effect"). Une œuvre à la fois majuscule et confidentielle qui se dévoile un peu différemment à chaque nouvelle écoute ("Umorale", "Variazone"), jusqu'à démultiplier encore et encore la fascination qu'elle exerce. Addictive jusqu'à sa ténébreuse conclusion ("SouthNorth") et la confirmation du caractère indispensable parce que libérateur de ce type de démarche.

Saffronkeira / Chronique LP > Tourette

Saffronkeira - Tourette On avait découvert le petit prodige de l'expérimentation électronique italienne Eugenio Caria à l'été 2012 par le biais d'un double-album, A new life, compilant l'intégralité de ses travaux depuis la naissance du projet pour lequel il prend le pseudo de Saffronkeira. Le revoici moins d'une année plus tard avec un album "simple" toujours paru chez l'incontournable label "qui sort 3 disques par mois minimum et n'a peur de rien" : Denovali Records (Bersarin Quartett, Sankt Otten, Talvihorros...). Et rien qu'avec son titre, Tourette, on se dit bien que la plongée dans l'univers du sarde sera fascinante.

Et elle l'est, dès l'énigmatique "First steps", truffé de petites fantaisies sonores et porteur d'un minimalisme intrigant. L'auteur semble prendre l'auditeur comme patient afin de l'étudier et le diagnostiquer sous toutes les coutures. Expérimenter sur lui une vision quasi inédite de son travail. "1859-1904", évoque clairement cette fois le trouble neurologique dont il est question dans le titre d'album (et qui lui sert de fil conducteur) en renvoyant à la biographie du professeur qui a donné son nom à la maladie. L'architecture sonore se complexifie alors, Eugenio Caria multipliant les fausses-pistes, entremêlant ses collages bruitistes pour enfanter d'une véritable mosaïque ambient/électronique organique ("Motion") aux multiples niveaux de lecture.

Le résultat est assez insaisissable, parfois minimal à l'extrême ("Fragile", "Insensible crash"), régulièrement tortueux ("The disease") et nécessite un véritable effort d'immersion en son sein, un investissement personnel conséquent de la part de l'auditeur, lequel doit appréhender les bricolages parfois quasiment imperceptibles d'un Saffronkeira qui va ici au bout de ses idées. Le jusque-boutisme emmené jusque dans ses retranchements, ce qui rend parfois l'album un peu abscons, agaçant même, mais aussi magistral d'inventivité (l'excellent "The hope"), preuve de l'étonnant talent de son auteur pour faire jaillir des pépites de l'inattendu. Pour créer quelque chose avec une thématique aussi forte que complexe, surtout vu son registre musical, tout en parvenant à rester cohérent malgré une prise de risques importantes. Limite trop... mais en même temps libératrice d'un point de vue de l'art avec un grand A.

Saffronkeira / Chronique LP > A new life

Saffronkeira - A new life Sculpteur de sons, architecte musical et dessinateur d'esquisses mélodiques aux effluves organiques se lovant dans un ambient électronique et industriel de très grande classe, Eugenio Caria aka Saffronkeira est un artiste à part. En témoignent ces sept premières pistes composant Old life, le premier des deux volets de ce double-album livré dans un élégant digipack signé Denovali Records (évidemment...), et dévoilant un projet aux inspirations artistiques complètement décloisonnées, ne se souciant définitivement ni des modes ni des tendances pour écrire leur propre partition.

Du minimalisme de "Soliga" à la sublime amplitude émotionnelle de "Last days", en passant par les ténébreuses vibrations de "Symbiosi" ou les bricolages hallucinants d'un "Intrepidation" qui sonne parfois presque lounge (si si), le tout avec des changements d'orientation et autres variations stylistiques en plein morceau, Saffronkeira se pose ici comme un véritable créateur d'atmosphères. De lignes mélodiques et harmoniques un peu hors-norme aussi (un "Ethan" bruitiste, la tornade ambient "Pregnancy"), tout en parvenant à innover sur un territoire créatif pourtant assez balisé, notamment avec un "8th month" qui prolonge un peu plus l'expérience ambient électronique déjà entrevue sur "Ethan" et conduit ainsi lentement, inexorablement, l'auditeur dans ce corridor invisible qui lie Old life et New life, le second volet de l'album.

Une deuxième partie qui explore la face la plus sombre du travail d'Eugenio Caria, avec un énigmatique "111208" faisant s'entremêler dubstep électro et ambient doom dans quelque chose que l'on pourrait appeler "doomstep". Intriguant. Les mélodies se font rares mais quand elles sont là, on ne peut que les remarquer tant elles sont délicatement ciselées, d'une discrétion qui ne les empêche pas de marquer les esprits ("First denti"), que seules viennent rompre les circonvolutions bruitistes et quelque peu "obscures" du bien nommé "Psychologically destroying". Et Saffronkeira de jongler avec tous ces éléments électroniques qu'il a à sa disposition, passant ainsi de l'un à l'autre sans coup férir, pour réserver à l'auditeur la primeur de fulgurances mélodiques résolument troublantes ("190305", "Acceptance of mental disorder") avant de boucler la boucle avec toujours cette maestria absolue sur "Endless agony of being sick". Classe oui et exigeant.