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Поварово ou Povarovo est le nom de toute une série de localités inhabitées perdues au fin fond de l'immensité de l'ex-Union Soviétique. Sinon c'est aussi le patronyme d'une formation russe composés de membres dont on ne sait strictement rien sinon qu'il pratique une mixture musicale allant du darkjazz du Bohren & Der Club of Gore ou The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble au mouvement néoclassique en passant par la musique traditionnelle de sa contrée d'origine. Sorte d'"anonymous" de la musique, les membres de Povarovo se cachent derrière les pseudo de 201, zhkt, <>< et 8449494, ce qui ne les empêche pas pour autant de se faire repérer par les gens du label Denovali Records qui sortent leur abum Tchernovik début 2012.

Povarovo / Chronique LP > Tchernovik

Povarovo - Tchernovik Anonymes, russes et surdoués, les membres de Povarovo sont la dernière découverte en date du toujours prolifique et exigeant label allemand Denovali Records (Her Name Is Calla, Mouse on the Keys, Petrels...) que l'on ne présente plus dans ses pages. Pratiquant un délicieux mélange doomjazz/ambient/néoclassique évoluant dans des atmosphères troublantes évoquant les ambiances d'un Lost Highway ou Mulholland Drive (deux films signés David Lynch), leur partition étant toutefois largement plus jazzy que celles d'Angelo Badalamenti, le compositeur attitré du réalisateur de Sailor & Lula, les jazzeux russes jonglent avec les codes d'un genre largement exploré et à chaque fois réinventé avant eux par les très cultes Bohren & Der Club of Gore ("Nothing going", "After breake", "Methro nome"). En sommes les maîtres de la spécialité.

Dans une moindre mesure, leur Tchernovik se rapproche assez des travaux de The Kilimanjaro Darkjazz Ensemble pour les compositions les plus accessibles, voire de son side-project, The Mount Fuji Doomjazz Corporation (également chez Denovali) pour ses essais les plus expérimentaux. Ici, les morceaux se suivent, s'enchaînent, s'entrecroisent, se complètent et composent un tout que l'on qualifiera de jazz-ambient moderne et organique ("Hopen dead", "Newborn"). Soit quelque chose d'assez protéiforme, semblant changer d'aspect à chaque nouvelle écoute, au gréé des variations de l'état d'esprit de l'auditeur. Lunatique et velouté, ténébreux et même temps hypnotique, l'album dépasse ainsi l'heure de musique sensorielle autant qu'intellectuelle. Régulièrement expérimentale certes, mais paradoxalement très accessible même pour le néophyte (cf : le magnifique "Ronald").

Un minimalisme de façade, une économie d'effets superflus qui confère par moments à l'ascétisme et pourtant, toujours ces mélodies qui s'entrecroisent, ces petits moments de bonheur délicat enivrant ("My song 2224")... Les Povarovo s'amusent à scénariser quelques séquences d'un métrage qu'ils mettraient eux-mêmes en musique ("Pro romance"), instaurent différents climats, proposent une poignée de petites trouvailles aux tentations légèrement expérimentales, voire bruitistes, ("J.S Bach") et pourtant, au détour d'un énième éclair de créativité, illuminent une esquisse mélodique de leur classe noctambule et discrètement effacée ("FAQ short"). Proposant ainsi une alternance permanente entre luminosité mélodique et dépression émotionnelle s'enfonçant dans les abîmes d'un doomjazz par moments catatonique, souvent ombrageux ("66 Breath", "Never boiler"), les russes font toujours l'étalage d'une élégance rare, à l'exception de ce "Black powder" totalement distordu, empêtré dans une violence parsemés de drones stridents et de fulgurances jazzcore dérangées (à la limite du soutenable) qui rompt un peu trop avec l'harmonie d'ensemble de ce Tchernovik par ailleurs en tous points bluffant ("Un der mike").

Magistral.