Ruby My Dear - Form Ce que j'aime ces artistes qui ont un goût prononcé pour les belles choses. Ruby My Dear fait partie de ceux-là, à commencer par le choix de ses artworks toujours idéels mais totalement inspirés. Pour illustrer la couverture de Form, le Toulousain a fait appel à un artiste de sa ville, le franco-américain Marc Streichen, pour une toile constituée de pigments, liants et de peintures écologiques. Des techniques mixtes comme à l'image de son album : il prend plusieurs formes, parfois complexes certes, mais avec une classe certaine. Celui d'un breakcore résolument élégant, avec quelques touches violentes épisodiques, qui s'invite d'une façon abstraite au gré des morceaux mais également d'une électro d'obédience IDM voire trip-hop (l'aérienne "Spleen" qui termine en trombe) vouée à adoucir les mœurs entre chaque soubresaut sonore. Quelques réminiscences dubstep surviennent dans l'ombre de cette œuvre équilibrée, cohérente et indocile qui, tel un gamin hyperactif totalement incontrôlable, nous échappe dès qu'on lui tourne le dos.

Form est finalement une suite logique à Remains of shapes to come qui nous avait fait forte impression il y a deux ans. Julien Chassignol a juste affiné voire modernisé la formule et (légèrement) assagit ses ambiances les rendant plus fluides et plus agréables à l'oreille. Non pas que le propos soit de la guimauve, bien au contraire (écoutez donc la tourmentée "Carradine suicide"), mais la subtilité, la richesse et la candeur qui se dégage des tonalités de ce nouvel album (à l'instar de "Prah" ou "Geysa"), lui donne un attrait par sa volupté évidente. Et ce n'est la maîtrise et le soin irréprochable attribué à la production qui viendra ternir le constat, là encore c'est criant d'un haut standing. En plus de cela, on ne boude pas notre plaisir de retrouver Igorrr en guest au piano sur la fin de "Stax", un titre impavide où on ne l'attendait pas forcément, lui qui est au breakcore, ce que Cannibal Corpse est au métal. Bref, voici encore un album de qualité sorti de l'écurie Ad Noiseam (Niveau Zero, Hecq, Underhill...) qu'on vous recommande assurément, surtout pour ceux qui veulent élargir leur spectre en genres musicaux.